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Lesmillefeuillesdefirmin.overblog.com

Un blog littéraire. Au programme: plein de lectures, un peu d'art et d'histoire!

Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #terreurs et revenants

En attendant le Messie

 

Né en Pologne, Isaac Bashevis Singer est l'un des plus grands écrivains de langue yiddish ; son œuvre a d’ailleurs été récompensée par le Prix Nobel. Dans ce roman de jeunesse (1932-1935) écrit peu avant son émigration aux Etats-Unis, il raconte comment la folie religieuse s’empare d’une communauté ashkénaze de la province de Lublin.

Singer s’inspire ici d’un fait historique. Dans la Pologne du XVIIème, après des pogroms perpétrés par les cosaques, un message messianique circule parmi les Juifs. On annonce la venue du Sauveur et la fin imminente du monde terrestre. Pourtant, lorsque le saint Zabbataï Zevi se convertit à l’islam, force est de constater que c’est un imposteur. Dans le roman de Singer, cette attente de l’Apocalypse est d’abord joyeuse, puis devient oppressante. Dirigée par de faux sages, la ville de Goray sombre tour à tour dans le désespoir, l’intolérance et la débauche. Et si ces prétendus prophètes n’étaient en réalité que des suppôts de Satan ?

Au-delà du fanatisme religieux, ces pages soulèvent une question plus universelle: celle de la désagrégation d'une communauté en temps de crise. Comment l'homme peut-il garder son humanité alors que toutes les règles sociales sont abolies? Pour les Juifs de Goray, la bestialité et le chaos l'emporteront.

On retrouve dans ce livre tout l'art de conteur d'Isaac B. Singer. En hommage au folklore judéo-polonais l'auteur nous plonge dans un monde replié sur ses traditions, où la magie et les démons triomphent. Mais contrairement aux récits plus tardifs de Singer, "Satan à Goray" est un conte ténébreux, atroce, parfois presque insoutenable. Tandis que la ville tombe aux mains du Diable, l'horreur va crescendo, les scènes de débauche et de cruauté se multiplient. A ceux qui ont lu « Le petit monde de la rue Krochmalna », ce roman semblera bien noir. On n’y trouve pas  cet humour bon-enfant caractéristique du style de Singer. Du même auteur et sur le même thème, j’ai préféré "La destruction de Kreshev", un récit dont Satan en personne est le narrateur !

Critique libre: SATAN A GORAY (Isaas. B. Singer)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #chez les victoriens

Autobiographie d'un mauvais sujet

Que vous connaissiez ou non le film éponyme de Stanley Kubrick, vous ne serez pas déçu en lisant ce chef d’œuvre absolu! Ici point de héros romantique ou autres fadaises sentimentales. Le narrateur est un homme, un vrai, de ceux qui règlent les questions d’honneur à la pointe de l’épée avant de se rincer le gosier avec du vin de Bourgogne. Ah, les gentilshommes du bon vieux temps !

Après avoir été joué en amour, puis dupé par sa propre famille dont les ruses le contraignent à l’exil, le jeune Redmond Barry vit de nombreuses péripéties qui forgent son caractère et lui permettent d’acquérir gloire et fortune. Tour à tour soldat, joueur professionnel et coureur de dot, Barry traverse l’Europe sans jamais renoncer à son idéal : vivre en parfait gentilhomme. A l’en croire, le plus noble sang de l’Irlande coule dans ses veines. Il décide donc de redorer le blason de la famille et de reconquérir la place qui lui est due. Audacieux, vaillant et sans scrupules, le jeune homme connaît une brillante ascension en épousant une riche héritière - car ce que Barry veut, Barry l’obtient. Mais sa vie dissolue a bientôt raison de sa fortune. Est-ce un châtiment divin ou la conséquence logique de son imprévoyance ? Commence alors la déchéance de Barry Lyndon qui perdra sa réputation et encore davantage.

Ce roman picaresque est riche en duels, batailles et aventures en tout genre. Il révèle la fascination de Thackeray pour la société et la littérature du XVIIIème siècle. Mais la grande force de l’œuvre, c’est bien son héros atypique. En racontant lui-même son parcours, Barry force le lecteur à prendre son parti, à rire de ses traits d’esprit, à applaudir sa bravoure. Seulement voilà : au fil des pages, apparaît en creux un portrait de plus en plus noir, car le jeune homme en arrivera aux pires méfaits. Pourtant, même à l’apogée de sa scélératesse, Barry Lyndon ne cesse de fasciner. Certes, il est vantard et franchement immoral, mais son désir de parvenir, son courage et son arrogance même forcent l’admiration. C’est bien cette ambiguïté qui donne au roman tout son piquant. Par ailleurs, grâce à son franc-parler, Barry dénonce plusieurs institutions de son époque, comme l’armée, l’aristocratie ou encore le mariage.

