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Lesmillefeuillesdefirmin.overblog.com

Un blog littéraire. Au programme: plein de lectures, un peu d'art et d'histoire!

Articles avec #toutes les critiques litteraires catégorie

Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #Usa

Bonheur conforme?

 

NOM : George F. Babbit. AGE : la quarantaine. PROFESSION : agent immobilier. ADRESSE : Zenith, Etats-Unis. SITUATION FAMILIALE : marié et père de deux adolescents. SIGNE PARTICULIER : vit le « rêve américain ».

 

Nous sommes au début des années 1920, époque de prospérité pour les Etats-Unis et pour le paisible citoyen Babbit qui représente les classes moyennes américaines. Babbit est un Américain « standard » sur toute la ligne. Sa maison, un exemple de confort et de modernité, se situe dans une ville moyenne du Midwest, avec ses rues à angle droit, ses demeures quasi identiques et ses clubs qui réunissent des habitants aux valeurs semblables. Lorsqu’il se lève le matin, Babbit entre dans une routine des plus normales, enchaînant petit déjeuner en famille, trajet dans son automobile dernier cri, travail de bureau dans un gratte-ciel et détente autour d’un verre avec des collègues tout à fait ordinaires. Sécurité, aisance matérielle, respectabilité, tout semble sourire à Babbit. Et pourtant il s’ennuie. Secrètement, il rêve d’une autre vie, moins banale, plus fantaisiste. Peu à peu, cette magnifique mécanique se déglingue. Et voilà Babbit qui s’encanaille, commet des folies et ose enfin agir au gré de ses envies. Pire : il tient des propos socialistes, lui qui était un pilier du parti conservateur local. Simple crise de la quarantaine ou début d’une nouvelle vie ? En tout cas, cette remise en cause des conventions coûtera cher à Babbit.

 

Ce roman est une grande réussite. Il dépeint d’une manière réaliste et pleine d’humour l’ « American way of life » des années 1920. Pourtant on y trouve un message universel et une critique sociale encore très actuelle. La standardisation et la consommation de masse, nées aux Etats-Unis il y a près de cent ans, sont aujourd’hui poussées à l’excès. Quant à Babbit, c’est le portrait de nombreux quadragénaires, englués dans un quotidien médiocre. Le bonheur passe-t-il nécessairement par le conformisme et le matérialisme ? Si Babbit est devenu un archétype – l’Américain ordinaire-, il semble pourtant très vivant car ses doutes et ses aspirations sont aussi les nôtres.

Critique libre: BABBIT (Sinclair Lewis)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans

"Home, sweet home!"

 

« Le vicaire de Wakefield » est un grand classique de la littérature anglo-saxonne; mieux: c’est un ouvrage qui faisait encore pleurer toute l’Europe un siècle après sa parution, en 1766. Le sujet en est simple et pourtant émouvant : il s'agit d'une épopée domestique, l’histoire du pasteur Primrose, de son épouse et de leurs enfants. On entre avec plaisir dans le quotidien de cette famille aimante pour partager ses petites joies et ses tragédies. Mrs Primrose fait des conserves et des projets matrimoniaux; sa fille Olivia joue la coquette à ses risques et périls ; le fils aîné erre en quête de fortune tandis que le cadet se fait rouler; quant au « pater familias », il tente avec l’aide de Dieu de maintenir l’harmonie domestique, sans être entièrement à l’abri des faiblesses terrestres. Bientôt les coups du destin et surtout la perfidie humaine s'acharnent contre la petite famille; mais un foyer uni triomphe de toutes les épreuves.

 

Si le côté moralisateur du roman peut paraître aujourd’hui un brin désuet, « Le vicaire de Wakefield » séduira sans doute le lecteur moderne par la pureté de son style et par les situations pleinement humaines qu’il évoque. Il y a une tendresse touchante dans l’écriture d’Oliver Goldsmith, et bien sûr on y retrouve cet humour si caractéristique de l’esprit "british". En somme un sentimentalisme teinté d’ironie, avec de nobles pensées et une touche picaresque pour agrémenter la lecture. L’esprit de famille et l’amour du prochain en sont les maîtres mots. Ce livre a nourri l’imagination de grands noms comme Thackeray ou Dickens; il est indispensable pour comprendre la sensibilité et l'univers littéraire de ces temps-là. C’est en tout cas l’unique roman de l’Irlandais Goldsmith, écrivain et touche-à-tout, mort prématurément à 45 ans.

