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Lesmillefeuillesdefirmin.overblog.com

Un blog littéraire. Au programme: plein de lectures, un peu d'art et d'histoire!

Articles avec #chez les victoriens catégorie

Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #terreurs et revenants, #romans, #chez les victoriens

Whisky, surnaturel et morts violentes

 

Voici une lecture parfaite pour la période d’Halloween ! Le village de Chapelizod, près de Dublin, est le théâtre d’évènements bien étranges. Tout commence par la découverte d’un crâne dans le cimetière paroissial, un crâne portant des traces de violence. C’est l’occasion pour le narrateur, vieil homme bavard, de nous raconter les mystères auxquels il s’est trouvé mêlé dans sa jeunesse, vers 1760. En ces temps-là, « c’était la grande époque de Chapelizod, et cette époque était finalement, peut-être, je puis vous le dire à l’oreille, en dépit de ses couleurs et de ses aventures, moins agréable à vivre qu’à rêver ou à connaître dans les livres. » L’histoire tourne autour d’un fait divers, en apparence banal : le meurtre d’un docteur du village dans le bois du Boucher. Mais à cette agression s’ajoutent d’autres assassinats bien enfouis, de fausses identités, une disparition et des liaisons dangereuses. En Irlandais digne de ce nom, Le Fanu invoque aussi les esprits, et ceux qui hantent la demeure « Sous les Tuiles » donnent vraiment la chair de poule ! A la fin du roman, on apprend enfin à qui appartenait le crâne abîmé, mais entre-temps le lecteur a expérimenté tant d’émotions différentes, connu tant de personnages intéressants et parcouru tant de lieux pittoresques et que le mystère initial n’a plus grande importance.

Sheridan Le Fanu - l’un de mes auteurs préférés!!- est un nom qui compte dans la littérature victorienne. Spécialiste du roman noir, du fantastique et des énigmes policières, il est passé maître dans l’art de jouer avec nos nerfs, comme dans cette oeuvre qui révèle les nombreuses facettes de son talent. « La maison près du cimetière » est un l’un des derniers romans gothiques, mais aussi un thriller haletant, une peinture sociale pleine d’humour et un « conte d’hiver » à la manière de Dickens. Ce roman publié en 1860 n'avait encore jamais été traduit en français, alors que c’est sans doute, avec « L’oncle Silas » et « Carmilla », le chef d’œuvre du génie irlandais.

Critique libre: LA MAISON PRES DU CIMETIERE (J. Sheridan Le Fanu)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #chez les victoriens

La drôle de vie de Monsieur Tout-le-monde

 

Faites la connaissance de Charles Pooter, père de famille, employé modèle et paisible habitant de la banlieue londonienne à la fin du XIXème siècle. Ce personnage n'a certes rien d'exceptionnel et pourtant, au fil des pages de son journal intime, il devient un héros attachant. Jour après jour, il nous livre ses occupations, ses tracasseries et ses menus plaisirs. C’est qu’entre son épouse Carrie, leur irresponsable de fils, leur bonne plutôt maladroite, des amis intrusifs et un patron exigeant, Charles Pooter n’a pas le temps de s’ennuyer. Lorsqu’il rentre de son bureau de la City, ce tranquille sujet aime s’adonner au bricolage, redécorer son intérieur ou flâner dans son jardin. Mais ces loisirs peuvent tourner court à cause d’une teinture au rabais ou d’un voisin mal intentionné. Sans parler du décrottoir qui se transforme en trappe des plus cocasses pour les invités du couple ! Nous suivons aussi les Poorter au bal de la Mansion House, en randonnée, au bord de la mer… Malgré les situations ridicules et souvent absurdes auxquelles il se confronte, notre héros tente –d’une manière parfois maladroite – d’agir avec dignité et honnêteté, conformément à son éducation. Ses seuls péchés mignons sont les calembours d’un goût douteux. Le journal de Poorter couvre environ un an et demi, période pendant laquelle il acquiert une nouvelle maison, envisage une promotion, loge son chômeur de fils et organise plusieurs soirées avec des amis. Vivre en Monsieur Tout-le-monde n’est décidément pas de tout repos !

