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Lesmillefeuillesdefirmin.overblog.com

Un blog littéraire. Au programme: plein de lectures, un peu d'art et d'histoire!

Articles avec #contes et nouvelles catégorie

Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #contes et nouvelles, #terreurs et revenants, #romans

On a toujours besoin d'un plus petit que soi.

 

Nous sommes à Francfort au début du XIXème siècle. A la mort de ses parents, Peregrinus Tyss s’enferme dans sa riche demeure pour y vivre dans le passé. Rêveur, timide et replié sur lui-même, le jeune homme éprouve surtout une crainte maladive envers les personnes du beau sexe. Pourtant un soir de Noël, alors que la tempête fait rage, Peregrinus fait une rencontre qui va bouleverser son destin, en le forçant à entrer enfin de plain-pied dans l’existence. Reste à savoir si ce monde-là est bien réel ou si c’est une fantasmagorie, l’un de ces rêves éveillé auxquels Tyss s’adonne avec plaisir. « En vérité, se dit-il, le plus extravagant des conteurs ne saurait imaginer circonstances plus folles ni plus embrouillées que celles que je viens réellement de vivre en l’infime espace de quelques jours. La grâce, le charme, bref, l’amour viennent au-devant d’un misogyne qui vit en ermite (…). Mais le lieu, le moment, tout ce qui entoure l’apparition de la séduisante inconnue reste si mystérieux qu’on croirait avoir affaire à quelque étrange sorcellerie ; et voilà que sur ces entrefaites, une créature minuscule et habituellement fort décriée fait preuve de science, de bon sens et même d’un pouvoir magique. » Car le personnage le plus étonnant de cette histoire est Maître Puce: non pas un humain quelconque affublé d’un surnom ridicule, mais bien le roi des puces, ce peuple miniature qu’un sorcier hollandais a réduit en esclavage pour les besoins de son spectacle de magie. Placé bien malgré lui sous la protection de Tyss, Maître Puce devient la conscience du jeune homme et lui offre une lentille magique permettant de lire les pensées les plus cachées du cerveau humain. Peregrinus pourra-t-il surmonter sa timidité et rencontrer enfin l’amour ?

Il y a un peu des "Mille et une Nuits" et des "Voyages de Gulliver" dans ce roman hoffmannien plein de fantaisie. C’est un assemblage bizarre qui tient du conte oriental sans rompre avec la terre allemande, ses tavernes et ses rues enneigées. Création hybride, l’histoire réussit pourtant à emporter l’imagination à travers des thèmes chers aux romantiques allemands, comme l’amour, la nature et le rêve. L’humour n’en est pas non plus absent grâce à la voix-off du narrateur; une légèreté qui étonne lorsqu’on connaît les circonstances de rédaction de l’ouvrage. Comment Hoffmann trouvait-il encore la force de plaisanter alors qu’une horrible agonie paralysait progressivement tout son corps ? En avril 1822, peu avant son décès à 46 ans, le grand conteur allemand livrait à la postérité ce dernier récit onirique.

Critique libre: MAITRE PUCE (E. T. A. Hoffmann)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #contes et nouvelles, #policiers

Les indiscrétions d'un Sherlock Holmes en jupons

 

Voici les aventures de Judith Lee, jeune Anglaise de la Belle Epoque qui devient détective malgré elle. Notre héroïne possède en effet un don plutôt rare, voire embarrassant : celui de lire sur les lèvres des personnes qu’elle croise. Ce talent, elle l’a développé au cours de sa carrière de professeur dans une école pour sourds-muets. Mais avec de telles capacités, on ne peut mener une vie de tout repos. Qu’elle soit en vacances, au restaurant ou simplement dans la rue, Judith est témoin d’étranges confidences. Et lorsque celles-ci tournent autour d’un crime, notre enquêtrice se doit d’intervenir. Dotée d’une singulière audace et d’un tempérament hors norme, Judith Lee affronte toute sorte de malfaiteurs – de l'escroc au serial killer, en passant par le mafieux, sans oublier le cambrioleur et l’anarchiste. 

