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Lesmillefeuillesdefirmin.overblog.com

Un blog littéraire. Au programme: plein de lectures, un peu d'art et d'histoire!

Articles avec #terreurs et revenants catégorie

Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #terreurs et revenants, #romans, #chez les victoriens

Whisky, surnaturel et morts violentes

 

Voici une lecture parfaite pour la période d’Halloween ! Le village de Chapelizod, près de Dublin, est le théâtre d’évènements bien étranges. Tout commence par la découverte d’un crâne dans le cimetière paroissial, un crâne portant des traces de violence. C’est l’occasion pour le narrateur, vieil homme bavard, de nous raconter les mystères auxquels il s’est trouvé mêlé dans sa jeunesse, vers 1760. En ces temps-là, « c’était la grande époque de Chapelizod, et cette époque était finalement, peut-être, je puis vous le dire à l’oreille, en dépit de ses couleurs et de ses aventures, moins agréable à vivre qu’à rêver ou à connaître dans les livres. » L’histoire tourne autour d’un fait divers, en apparence banal : le meurtre d’un docteur du village dans le bois du Boucher. Mais à cette agression s’ajoutent d’autres assassinats bien enfouis, de fausses identités, une disparition et des liaisons dangereuses. En Irlandais digne de ce nom, Le Fanu invoque aussi les esprits, et ceux qui hantent la demeure « Sous les Tuiles » donnent vraiment la chair de poule ! A la fin du roman, on apprend enfin à qui appartenait le crâne abîmé, mais entre-temps le lecteur a expérimenté tant d’émotions différentes, connu tant de personnages intéressants et parcouru tant de lieux pittoresques et que le mystère initial n’a plus grande importance.

Sheridan Le Fanu - l’un de mes auteurs préférés!!- est un nom qui compte dans la littérature victorienne. Spécialiste du roman noir, du fantastique et des énigmes policières, il est passé maître dans l’art de jouer avec nos nerfs, comme dans cette oeuvre qui révèle les nombreuses facettes de son talent. « La maison près du cimetière » est un l’un des derniers romans gothiques, mais aussi un thriller haletant, une peinture sociale pleine d’humour et un « conte d’hiver » à la manière de Dickens. Ce roman publié en 1860 n'avait encore jamais été traduit en français, alors que c’est sans doute, avec « L’oncle Silas » et « Carmilla », le chef d’œuvre du génie irlandais.

Critique libre: LA MAISON PRES DU CIMETIERE (J. Sheridan Le Fanu)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #terreurs et revenants, #romans

"Je" est un autre

 

Arthur Lawford, le héros de cette histoire, est un père de famille blond et gras, en somme un Anglais des plus ordinaires … Jusqu’à ce fameux soir où, encore convalescent, il s’endort dans un cimetière sur la tombe d’un huguenot qui s’est suicidé. En rentrant chez lui, Lawford découvre que son visage a subi une métamorphose des plus surprenantes. Comment vont réagir ses proches ? Pourra-t-il retrouver son identité ? Et quelles sont ces voix qui résonnent de plus en plus fort dans sa tête ?

 

Maître du fantastique, le Britannique Walter de la Mare signe ici un roman d’une inquiétante étrangeté. Comme dans tous ses récits, l’auteur brouille abondamment les pistes et laisse au lecteur un important travail d’interprétation. De quoi déconcerter et fasciner à la fois ! Même si la fin du roman est loin d’être claire, il faut reconnaître que l’histoire semble intrigante et originale. Elle nous plonge dans les méandres d’un esprit possédé en jouant avec des peurs qui résonnent au plus profond de nous. Qui n’a jamais vu, dans un cauchemar nocturne, son apparence s’altérer ? On retrouvera ce même fantastique ambigu dans les nouvelles de Walter de la Mare (voir les recueils « Du fond de l’abîme » et « L’amandier »).