Comparé à d’autres œuvres de Thackeray, « Barry Lyndon » (1844) est un roman sombre, bien que non dénué d’humour. C’est l’histoire d’un aventurier hors-normes au destin tragique, un héros à la fois scandaleux et émouvant, peut-être l’un des personnages les plus puissants de la littérature anglaise.

Critique libre: MEMOIRES DE BARRY LYNDON DU ROYAUME D'IRLANDE
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #chez les victoriens

Le jeune homme et le monde

 

Pour le lecteur français, Thackeray c’est surtout « La foire aux vanités », mais aussi « Les mémoires de Barry Lyndon », roman magistralement adapté au cinéma par Stanley Kubrick. « L’histoire de Pendennis » est un autre de ses chefs d’œuvres, à la fois roman d’apprentissage et fresque sociale de l’Angleterre des années 1830. L’ouvrage est paru en feuilleton entre 1848 et 1850, d’où un volume conséquent - pas loin de 1000 pages en version poche-, mais il n’en faut pas moins pour retracer le parcours du jeune Pendennis, ce héros qui n’en est pas un. Car c’est un homme tout à fait ordinaire que Thackeray se propose de dépeindre. Tour à tour exalté et faible, égoïste et généreux, fat et sensible, ce personnage frère du lecteur n’en est que plus attachant. Quant à l’auteur, il ne cesse d’interpeler son public, lui adressant tantôt un trait d’esprit, tantôt une méditation philosophique à partager. Ces procédés rendent la narration plus enjouée et instaurent une complicité indéniable entre Thackeray et son lecteur.

Venons-en à présent au récit. Comme tout roman-feuilleton, celui-ci fourmille de rebondissements, d’intrigues et d’amours contrariées. Mais il s’agit surtout de suivre l’évolution d’Arthur, du berceau au mariage. Lorsque nous faisons sa connaissance, notre héros s’avère être un tout jeune garçon, et c’est avec un certain regret que nous le quittons 1000 pages plus tard, alors qu’il est un homme accompli. C’est que malgré ses frasques, Pendennis est devenu un ami ! Nous le suivons en pension, à l’université d’Oxbridge, puis à Londres où il mène une vie de plaisirs et acquiert une renommée littéraire. Entre temps, le lecteur a eu son comptant d’aventures sentimentales et de rencontres en tout genre. C’est toute l’Angleterre prévictorienne qui se déploie dans ces pages : des campagnes idylliques aux cercles huppés de la capitale, en passant par la Fleet Prison et autres bas-fonds londoniens. Ce qui nous est dépeint, c’est un monde en plein bouleversement, marqué par les débuts du chemin de fer et la révolution industrielle. Mais contrairement à Dickens, Thackeray ne s’intéresse pas vraiment aux injustices sociales. Pour lui le mauvais fonctionnement de la société s’explique par les travers des individus, travers qu’il met en scène au moyen de personnages grotesques. Chacune de ces silhouettes incarne un type social et moral. Et quelle verve, quel humour dans ces portraits! Avec Thackeray, difficile de dire si c’est la férocité du satiriste ou la tendresse de l’homme qui l’emporte. Voici le major Pendennis, vieux beau qui n’accepte pas le changement, ou encore Sir Francis Clavering, image de l’aristocrate débauché. Nous croisons aussi dans ces pages un bagnard en fuite, des comédiens, une société villageoise, des journalistes et beaucoup de snobs. La femme non plus n’est pas épargnée : Emily et Blanche, les deux premiers amours de Pen, s’avèrent être de franches coquettes, artificieuses et vénales. Toutes ces rencontres exercent une influence néfaste sur le caractère de Pen en corrompant son âme et en flattant sa vanité. Vous l'aurez compris, le Plus Grand Ennemi d'Arthur Pendennis n'est autre que lui-même! Mais grâce à l’amour de sa mère et de sa cousine Laure, aussi pure que vertueuse, notre héros trouvera enfin le bonheur.

Même si l’histoire de Pendennis se déroule dans une société éloignée de la nôtre, je l’ai trouvée vraiment passionnante. Le style doux-amer de Thackeray y est pour beaucoup. L'auteur se souvient sans doute avec nostalgie de sa propre enfance auprès d'une veuve aimante, de ses études à Cambridge et de ses débuts dans le journalisme. Arthur Pendennis a tout du jeune homme éternel aux prises avec les tentations du monde. C’est son universalité  qui nous touche par-delà les siècles. Par ses considérations très intimes sur la destinée, l’amour et le temps qui passe, ce grand écrivain a su donner une dimension universelle à son œuvre.

Critique libre: HISTOIRE DE PENDENNIS (William M. Thackeray)

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“Passionnée de littérature classique et de littérature du monde, je partage avec vous mes dernières lectures.”

Rédigé par Bianca Flo

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