Ce journal fictif est paru en 1888-1889 en feuilleton dans le « Punch », un célèbre magazine satirique de l’époque. Il est l’œuvre des frères Grossmith qui l’ont écrit et illustré ensemble. Cette petite série a connu un immense succès, car elle est à la fois ancrée dans le quotidien et d’une grande drôlerie. Au milieu d’évènements insignifiants apparaît un portrait touchant, celui de l’Anglais moyen, honnête et non dénué d’humour, auquel les Victoriens s’identifiaient aisément. Et le charme de cet humour "british" agit encore sur le lecteur d’aujourd’hui!

Critique libre: JOURNAL D'UN HOMME SANS IMPORTANCE (George et Weedon Grossmith)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #policiers, #chez les victoriens

Trois fois mort

 

Tout le monde vous dira que le surveillant de pension Jabez North est le plus convenable des habitants de Slopperton. Mais pourquoi se glisse-t-il hors de l’établissement au moyen d’une corde la nuit même où un meurtre est commis aux environs? Et quel lien unit ce gentleman aux sordides occupants de la rue Peter- l’Aveugle ?

Ce roman qui marque les débuts littéraires de Mary Elizabeth Braddon est plus sinueux qu’un serpent. Difficile de le résumer en quelques lignes. L’intrigue, dense et bien ficelée, comporte des rebondissements sans nombre. Reine de la « sensation novel », Mrs Braddon nous entraîne des bas-fonds anglais à la haute société parisienne, multipliant au passage les crimes et les fausses identités. L’un des personnages finit même enfermé à tort dans un asile de fous, avant de réussir une évasion digne de Montecristo. Les noires péripéties imaginées par Braddon ne sont pas sans rappeler Eugène Sue, ce grand nom du roman feuilleton à la française. Rien de bien réaliste mais une histoire captivante et horrifique, servie par la plume enlevée de l’auteure. Descriptions et commentaires sont particulièrement réjouissants, ce qui contribue à créer une atmosphère, voire une certaine intimité avec le lecteur.

C'est aussi un bon roman policier où l'enquête est menée de main de maître par un limier muet. Le milieu du XIXème siècle voit les débuts de la police urbaine de Londres et la création de la première brigade d’investigation de Scotland Yard.  L’auteure répond ainsi à l’intérêt croissant des Britanniques pour le monde du crime. Et quel talent pour dépeindre la perversité du criminel à l’oeuvre! Voilà ce que lisait le grand public victorien avide de sensations fortes. Comparez avec un polar à succès d’aujourd’hui et vous verrez que nos ancêtres avaient meilleur goût en matière littéraire. Ce n’est pourtant pas l’œuvre la plus aboutie de Mrs Braddon, peut-être en raison de quelques défauts de jeunesse. On regrette notamment la psychologie trop peu fouillée des personnages – au regard de ceux de Wilkie Collins par exemple; mais n’oublions pas qu’en 1860, lorsque ce roman paraît sous le titre « Trois fois mort », l’auteure n’a que 25 ans ! 

Critique libre: LA TRACE DU SERPENT (Mary Elizabeth Braddon)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #chez les victoriens

Une immense romancière est née. 


En 1858, à près de 39 ans, l’une des plus grandes romancières britanniques publie ses premiers récits sous le pseudonyme George Eliot. Pour les lecteurs victoriens, c’est une révélation. Si le succès est immédiat, c’est peut-être parce que les « Scènes de la vie du clergé » rompent avec la tradition littéraire de l’époque. Ces trois histoires n’ont rien de mélodramatique; elles racontent dans un langage simple des vies ordinaires et des dilemmes pleinement humains. Pour décrire ses villages fictifs de Shepperton et Milby, l’auteure se souvient de son enfance dans une petite communauté du Warwickshire, avec son église, ses notables et ses commérages. Chacun des trois récits gravite autour d’un pasteur, personnage qui incarne des valeurs spirituelles fortes, tout en représentant l’humanité moyenne. 