Critique libre: LE RETOUR (Walter de la Mare)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #contes et nouvelles, #terreurs et revenants, #romans

On a toujours besoin d'un plus petit que soi.

 

Nous sommes à Francfort au début du XIXème siècle. A la mort de ses parents, Peregrinus Tyss s’enferme dans sa riche demeure pour y vivre dans le passé. Rêveur, timide et replié sur lui-même, le jeune homme éprouve surtout une crainte maladive envers les personnes du beau sexe. Pourtant un soir de Noël, alors que la tempête fait rage, Peregrinus fait une rencontre qui va bouleverser son destin, en le forçant à entrer enfin de plain-pied dans l’existence. Reste à savoir si ce monde-là est bien réel ou si c’est une fantasmagorie, l’un de ces rêves éveillé auxquels Tyss s’adonne avec plaisir. « En vérité, se dit-il, le plus extravagant des conteurs ne saurait imaginer circonstances plus folles ni plus embrouillées que celles que je viens réellement de vivre en l’infime espace de quelques jours. La grâce, le charme, bref, l’amour viennent au-devant d’un misogyne qui vit en ermite (…). Mais le lieu, le moment, tout ce qui entoure l’apparition de la séduisante inconnue reste si mystérieux qu’on croirait avoir affaire à quelque étrange sorcellerie ; et voilà que sur ces entrefaites, une créature minuscule et habituellement fort décriée fait preuve de science, de bon sens et même d’un pouvoir magique. » Car le personnage le plus étonnant de cette histoire est Maître Puce: non pas un humain quelconque affublé d’un surnom ridicule, mais bien le roi des puces, ce peuple miniature qu’un sorcier hollandais a réduit en esclavage pour les besoins de son spectacle de magie. Placé bien malgré lui sous la protection de Tyss, Maître Puce devient la conscience du jeune homme et lui offre une lentille magique permettant de lire les pensées les plus cachées du cerveau humain. Peregrinus pourra-t-il surmonter sa timidité et rencontrer enfin l’amour ?

Il y a un peu des "Mille et une Nuits" et des "Voyages de Gulliver" dans ce roman hoffmannien plein de fantaisie. C’est un assemblage bizarre qui tient du conte oriental sans rompre avec la terre allemande, ses tavernes et ses rues enneigées. Création hybride, l’histoire réussit pourtant à emporter l’imagination à travers des thèmes chers aux romantiques allemands, comme l’amour, la nature et le rêve. L’humour n’en est pas non plus absent grâce à la voix-off du narrateur; une légèreté qui étonne lorsqu’on connaît les circonstances de rédaction de l’ouvrage. Comment Hoffmann trouvait-il encore la force de plaisanter alors qu’une horrible agonie paralysait progressivement tout son corps ? En avril 1822, peu avant son décès à 46 ans, le grand conteur allemand livrait à la postérité ce dernier récit onirique.

Critique libre: MAITRE PUCE (E. T. A. Hoffmann)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #chez les victoriens, #terreurs et revenants

Terreur rampante

 

Alors qu’il cherche un abri pour la nuit, Richard Holt, un vagabond, pénètre dans une maison qui lui semble vide. Il est alors loin d’imaginer les horreurs qui l’attendent dans cet antre du démon. « Le scarabée » est une histoire de malédiction égyptienne, thème cher à de nombreux auteurs fantastiques. Mais si la créature qui hante ces pages est terrifiante, c’est parce qu’elle n’a rien de conventionnel ; son sexe et sa nature même demeurent indéfinis. Pourtant le politicien Paul Lessingham semble entièrement en son pouvoir. Quel mystère recèle le passé de ce grand homme ? Pourra-t-il protéger sa fiancée des monstrueuses apparitions du scarabée ? A l’aide d’un savant et d’un détective privé, Lessingham s’engage dans une lutte sans merci contre la créature et contre ses propres démons.