Critique libre: LE VICAIRE DE WAKEFIELD (Oliver Goldsmith)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #terreurs et revenants, #romans, #chez les victoriens

Whisky, surnaturel et morts violentes

 

Voici une lecture parfaite pour la période d’Halloween ! Le village de Chapelizod, près de Dublin, est le théâtre d’évènements bien étranges. Tout commence par la découverte d’un crâne dans le cimetière paroissial, un crâne portant des traces de violence. C’est l’occasion pour le narrateur, vieil homme bavard, de nous raconter les mystères auxquels il s’est trouvé mêlé dans sa jeunesse, vers 1760. En ces temps-là, « c’était la grande époque de Chapelizod, et cette époque était finalement, peut-être, je puis vous le dire à l’oreille, en dépit de ses couleurs et de ses aventures, moins agréable à vivre qu’à rêver ou à connaître dans les livres. » L’histoire tourne autour d’un fait divers, en apparence banal : le meurtre d’un docteur du village dans le bois du Boucher. Mais à cette agression s’ajoutent d’autres assassinats bien enfouis, de fausses identités, une disparition et des liaisons dangereuses. En Irlandais digne de ce nom, Le Fanu invoque aussi les esprits, et ceux qui hantent la demeure « Sous les Tuiles » donnent vraiment la chair de poule ! A la fin du roman, on apprend enfin à qui appartenait le crâne abîmé, mais entre-temps le lecteur a expérimenté tant d’émotions différentes, connu tant de personnages intéressants et parcouru tant de lieux pittoresques et que le mystère initial n’a plus grande importance.

Sheridan Le Fanu - l’un de mes auteurs préférés!!- est un nom qui compte dans la littérature victorienne. Spécialiste du roman noir, du fantastique et des énigmes policières, il est passé maître dans l’art de jouer avec nos nerfs, comme dans cette oeuvre qui révèle les nombreuses facettes de son talent. « La maison près du cimetière » est un l’un des derniers romans gothiques, mais aussi un thriller haletant, une peinture sociale pleine d’humour et un « conte d’hiver » à la manière de Dickens. Ce roman publié en 1860 n'avait encore jamais été traduit en français, alors que c’est sans doute, avec « L’oncle Silas » et « Carmilla », le chef d’œuvre du génie irlandais.

Critique libre: LA MAISON PRES DU CIMETIERE (J. Sheridan Le Fanu)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #chez les victoriens

La drôle de vie de Monsieur Tout-le-monde

 

Faites la connaissance de Charles Pooter, père de famille, employé modèle et paisible habitant de la banlieue londonienne à la fin du XIXème siècle. Ce personnage n'a certes rien d'exceptionnel et pourtant, au fil des pages de son journal intime, il devient un héros attachant. Jour après jour, il nous livre ses occupations, ses tracasseries et ses menus plaisirs. C’est qu’entre son épouse Carrie, leur irresponsable de fils, leur bonne plutôt maladroite, des amis intrusifs et un patron exigeant, Charles Pooter n’a pas le temps de s’ennuyer. Lorsqu’il rentre de son bureau de la City, ce tranquille sujet aime s’adonner au bricolage, redécorer son intérieur ou flâner dans son jardin. Mais ces loisirs peuvent tourner court à cause d’une teinture au rabais ou d’un voisin mal intentionné. Sans parler du décrottoir qui se transforme en trappe des plus cocasses pour les invités du couple ! Nous suivons aussi les Poorter au bal de la Mansion House, en randonnée, au bord de la mer… Malgré les situations ridicules et souvent absurdes auxquelles il se confronte, notre héros tente –d’une manière parfois maladroite – d’agir avec dignité et honnêteté, conformément à son éducation. Ses seuls péchés mignons sont les calembours d’un goût douteux. Le journal de Poorter couvre environ un an et demi, période pendant laquelle il acquiert une nouvelle maison, envisage une promotion, loge son chômeur de fils et organise plusieurs soirées avec des amis. Vivre en Monsieur Tout-le-monde n’est décidément pas de tout repos !