Le révérend Amos Barton par exemple ne ressemble nullement à un héros. « Tandis qu’il prend son chapeau au crochet du corridor, vous voyez un visage qui n’a rien de particulier ; même la petite vérole qui l’a marqué semble avoir été d’une espèce composite et bénigne. » Bien qu’heureux en ménage, Amos Barton devient la cible de toutes les commères de Shepperton après l’installation d’une mystérieuse comtesse au presbytère.

Dans le deuxième récit, c’est le pasteur Gilfil - prédécesseur de Barton - qui a le premier rôle. Qui croirait que ce vieillard amateur de tabac et de gin a eu son roman d’amour ? Le narrateur nous transporte au XVIIIème siècle, époque où Gilfil était un fringant jeune homme épris d’une beauté italienne. 

Enfin, dans « La repentance de Janet », il est question de querelles religieuses entre évangélistes et traditionalistes. L’arrivée du vicaire Tryan divise profondément la petite communauté, séparant les amis de jadis ; mais ces nouveaux enseignements trouvent un écho dans le cœur de Janet Dempster, une alcoolique martyrisée par son mari. 

Bien qu’indépendants, tous ces récits se déroulent dans le même coin d’Angleterre, entre la fin du XVIIIème siècle et les années 1840; cela permet de retrouver au fil des pages des personnages secondaires et de créer une atmosphère sympathique mais confinée, propice aux rumeurs. Les hommes d'Eglise sont à l'époque au coeur de la vie sociale. Chacun des trois pasteurs représente à sa manière les humbles tragédies de l’existence. Sous des dehors médiocres, ils surmontent avec courage les épreuves du quotidien et acquièrent une certaine grandeur par la constance, l’amour ou la foi. La narration truffée de commentaires donne une saveur particulière au livre. On se croirait invité par la grande George Eliot à une causerie autour du feu, avec une tasse de thé en prime !

Critique libre: SCENES DE LA VIE DU CLERGE (George Eliot)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #chez les victoriens

Drôle et touchant: un bijou de la littérature de jeunesse !

 

Depuis la mort de son père, le petit Cédric Errol vit avec sa mère dans un quartier populaire de New York. Comme tous les petits Américains de son âge, il joue au baseball et fête le 4 juillet. Mais sa précocité, sa beauté et son cœur généreux en font un enfant exceptionnel, très apprécié de ses voisins. Lorsque Cédric n’est pas avec « Chérie », sa maman, il passe de longs moments dans l’épicerie de M. Hobbs, assis sur un baril de pommes, à critiquer ces « aristocates » qui tyrannisent les gens là-bas, au-delà des mers. Heureusement qu’une telle chose n’est pas permise dans un pays démocratique comme les Etats-Unis ! Ce que Cédric ignore, c’est qu’il est lui-même un descendant de l’aristocratie britannique. Lorsque son grand-père, véritable comte anglais, l’envoie chercher pour en faire son héritier, la vie du petit garçon se trouve entièrement bouleversée. Cédric réussira-t-il à gagner l’affection du vieillard endurci ? Saura-t-il faire face à ses nouveaux devoirs de Lord Fauntleroy ? Ce ne sera pas sans un coup de pouce de ses amis américains.

Ce livre est une vraie merveille, tant pour les jeunes que pour les adultes nostalgiques de leur enfance. Son charme repose principalement sur la  personnalité de Cédric, petit garçon touchant et d’une drôlerie irrésistible, surtout lorsqu’il utilise des expressions trop savantes pour son âge. Les autres personnages sont eux aussi bien caractérisés et intéressants, à l’image du comte de Dorincourt, qui se métamorphose au fil des pages. La description du domaine de Dorincourt et la découverte de vie de château par un Cédric émerveillé sont des moments vraiment sympathiques du roman. C'est un classique à lire et à faire découvrir avec bonheur aux enfants d'aujourd'hui. Le film avec Rick Schroder, riche en images de qualité, complète très bien le livre.