A la fois récit policier et roman d’horreur, « Le scarabée » a rencontré un immense succès lors de sa parution en 1897. On l’a comparé à juste titre au « Dracula » de Bram Stoker, publié la même année. Il rappelle aussi par certains aspects les œuvres d’Edgar Poe. C’est un livre plein d’atrocités, tant physiques que psychologiques, mais plus suggérées que décrites. Et c'est précisément cette ambiguïté donne toute sa force au roman. Le récit est mené successivement par les différents protagonistes, ce qui permet de construire un suspense efficace. En somme, voici un roman en avance sur son temps et réjouissant pour les amateurs de littérature fantastique !

Critique libre: LE SCARABEE (Richard Marsh)
Publié par Firmin et Flo sur
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Summum de l'horreur psychologique

 

Ecrivain en manque d’inspiration, Paul Orléans emménage dans une maison lugubre louée pour un prix dérisoire. Il espère finaliser ici son chef d’œuvre en donnant corps à Romilly, l'héroïne de son roman. Mais voilà que la maison se met à donner des signes inquiétants, … à moins qu’il s’agisse de l’imagination exaltée de son occupant. Mais pourquoi Orléans se met-il à chanter un refrain en vogue avant sa naissance ? Et quelle est cette longue chevelure qui se reflète de nuit dans le miroir de la chambre à coucher ? Ainsi, ce qui devait être une paisible retraite vire bientôt au cauchemar. Dans cette maison de l'effroi, Orléans se coupe peu à peu du monde. Il y perdra son art, sa raison et son unique amie. 

Cette novella, publiée en 1911 dans un recueil fantastique, est un récit aussi envoûtant que perturbant. Oliver Onions y renouvelle avec un talent rare le thème de la maison hantée pour atteindre le summum de l’horreur psychologique. Toute la force de cette histoire provient des nombreuses interprétations qu’elle autorise. S’agit-il d’une hantise classique ou d’un cas de possession ? Le personnage est-il confronté à un démon féminin ou plutôt habité par sa Muse? Est-il en proie à un délire schizophrène ? Difficile de trancher, car les manifestations surnaturelles ne sont que suggérées par petites touches. Onions explore magistralement les liens entre création et folie ; il nous entraîne dans la déchéance physique et morale d’un artiste, jusqu’au coup de théâtre final. Ce court roman (120 pages) est considéré à juste titre comme le chef d’œuvre d’Oliver Onions, écrivain britannique féru de fantastique. L’histoire est construite avec une efficacité diabolique et ne peut manquer de mettre mal à l’aise le lecteur. Je la conseille à ceux qui ne reculent pas devant un récit terrifiant.

Critique libre: LA BELLE QUI VOUS FAIT SIGNE (Oliver Onions)
Publié par Firmin et Flo sur
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Laisse dormir les morts!

 

Qu’y a-t-il dans l’au-delà et que deviennent les défunts ? Personne n’est revenu pour nous le dire… Jusqu’à ce jour de juillet 1875 où la petite ville de Semur, en Bourgogne, devient le théâtre d’étranges évènements. D’abord la nuit en plein jour, puis une brume épaisse, une impression de cohue là où tout semble désert et pour finir une force irrésistible qui pousse les habitants à abandonner leurs maisons. Les voilà expulsés de la ville sans espoir de retour ; mais par qui ? A ce stade je peux vous révéler sans crainte d’émousser votre curiosité que ces envahisseurs sont … les morts ! Il faut dire que cette bourgade provinciale souffre du grand mal français: l’incroyance. Cette fois les habitants sont allés trop loin. Non seulement ils vouent un culte à l’argent et manquent la messe, mais ils se mettent à blasphémer et vont jusqu’à fermer la chapelle de l’hôpital au nom du repos de malades ! Les morts de retour sur terre sauront-ils convertir ces esprits forts? L’histoire est racontée à tour de rôle par plusieurs Semurois témoins des événements. Il y a d’abord le maire, Martin Dupin, homme satisfait et respectable, bien qu’un peu trop cartésien. Puis ce notable donne la parole à son épouse, à sa mère, à un visionnaire et à un aristocrate local. Chaque narrateur donne son point de vue et révèle dans son rapport un peu de sa personnalité. Ainsi la tonalité du livre est tantôt grave et émouvante, tantôt comique.