Ce journal fictif est paru en 1888-1889 en feuilleton dans le « Punch », un célèbre magazine satirique de l’époque. Il est l’œuvre des frères Grossmith qui l’ont écrit et illustré ensemble. Cette petite série a connu un immense succès, car elle est à la fois ancrée dans le quotidien et d’une grande drôlerie. Au milieu d’évènements insignifiants apparaît un portrait touchant, celui de l’Anglais moyen, honnête et non dénué d’humour, auquel les Victoriens s’identifiaient aisément. Et le charme de cet humour "british" agit encore sur le lecteur d’aujourd’hui!

Critique libre: JOURNAL D'UN HOMME SANS IMPORTANCE (George et Weedon Grossmith)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans

Deuxième guerre mondiale à Ithaque

 

Attention: chef d’œuvre ! En 1942, alors que le monde est en guerre, le petit Ulysse contemple avec ravissement les trains qui passent derrière sa maison. Homère, lui, rêve de gagner la course du lycée d’Ithaca, tandis qu’il distribue des télégrammes en provenance du front. Quant à leur sœur Bess, elle improvise des concerts dans le salon familial, avec sa mère et sa meilleure amie. Tous ont perdu un père, Matthew Macauley – qui apparaît parfois à son épouse dans les moments décisifs. Tous attendent des nouvelles de Marcus, le fils aîné parti au front. Autour des Macauley, gravitent des personnages secondaires, aussi intéressants que pittoresques ; comme Grogan, un vieux télégraphiste porté sur la bouteille, ou encore Mr Ara, l’épicier arménien déraciné - qui incarne sans doute l’auteur.

 

Certes, la ville d’Ithaca ressemble à n’importe quelle petite bourgade des Etats-Unis, avec son école, ses boutiques et son bureau de télégraphe ; pourtant William Saroyan dépeint cette communauté avec une originalité et une tendresse hors du commun. Son écriture, simple, touchante, soucieuse du détail, rappelle quelque peu les romans de Steinbeck. A la fois ordinaire et unique, l’histoire des Macauley  évoque le quotidien des familles américaines pendant la guerre, un quotidien nourri d’espoirs et de deuils, une vie faite de mille petits riens et de grandes douleurs. Alors que le conflit le plus meurtrier de l’histoire fait rage, la comédie humaine continue. Ce roman, paru en 1943, a été récompensé par plusieurs prix littéraires. William Saroyan, Américain d’origine arménienne, est un auteur à découvrir !

Critique libre: UNE COMEDIE HUMAINE (William Saroyan)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #terreurs et revenants, #romans

"Je" est un autre

 

Arthur Lawford, le héros de cette histoire, est un père de famille blond et gras, en somme un Anglais des plus ordinaires … Jusqu’à ce fameux soir où, encore convalescent, il s’endort dans un cimetière sur la tombe d’un huguenot qui s’est suicidé. En rentrant chez lui, Lawford découvre que son visage a subi une métamorphose des plus surprenantes. Comment vont réagir ses proches ? Pourra-t-il retrouver son identité ? Et quelles sont ces voix qui résonnent de plus en plus fort dans sa tête ?

 

Maître du fantastique, le Britannique Walter de la Mare signe ici un roman d’une inquiétante étrangeté. Comme dans tous ses récits, l’auteur brouille abondamment les pistes et laisse au lecteur un important travail d’interprétation. De quoi déconcerter et fasciner à la fois ! Même si la fin du roman est loin d’être claire, il faut reconnaître que l’histoire semble intrigante et originale. Elle nous plonge dans les méandres d’un esprit possédé en jouant avec des peurs qui résonnent au plus profond de nous. Qui n’a jamais vu, dans un cauchemar nocturne, son apparence s’altérer ? On retrouvera ce même fantastique ambigu dans les nouvelles de Walter de la Mare (voir les recueils « Du fond de l’abîme » et « L’amandier »).