Critique libre: LE PETIT LORD FAUNTLEROY (Frances H. Burnett)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #chez les victoriens

« Dans la mort ils ne furent pas séparés. »

 

Vers 1830, un petit garçon et une petite fille grandissent dans la campagne anglaise auprès de leurs parents, propriétaires d’un moulin. Très attachés l’un à l’autre, les deux enfants ont pourtant des personnalités totalement différentes. Au naturel passionné et tendre de Maggie s’oppose le caractère ferme et pragmatique de son frère Tom. Ces différences vont mettre à l’épreuve leur affection, d’autant plus que Tom, seul fils du meunier, est envoyé en pension pour s’instruire. Puis les enfants grandissent, la ruine s’abat sur la famille Tulliver et chacun réagira en fonction de sa nature profonde. Dans le malheur, frère et sœur resteront-ils soudés comme autrefois ?

Le résumé que je vous livre paraît bien insignifiant au regard de cet immense chef d’œuvre ! En réalité, « Le Moulin sur la Floss » est à la fois une histoire de famille, une fresque sociale et une étude psychologique, tant ses personnages sont divers et pleins de relief. La bourgeoisie d’affaires, le clergé et le monde agricole y sont étroitement liés. On y trouve aussi des histoires d’amour et un magnifique portrait de femme, celui de Maggie Tulliver, en qui George Eliot se retrouvait sans doute un peu. Mais le motif principal du roman est à mon sens l’amour fraternel ; c’est pourquoi un tiers du livre relate l’enfance de Tom et Maggie avec des scènes si vivantes, si touchantes qu’on se prend d’affection pour ces petits Anglais d’autrefois. La tragédie finale n'en est que plus poignante.

George Eliot (1819-1880) mérite largement son statut de monument littéraire anglais. A l’époque, la reine Victoria comptait parmi ses fervents admirateurs ; mais ces romans ont une puissance universelle qui nous bouleverse encore aujourd’hui. Et quelle écriture ! Le style en est à la fois intimiste, enjoué et émouvant. Même si j’ai beaucoup aimé « Middlemarch », je placerais « Le Moulin sur la Floss » encore plus haut sur les sommets de la littérature mondiale.

Critique libre: LE MOULIN SUR LA FLOSS (George Eliot)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #chez les victoriens, #Wilkie Collins, #policiers

Enquête parmi les ombres du passé

 

Lorsque Valeria Brinton s’unit à Eustace Woodville dans une petite église de Londres, elle ignore presque tout de son époux. Mais dès la lune de miel, elle s’aperçoit que cet homme en apparence si doux cache un lourd secret. Pourquoi la mère de son mari refuse-t-elle de rencontrer sa nouvelle bru ? Et que signifie cette vieille photographie où Eustace pose tendrement à côté d’une autre femme ? La jeune mariée comprend bientôt que Woodville n'existe pas: ce n'est qu'un nom d'emprunt utilisé par son époux pour dissimuler sa véritable identité. Il y a là de quoi éveiller les soupçons, même lorsqu’on est une femme amoureuse. Avec toute la détermination d’une passion sincère, Valeria entame des recherches sur le passé de son mari. La voici lancée dans une enquête qui lui réserve de terribles découvertes, au risque de troubler à jamais son bonheur conjugal.