Ce petit roman victorien apparaît d'abord comme une satire de la France de la IIIème République, pays des libres penseurs, pays de la laïcité. On sait que Mrs Oliphant, de nationalité britannique, a fait un voyage en Bourgogne, région dont l’architecture médiévale l’a inspirée pour sa description de Semur (serait-ce Semur-en-Auxois?). Mais la réflexion est ici plus vaste, voire métaphysique: elle porte sur les sociétés modernes en général, sur leur matérialisme, leur manque de spiritualité; elle aborde ces questions existentielles qui nous viennent à tous aux moments de solitude et d’angoisse. Même face à des signes irréfutables, certains Semurois refusent de croire et, lorsqu’ils retrouvent leurs proches défunts, beaucoup se cachent les yeux par peur. L’auteure a probablement été marquée par sa propre expérience du deuil, ayant perdu son jeune mari, puis sa fille âgée de dix ans. C’est pourquoi le retour de la petite Mary, enfant défunte du couple Dupin, est très émouvant dans le roman.

J’ai surtout apprécié l’originalité de Mrs Oliphant, son fantastique rien moins que conventionnel. Ici les revenants n’apparaissent pas aux vivants et ne leur parlent pas. Pourtant leur présence est tellement réelle qu’elle donne le frisson. Ce sont des sensations vagues, des objets qui changent de place, des échos, un brouillard envahissant, autant de signes annonciateurs qui insufflent l’effroi au fil des pages. Cette œuvre, publiée en 1880, est d’une grande modernité. Pour preuve, le scénario proposé ici est encore souvent exploité au cinéma – « Les Revenants », ça vous dit quelque chose ?

Critique libre: LA VILLE ENCHANTEE (Margaret Oliphant)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #terreurs et revenants, #contes et nouvelles, #chez les victoriens

Des fantômes sous le sapin!

Pour petits et grands, la nuit de Noël est un moment magique. Il flotte alors comme un parfum de surnaturel et les frontières entre le visible et l’invisible semblent pour un instant vaciller. Chez nos voisins d’outre-Manche, la « ghost story » que l’on se raconte le soir du réveillon est une tradition bien ancrée ; il existe même des publications spécial Noël qui mettent à l’honneur les fantômes. Ainsi le fameux hebdomadaire de Dickens, « All the Year Round », rassemble chaque année les meilleures nouvelles fantastiques de ses contemporains à l’occasion du réveillon. C’est dans cette tradition anglo-saxonne qu’a puisé Xavier Legrand-Ferronnière pour composer son anthologie. Douze récits nous sont ainsi proposés, douze histoires où les revenants, au grand désarroi des vivants, se mêlent aux festivités de Noël.

Dans la première nouvelle, « Interruption de service » (Marjorie Bowen), on assiste à une apparition insolite dans l’Auberge des Souhaits, par une nuit neigeuse de Noël. C’est aussi une ombre du passé qui se manifeste dans la bibliothèque du révérend Batchel; le saint homme se voit alors chargé d’une mission pour le moins inhabituelle
 (« Os de ses os » d’E. G. Swain).


Les facéties des fantômes sont parfois envisagées avec humour. Ainsi dans « Le fantôme aquatique de Harrowby Hall » (John Kendrick Bangs), le maître des lieux décide de jouer un mauvais tour à un revenant encombrant. De même dans « Les fantômes de Grantley » (Leonard Kip), les spectres sont traités de façon plutôt cavalière. Un baronnet reçoit à chaque Noël la visite de deux gentilshommes du XVIIème siècle qui prétendent être les vrais propriétaires du château. Colérique, notre homme leur jette chaque année un volume à la tête, jusqu’au moment où il découvre leur secret. Dans « La malédiction des Catafalque » (F. Anstey), la suffisance et la lâcheté du narrateur prêtent à rire: sera-t-il prêt malgré tout à affronter la malédiction de la chambre grise pour épouser une riche héritière ?