Critique libre: LE RETOUR (Walter de la Mare)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans

Petit chef d'oeuvre du romantisme allemand

 

Voici un roman léger comme une brise printanière, joyeux comme un chant d’oiseau, insouciant comme la liberté et aussi fou que l’amour.  C’est l’histoire d’un jeune homme qui aime rêver, paresser et aller au gré de sa fantaisie sans penser au lendemain. Chassé de la maison paternelle comme un propre-à-rien, notre héros prend la route de l’Italie, ce pays de la musique et des oranges géantes. En chemin, il traverse des villages, cueille des fleurs et des fruits et fait danser la compagnie au rythme endiablé de son violon. Mais qu’il dorme à la belle étoile ou à l’ombre d’un château, il ne peut oublier sa bien-aimée, une dame hélas trop belle et trop riche pour songer à un vaurien comme lui. A moins que le destin en décide autrement…

Chaque page de ce petit livre – publié en 1826 - est un enchantement. C’est un hymne à la liberté et au rêve, écrit dans un style aussi simple que poétique. Aristocrate romantique, le baron Von Eichendorff accorde une place prépondérante à la nature qu’il évoque en véritable peintre. Il décrit avec délices la vie de bohème, celle d’un jeune musicien qui rejette l’existence bourgeoise pour profiter des milles petits imprévus du destin. L’amour impossible pour une dame de condition supérieure est aussi un passage obligé de la littérature romantique. A cet idéalisme s’ajoute une dimension plus inquiétante : celle du trouble obsessionnel qui semble gagner peu à peu le personnage. Situations qui se répètent, figures doubles : notre héros va-t-il sombrer dans la folie ? Lisez ce roman merveilleusement onirique dont la fin réserve quelques surprises !

Critique libre: SCENES DE LA VIE D'UN PROPRE-A-RIEN (J. von Eichendorff)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #contes et nouvelles, #terreurs et revenants, #romans

On a toujours besoin d'un plus petit que soi.

 

Nous sommes à Francfort au début du XIXème siècle. A la mort de ses parents, Peregrinus Tyss s’enferme dans sa riche demeure pour y vivre dans le passé. Rêveur, timide et replié sur lui-même, le jeune homme éprouve surtout une crainte maladive envers les personnes du beau sexe. Pourtant un soir de Noël, alors que la tempête fait rage, Peregrinus fait une rencontre qui va bouleverser son destin, en le forçant à entrer enfin de plain-pied dans l’existence. Reste à savoir si ce monde-là est bien réel ou si c’est une fantasmagorie, l’un de ces rêves éveillé auxquels Tyss s’adonne avec plaisir. « En vérité, se dit-il, le plus extravagant des conteurs ne saurait imaginer circonstances plus folles ni plus embrouillées que celles que je viens réellement de vivre en l’infime espace de quelques jours. La grâce, le charme, bref, l’amour viennent au-devant d’un misogyne qui vit en ermite (…). Mais le lieu, le moment, tout ce qui entoure l’apparition de la séduisante inconnue reste si mystérieux qu’on croirait avoir affaire à quelque étrange sorcellerie ; et voilà que sur ces entrefaites, une créature minuscule et habituellement fort décriée fait preuve de science, de bon sens et même d’un pouvoir magique. » Car le personnage le plus étonnant de cette histoire est Maître Puce: non pas un humain quelconque affublé d’un surnom ridicule, mais bien le roi des puces, ce peuple miniature qu’un sorcier hollandais a réduit en esclavage pour les besoins de son spectacle de magie. Placé bien malgré lui sous la protection de Tyss, Maître Puce devient la conscience du jeune homme et lui offre une lentille magique permettant de lire les pensées les plus cachées du cerveau humain. Peregrinus pourra-t-il surmonter sa timidité et rencontrer enfin l’amour ?

Il y a un peu des "Mille et une Nuits" et des "Voyages de Gulliver" dans ce roman hoffmannien plein de fantaisie. C’est un assemblage bizarre qui tient du conte oriental sans rompre avec la terre allemande, ses tavernes et ses rues enneigées. Création hybride, l’histoire réussit pourtant à emporter l’imagination à travers des thèmes chers aux romantiques allemands, comme l’amour, la nature et le rêve. L’humour n’en est pas non plus absent grâce à la voix-off du narrateur; une légèreté qui étonne lorsqu’on connaît les circonstances de rédaction de l’ouvrage. Comment Hoffmann trouvait-il encore la force de plaisanter alors qu’une horrible agonie paralysait progressivement tout son corps ? En avril 1822, peu avant son décès à 46 ans, le grand conteur allemand livrait à la postérité ce dernier récit onirique.