Même si elle n’est pas tout à fait « seule contre la loi » - puisqu’un vieil avoué et un général excentrique lui viennent en aide -, Valeria se montre d’une audace sans pareille pour une femme de son temps. Au milieu du XIXème siècle, une dame respectable ne devait pas frayer avec la justice, encore moins se mêler d’affaires criminelles ! Mais je ne vous en révèle pas davantage pour ne pas gâcher le plaisir de la lecture. Si vous voulez suivre Valeria dans ses trépidantes investigations, plongez dans ce policier de l’époque victorienne. C’est un Collins digne de ce nom grâce à un sens du suspense qui captive dès les premières pages. Alors que d’autres romans de Collins se concentrent plutôt sur une ambiance et un mystère, l’auteur fait ici la part belle à l’enquête, ne négligeant ni témoignages ni indices matériels en apparence insignifiants. Dommage qu'un cul-de-jatte aussi fou que bavard vienne parfois lasser la patience du lecteur: ce personnage, bien qu’indispensable au puzzle m'a paru peu convaincant. La vision (relativement) moderne de la femme et le choix d’une narratrice qui raconte ses péripéties à la première personne sont caractéristiques de Wilkie Collins, un auteur plutôt féministe qui militait pour une libération des mœurs, dans son œuvre comme dans sa vie entachée de concubinage.

Critique libre: SEULE CONTRE LA LOI (Wilkie Collins)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #chez les victoriens, #romans

La légende du Hollandais volant

 

A la mort de sa mère, terrassée par le chagrin, Philippe Vanderdecken pénètre dans une pièce soigneusement verrouillée par la défunte depuis vingt ans. C’est là qu’il découvre un document à l’odeur de soufre. Il y apprend que son père, marin hollandais qu’on croyait mort dans un naufrage, est en réalité condamné à une errance éternelle. Pour lever cette malédiction, Philippe décide de prendre lui-même la mer afin de retrouver le Hollandais volant, surnom donné par les marins à cette épave de mauvais augure. C’est le début d’une longue suite de voyages et de péripéties. Sur son parcours, le jeune homme trouvera l’amour, la peur et devra vaincre de nombreux périls. Parviendra-t-il au bout de sa quête ?

Ce livre est un brillant mélange, à la croisée du récit d'aventures et du genre fantastique. Pirates, trésors, naufrages, contrées exotiques et mutineries… rien ne manque pour en faire un palpitant roman maritime – rendu plus authentique par l’expérience du Capitaine Marryat lui-même. Mais bien qu’ancrée dans la réalité, l’intrigue a une dimension légendaire, franchement surnaturelle. C’est l’histoire du vaisseau fantôme, errant au gré des flots et entraînant la désolation sur son passage ; une histoire qui a inspiré de nombreux cinéastes, comme les réalisateurs de « Pirates des Caraïbes ». Ne vous attendez pourtant pas à des péripéties légères couronnées par un happy end car Marryat a donné à son roman une tonalité lugubre jusqu’au bout. Précurseur de « Lîle au trésor », « Le vaisseau fantôme » a gardé tout sa puissance et peut encore enthousiasmer le lecteur 180 ans après sa publication !

Critique libre: LE VAISSEAU FANTOME (Frederick Marryat)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #chez les victoriens

La vie comme un roman

 

A 18 ans, Isabel Sleaford se réfugie dans les romans pour oublier la médiocrité de son existence. Recluse dans une petite ville de province, entre un père absent et une belle-mère acariâtre, la jeune fille ne trouve décidément pas matière à satisfaire son imagination. Quant à l’amour, il vient à sa rencontre d’une manière bien prosaïque en la personne du Docteur Gilbert, jeune praticien pétri de bon sens mais o combien ennuyeux… Isabel sombre alors dans la mélancolie, sans se douter que la vie lui réserve des aventures dignes de Walter Scott et de Charles Dickens. Des châteaux, des secrets de famille, une horrible vengeance et même un héros byronien l’attendent au bout du jardin. Mais le romanesque ne va pas sans une dose de tragédie. La jeune femme apprendra à ses dépens que certains rêves engendrent la douleur.