Mais dans les autres récits, les revenants inspirent plutôt l’effroi. « L’avertissement à Hertford O’Donnell » (Mrs J-H Riddell) met en scène un spectre du folklore irlandais: la « banshee ». Celle-ci apparaît sous les traits d’une femme éplorée à tous ceux qui vont bientôt connaître le deuil, et même le docteur O’Donnell, matérialiste débauché, ne peut échapper à cette sinistre prémonition.

Dans « Sir Philip fait sa cour » (Mary E. Braddon), récit qui se déroule sous Charles II, l’ombre d’un mari assassiné hante son meurtrier, peut-être pour l’avertir de sa destinée fatale. Dans « Qu’était-il ? » (Theo Gift), la vengeance se fait plus explicite : le mari trompé vend son âme au diable pour jouir de l’immortalité et exercer des représailles tous les sept ans sur une jeune femme innocente.

Mais la terreur est encore plus palpable lorsqu’elle s’ancre dans le quotidien. Ainsi, dans « Smee » (A. M. Burrage), l’une des nouvelles les plus effrayantes du recueil, des amis organisent une partie de cache-cache dans une vieille demeure, avant de découvrir qu’un intrus s’est glissé parmi eux… A. N. L. Munby évoque lui aussi un « Jeu de Noël » qui tourne mal : que faire lorsqu’une histoire d’horreur, racontée pour le réveillon au coin du feu, devient progressivement réalité ?

Le recueil comporte deux nouvelles inclassables où l’on ne croise pas de fantômes au sens habituel du terme. Dans « Transition », Algernon Blackwood décrit l’expérience d’un homme ordinaire qui passe dans l’au-delà sans même s’en douter. Quant à « L’ombre » (Edith Nesbit), « ce n’est pas une histoire de fantôme artistiquement peaufinée. Rien n’y est expliqué, et il ne semble pas qu’il y ait de sens à ce qui s’est produit. » C’est l’histoire d’une présence impalpable qui hante la maison d’un couple en apparence heureux…

Cette anthologie contient de vrais petits bijoux de la littérature fantastique. Tous sont d'une qualité exceptionnelle et à ma connaissance inédits en français! On y retrouve les signatures de victoriennes célèbres - comme Mary Elizabeth Braddon ou Charlotte Riddell - et d’auteurs moins connus mais talentueux, ayant publié entre 1860 et 1950. Les notices biographiques et bibliographiques en fin d’ouvrage permettent d’en savoir plus à leur sujet. Voilà donc un cadeau idéal pour un Noël plein de mystère et de frissons !

Critique libre: HISTOIRES DE NOEL (Anthologie)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #terreurs et revenants, #romans

Naissance du roman gothique

 

Les romans d'Ann Radcliffe rencontraient de son temps un si vif succès que Jane Austen en a fait un pastiche dans "Northanger Abbey". C’est que Mrs Radcliffe a créé – au même titre que ses collègues Mary Shelley et Horace Walpole – un genre littéraire nouveau, le roman gothique.