Critique libre: MAITRE PUCE (E. T. A. Hoffmann)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #romans, #toutes les critiques litteraires

Nuit d’enfer sur les toits de Madrid

 

Le héros de cette histoire, Cléophas Léandro Pérez Zambullo, est un étudiant madrilène et un coureur de jupons. Une nuit, alors qu’il cherche à se venger d’une maîtresse qui l’a piégé, le jeune homme fait une trouvaille inattendue : un esprit démoniaque enfermé dans une bouteille. Succombant à la tentation, Cléophas brise le récipient duquel s’échappe Asmodée en personne. Ce diable, plein de gratitude, emporte l’étudiant dans les airs afin de lui révéler un spectacle riche en enseignements: postés sur les toits de Madrid, les deux compagnons observent toute la vanité et la perversité de la nature humaine, car les sortilèges d’Asmodée permettent de voir comme en plein jour dans les maisons aussi bien que dans les cœurs des habitants. 

Ce roman, publié au début du XVIIIème siècle, nous emporte dans un voyage onirique et tourbillonnant. C’est non seulement un bon panorama de la société vers 1700, mais aussi une réflexion tragi-comique sur les travers de nos semblables. De palais en hôtels particuliers, de navires corsaires en harems, de cimetières en boutiques, le même spectacle se joue sans cesse pour la plus grande joie du démon. Aucune catégorie sociale n’est épargnée par la satire de l'auteur, pas même ses confrères littérateurs. Comme beaucoup d’écrivains de son époque, Lesage est préoccupé de morale ; mais quelle fantaisie et quel humour comparé aux petits portraits de La Bruyère par exemple. La structure du roman est foisonnante, comportant des récits à tiroir, quelques brèves esquisses, mais aussi des histoires plus longues enchâssées dans les précédentes. L'amour et l'aventure nous tiennent en haleine à chaque page. Finalement, Cléophas et son acolyte boiteux devront se séparer. L’étudiant sera-t-il damné ? Asmodée retournera-t-il dans sa prison de verre ? A vous de jouer, lecteurs.

Critique libre: LE DIABLE BOITEUX (Alain-René Lesage)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #policiers, #chez les victoriens

Trois fois mort

 

Tout le monde vous dira que le surveillant de pension Jabez North est le plus convenable des habitants de Slopperton. Mais pourquoi se glisse-t-il hors de l’établissement au moyen d’une corde la nuit même où un meurtre est commis aux environs? Et quel lien unit ce gentleman aux sordides occupants de la rue Peter- l’Aveugle ?

Ce roman qui marque les débuts littéraires de Mary Elizabeth Braddon est plus sinueux qu’un serpent. Difficile de le résumer en quelques lignes. L’intrigue, dense et bien ficelée, comporte des rebondissements sans nombre. Reine de la « sensation novel », Mrs Braddon nous entraîne des bas-fonds anglais à la haute société parisienne, multipliant au passage les crimes et les fausses identités. L’un des personnages finit même enfermé à tort dans un asile de fous, avant de réussir une évasion digne de Montecristo. Les noires péripéties imaginées par Braddon ne sont pas sans rappeler Eugène Sue, ce grand nom du roman feuilleton à la française. Rien de bien réaliste mais une histoire captivante et horrifique, servie par la plume enlevée de l’auteure. Descriptions et commentaires sont particulièrement réjouissants, ce qui contribue à créer une atmosphère, voire une certaine intimité avec le lecteur.

C'est aussi un bon roman policier où l'enquête est menée de main de maître par un limier muet. Le milieu du XIXème siècle voit les débuts de la police urbaine de Londres et la création de la première brigade d’investigation de Scotland Yard.  L’auteure répond ainsi à l’intérêt croissant des Britanniques pour le monde du crime. Et quel talent pour dépeindre la perversité du criminel à l’oeuvre! Voilà ce que lisait le grand public victorien avide de sensations fortes. Comparez avec un polar à succès d’aujourd’hui et vous verrez que nos ancêtres avaient meilleur goût en matière littéraire. Ce n’est pourtant pas l’œuvre la plus aboutie de Mrs Braddon, peut-être en raison de quelques défauts de jeunesse. On regrette notamment la psychologie trop peu fouillée des personnages – au regard de ceux de Wilkie Collins par exemple; mais n’oublions pas qu’en 1860, lorsque ce roman paraît sous le titre « Trois fois mort », l’auteure n’a que 25 ans ! 

Critique libre: LA TRACE DU SERPENT (Mary Elizabeth Braddon)

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Rédigé par Bianca Flo

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