Publiées dans des revues britanniques en 1911 et 1912, les aventures de Judith Lee sont toujours entraînantes et pleines d’humour. Elles doivent leur succès à la personnalité originale de l'héroïne. L’auteur a imaginé un personnage résolument anticonformiste, en rupture avec l’idéal féminin de son temps. Car Judith pratique les sports de combat et n’envisage aucunement de prendre mari. De quoi faire rire le lecteur de la Belle Epoque ! Connu pour ses romans fantastiques – dont le plus célèbre est « Le scarabée »-, Richard Marsh appartient à une génération qui appréciait les conteurs véritables. En quelques lignes, il parvient à captiver le lecteur dans des registres aussi variés que le policier, l'horreur ou le comique. Un second volume - intitulé "Les aventures de Judith Lee" - va bientôt paraître chez ce même éditeur. Encore un excellent divertissement en perspective!

Critique libre: LES ENQUETES DE JUDITH LEE (Richard Marsh)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #terreurs et revenants, #contes et nouvelles, #chez les victoriens

Des fantômes sous le sapin!

Pour petits et grands, la nuit de Noël est un moment magique. Il flotte alors comme un parfum de surnaturel et les frontières entre le visible et l’invisible semblent pour un instant vaciller. Chez nos voisins d’outre-Manche, la « ghost story » que l’on se raconte le soir du réveillon est une tradition bien ancrée ; il existe même des publications spécial Noël qui mettent à l’honneur les fantômes. Ainsi le fameux hebdomadaire de Dickens, « All the Year Round », rassemble chaque année les meilleures nouvelles fantastiques de ses contemporains à l’occasion du réveillon. C’est dans cette tradition anglo-saxonne qu’a puisé Xavier Legrand-Ferronnière pour composer son anthologie. Douze récits nous sont ainsi proposés, douze histoires où les revenants, au grand désarroi des vivants, se mêlent aux festivités de Noël.

Dans la première nouvelle, « Interruption de service » (Marjorie Bowen), on assiste à une apparition insolite dans l’Auberge des Souhaits, par une nuit neigeuse de Noël. C’est aussi une ombre du passé qui se manifeste dans la bibliothèque du révérend Batchel; le saint homme se voit alors chargé d’une mission pour le moins inhabituelle
 (« Os de ses os » d’E. G. Swain).


Les facéties des fantômes sont parfois envisagées avec humour. Ainsi dans « Le fantôme aquatique de Harrowby Hall » (John Kendrick Bangs), le maître des lieux décide de jouer un mauvais tour à un revenant encombrant. De même dans « Les fantômes de Grantley » (Leonard Kip), les spectres sont traités de façon plutôt cavalière. Un baronnet reçoit à chaque Noël la visite de deux gentilshommes du XVIIème siècle qui prétendent être les vrais propriétaires du château. Colérique, notre homme leur jette chaque année un volume à la tête, jusqu’au moment où il découvre leur secret. Dans « La malédiction des Catafalque » (F. Anstey), la suffisance et la lâcheté du narrateur prêtent à rire: sera-t-il prêt malgré tout à affronter la malédiction de la chambre grise pour épouser une riche héritière ?

Mais dans les autres récits, les revenants inspirent plutôt l’effroi. « L’avertissement à Hertford O’Donnell » (Mrs J-H Riddell) met en scène un spectre du folklore irlandais: la « banshee ». Celle-ci apparaît sous les traits d’une femme éplorée à tous ceux qui vont bientôt connaître le deuil, et même le docteur O’Donnell, matérialiste débauché, ne peut échapper à cette sinistre prémonition.