A ce titre, « Les mystères d’Udolphe » (1794) sont une œuvre exemplaire. Tout commence en Gascogne, à la fin du XVIème siècle. L’héroïne, Emilie de Saint-Aubert, est une jeune orpheline séparée de son fiancé par Montoni, un oncle machiavélique et italien de surcroît. Pour faire main basse sur l’héritage de sa nièce, l’intrigant l’emmène dans son château d’Udolphe, situé dans les Apennins. L’auteure nous décrit alors une architecture sombre mais grandiose, bâtie à flanc de montagne et dominant de terrifiants précipices boisés. De quoi ravir les âmes romantiques ! Pourtant Emilie ne profite guère du paysage ; d’abord parce qu’à peine arrivée, elle est consignée dans une chambre sinistre, où elle ne se sent guère en sécurité; et puis elle ne tarde pas à faire de macabres découverte dans les dédales d'Udolphe. A la nuit tombée, les couloirs résonnent de bruits de pas et de soupirs: serait-ce l’ancienne propriétaire mystérieusement disparue, qui hante les lieux ? Mais d’où vient cette mélodie gasconne qu’Emilie entend chaque soir de sa fenêtre ? Et qui sont ces cavaliers aux allures de brigands qui cernent le château ? Malgré sa terreur croissante, la jeune fille projette une évasion avec la complicité d’Annette, sa femme de chambre. Une entreprise risquée, d’autant plus que les habitants se préparent à soutenir un siège. Emilie pourra-t-elle échapper à son geôlier, retrouver le beau Valancourt et résoudre les mystères d’Udolphe ?

Ce récit, riche en péripéties, entraîne le lecteur de châteaux en monastères, en passant par Venise - où Montoni s’adonne à la débauche. "Une visite au Mont-Saint-Michel, écrit Théophile Gautier, est un plaisir du même genre que celui qu’on prend à lire un roman d’Ann Radcliffe. Vous montez, vous descendez, vous changez à chaque instant de niveau, vous suivez des couloirs obscurs (…) sous ces ogives où semblent s’accrocher de leurs ongles les chauves-souris de Goya". Si tous les romans d’Ann Radcliffe sont empreints de surnaturel, ils présentent tous aussi des explications rationnelles qui réduisent la part de mystère, et c’est ce en quoi résident peut-être leurs limites. J’ai regretté aussi le dénouement un peu artificiel, car Emilie parvient toujours à se tirer de situations inextricables grâce à d’heureuses coïncidences. Quoi qu’il en soit, l’imagination de Mrs Radcliffe, son sens de la nature et des ruines, son goût pour un passé pittoresque –ici la Renaissance – ont été unanimement salués par la critique. Cette femme écrivain, à l’existence plutôt ordinaire, exercera une grande influence surla génération romantique. Deux ans après la publication des « Mystères d’Udolphe » paraît « Le moine » de Matthew G. Lewis, un roman infiniment plus terrible qui représente l’apogée du romantisme noir.

Critique libre: LES MYSTERES D'UDOLPHE (Ann Radcliffe)
Publié par Firmin et Flo sur
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La valse des enfants disparus

En littérature fantastique, le spectre enfantin est sans doute la plus effrayante des apparitions. Peut-être parce que le monde des ténèbres offre un contraste choquant avec l’innocence généralement attribuée à l’enfant; peut-être aussi parce que le fantôme enfant est porteur d’une tragédie, celle d’une vie tranchée trop tôt, parfois dans des circonstances mystérieuses. Il arrive que le petit revenant hante les lieux de son décès pour culpabiliser ses bourreaux, mais c’est le plus souvent une jeune âme perdue, trop effrayée pour dénouer les liens qui la retiennent sur terre.

Les nouvelles rassemblées ici par Xavier Legrand-Ferronnière ont été écrites entre 1860 et 1930 ; elles nous viennent de Grande-Bretagne, cette patrie de la « ghost story », mais aussi des Etats-Unis. Dix histoires et autant de cris de l’âme…

Dans « Un petit fantôme » (Hugh Walpole), un homme ravagé par la disparition de son meilleur ami fait une rencontre d’outre-tombe plutôt réconfortante. Il en va de même dans « Le Fauteuil à bascule » (Oliver Onions) où un bébé peut-être imaginaire devient la raison de vivre d’une vieille dame. Quant aux fantômes d’A.M. Burrage, ils tiennent lieu de « Camarades de jeu » à une fillette solitaire.