Ce roman, publié en 1864, est une excellente surprise ! Mary Elizabeth Braddon y fait preuve de son talent accoutumé pour les intrigues teintées de mystère. Mais ce n’est pas tout. On y trouve aussi une réflexion en abîme sur l’imaginaire et sur la carrière littéraire au milieu du XIXème siècle. Le personnage de Sigismund Smith, auteur de feuilletons à suspense, est en quelque sorte l’alter ego de Mrs Braddon, ou du moins son double au rabais. Dans une Angleterre victorienne avide de sensations, ces « nègres de la plume » sont nombreux. J’ai particulièrement apprécié le regard distancié de Mrs Braddon sur son propre métier et sur la fiction en général. Peut-on être pleinement heureux dans une dimension imaginaire? Existe-t-il des héros faits de chair et de sang? Le livre est truffé de références littéraires puisqu’Isabel Sleaford lit des œuvres de Thackeray, Dickens, Bulwer-Lytton, Byron, Shelley, etc. Mais cette passion dévorante pour la fiction est dénoncée par Mrs Braddon avec une ironie douce-amère. « La femme du docteur », c’est un peu Mme Bovary et Catherine Morland (héroïne de Jane Austen) réunies ! C’est surtout un roman très touchant, intelligent et peu conventionnel qui parlera à tous ceux qui cultivent leur jardin imaginaire.

Critique libre: LA FEMME DU DOCTEUR (M. E. Braddon)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #chez les victoriens

Portrait émouvant d’une lady de l’ancien temps

 

« Je suis une vieille femme maintenant et les choses ont bien changé depuis ma jeunesse. On voyageait alors en diligence avec six personnes à l’intérieur et l’on mettait deux jours pour accomplir un trajet que les gens font aujourd’hui en deux heures à grand renfort d’embarras et dans un fracas à vous rendre sourd. En ce temps-là, les lettres n’arrivaient que trois fois par semaine ; et même, dans certains coins d’Ecosse où j’ai séjourné dans mon enfance, il n’y avait de courrier qu’une fois par mois. Mais, alors, les lettres étaient des lettres ; on en faisait grand cas, on les lisait et on les étudiait comme des livres. Maintenant, la poste arrive bruyamment deux fois par jour, apportant de brefs messages, qui n’ont parfois ni commencement, ni fin, et se résument en une courte phrase dont les gens bien élevés n’oseraient pas user dans la conversation. Bon ! Bon !c’est peut-être le progrès ; au fond je le crois. Mais vous ne trouveriez pas aujourd’hui une seule lady Ludlow. Je vais essayer de vous faire faire sa connaissance. »

Dans ce roman au charme désuet, la narratrice, Margaret Dawson, se rappelle sa jeunesse auprès d’une dame de l’aristocratie terrienne, vers 1800. Lady Ludlow incarne toutes les valeurs de la noblesse, alors en déclin ; mais son passéisme ne va pas sans une grandeur d’âme. Dans une Angleterre bouleversée par la Révolution industrielle, saura-t-elle s’adapter au changement et améliorer le sort de ceux qui vivent sur ses terres ? Elizabeth Gaskell (1810-1865) est  l’une des plus grandes romancières de son temps ; elle brosse ici un portrait émouvant où la nostalgie se mêle à l’humour et à la tendresse. Chaque page est un délice et on est vite happé par l’atmosphère de cette petite communauté rurale, tiraillée entre tradition et modernité. La structure narrative est elle-même originale car elle comporte trois récits emboîtés : celui de Margaret Dawson, celui de Lady Ludlow et celui de Clément de Créquy, un aristocrate détruit par la Révolution française. C’est un roman à la fois triste et doux. Ceux qui ont aimé les dames de « Cranford » ne manqueront pas de faire la connaissance de Lady Ludlow, de Hanbury Court.

Critique libre: LADY LUDLOW (Elizabeth Gaskell)

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Rédigé par Bianca Flo

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