Mais les spectres d’enfants témoignent aussi d’histoires douloureuses qu’ils ne parviennent pas à surmonter dans l’au-delà. Ainsi « Le Fantôme perdu » (Mary Eleanor Wilkins-Freeman) relate un cas de maltraitance particulièrement cruel. Dans « L'Intercesseur » (May Sinclair), un locataire se voit entraîné dans le passé sordide de ses logeurs et permet à une fillette décédée de se réconcilier avec ses parents.

C’est encore pour retrouver sa mère que le spectre de « La porte ouverte » (Margaret Oliphant) hante le domaine de Brentwood; sa persécution mènera le fils des nouveaux locataires au seuil de la folie. Dans « Le Grenier » (Algernon Blackwood), il s’agit au contraire d’une jeune âme en paix qui vient rassurer sa mère et … son chat.

La tonalité est très différente dans « L’enfant de la pluie » (Elia Wilkinson Peattie), récit étonnamment moderne: alors que sa fiancée vient de le quitter, un contrôleur voit le spectre d’une fillette apparaître et disparaître dans le tramway, comme une prémonition sinistre. Dans « Le Fantôme de Kentucky » (Elizabeth Stuart Ward), le revenant se fait franchement menaçant: séparé à jamais de la vieille mère qui l’attend au pays, le jeune mousse hante le navire de son assassin pour prendre sa revanche.

Dernière nouvelle du recueil, « Les pirates » d’Edward F. Benson est peut-être aussi la plus subtile, car les apparitions qui s’y manifestent sont fruits de la nostalgie du héros. Vous y apprendrez que même un homme d'affaires pragmatique peut devenir sentimental lorsqu'il est visité par les spectres de son enfance.

Ces récits, encore inédits en français, sont tous d’une qualité remarquable et d'une grande force émotionnelle. Ils illustrent avec brio le fantastique anglo-saxon, alliant tradition et modernité. Malgré la variété des atmosphères, le recueil possède une véritable cohérence. Le fantôme y tient une place ambigüe, à mi-chemin entre le surnaturel et la psychologie tourmentée personnages. C'est que la plupart de ces petits spectres figurent les regrets, la frustration ou la culpabilité des adultes. Au thème de l’enfant est étroitement associé celui de la maternité, ou plus généralement celui de la famille. Ainsi, au-delà des conventions du genre, ces « ghost stories » poignantes offrent une réflexion sur la fragilité de l’enfance et sur l’amour qui triomphe de la mort.

Critique libre: LA PORTE OUVERTE, histoires de fantômes d'enfants (Collectif)
Publié par Firmin et Flo sur
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Fantômes du Rhin

Alors qu'il chasse sur les bords du Rhin, le comte Elim s'égare et se voit contraint de passer la nuit dans un vieux château hanté. Mais quel est ce spectre qui visite régulièrement la chambre rouge et pourquoi le châtelain préfère-t-il vivre dans une humble chaumière? C'est ce que vous découvrirez en lisant le manuscrit du comte Elim, un récit imprégné de légendes germaniques.

Dumas nous offre ici un roman gothique admirable où fantastique et tragédies humaines sont étroitement liés. Dans la plus pure tradition du romantisme noir, le terrible comte Maximilien et son angélique épouse s’affrontent. Quant à leur fils Everard, il est le héros mélancolique par lequel la fatalité s’accomplit. L’écriture est visionnaire, l’atmosphère digne des œuvres les plus sombres d’Ann Radcliffe. Qu’on imagine un château délabré, dont les tourelles surgissent entre les frondaisons par une nuit d’orage… Une telle scène n’est sans doute pas novatrice, mais elle n’a de cesse d’éveiller la curiosité du lecteur qui revit avec délice les frissons éprouvés dans son enfance à la lecture d'un conte de fées.

Critique libre: LE CHATEAU D'EPPSTEIN (Alexandre Dumas)

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Rédigé par Bianca Flo

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