Dans « Sir Philip fait sa cour » (Mary E. Braddon), récit qui se déroule sous Charles II, l’ombre d’un mari assassiné hante son meurtrier, peut-être pour l’avertir de sa destinée fatale. Dans « Qu’était-il ? » (Theo Gift), la vengeance se fait plus explicite : le mari trompé vend son âme au diable pour jouir de l’immortalité et exercer des représailles tous les sept ans sur une jeune femme innocente.

Mais la terreur est encore plus palpable lorsqu’elle s’ancre dans le quotidien. Ainsi, dans « Smee » (A. M. Burrage), l’une des nouvelles les plus effrayantes du recueil, des amis organisent une partie de cache-cache dans une vieille demeure, avant de découvrir qu’un intrus s’est glissé parmi eux… A. N. L. Munby évoque lui aussi un « Jeu de Noël » qui tourne mal : que faire lorsqu’une histoire d’horreur, racontée pour le réveillon au coin du feu, devient progressivement réalité ?

Le recueil comporte deux nouvelles inclassables où l’on ne croise pas de fantômes au sens habituel du terme. Dans « Transition », Algernon Blackwood décrit l’expérience d’un homme ordinaire qui passe dans l’au-delà sans même s’en douter. Quant à « L’ombre » (Edith Nesbit), « ce n’est pas une histoire de fantôme artistiquement peaufinée. Rien n’y est expliqué, et il ne semble pas qu’il y ait de sens à ce qui s’est produit. » C’est l’histoire d’une présence impalpable qui hante la maison d’un couple en apparence heureux…

Cette anthologie contient de vrais petits bijoux de la littérature fantastique. Tous sont d'une qualité exceptionnelle et à ma connaissance inédits en français! On y retrouve les signatures de victoriennes célèbres - comme Mary Elizabeth Braddon ou Charlotte Riddell - et d’auteurs moins connus mais talentueux, ayant publié entre 1860 et 1950. Les notices biographiques et bibliographiques en fin d’ouvrage permettent d’en savoir plus à leur sujet. Voilà donc un cadeau idéal pour un Noël plein de mystère et de frissons !

Critique libre: HISTOIRES DE NOEL (Anthologie)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #terreurs et revenants, #chez les victoriens, #contes et nouvelles

La valse des enfants disparus

En littérature fantastique, le spectre enfantin est sans doute la plus effrayante des apparitions. Peut-être parce que le monde des ténèbres offre un contraste choquant avec l’innocence généralement attribuée à l’enfant; peut-être aussi parce que le fantôme enfant est porteur d’une tragédie, celle d’une vie tranchée trop tôt, parfois dans des circonstances mystérieuses. Il arrive que le petit revenant hante les lieux de son décès pour culpabiliser ses bourreaux, mais c’est le plus souvent une jeune âme perdue, trop effrayée pour dénouer les liens qui la retiennent sur terre.

Les nouvelles rassemblées ici par Xavier Legrand-Ferronnière ont été écrites entre 1860 et 1930 ; elles nous viennent de Grande-Bretagne, cette patrie de la « ghost story », mais aussi des Etats-Unis. Dix histoires et autant de cris de l’âme…

Dans « Un petit fantôme » (Hugh Walpole), un homme ravagé par la disparition de son meilleur ami fait une rencontre d’outre-tombe plutôt réconfortante. Il en va de même dans « Le Fauteuil à bascule » (Oliver Onions) où un bébé peut-être imaginaire devient la raison de vivre d’une vieille dame. Quant aux fantômes d’A.M. Burrage, ils tiennent lieu de « Camarades de jeu » à une fillette solitaire.

Mais les spectres d’enfants témoignent aussi d’histoires douloureuses qu’ils ne parviennent pas à surmonter dans l’au-delà. Ainsi « Le Fantôme perdu » (Mary Eleanor Wilkins-Freeman) relate un cas de maltraitance particulièrement cruel. Dans « L'Intercesseur » (May Sinclair), un locataire se voit entraîné dans le passé sordide de ses logeurs et permet à une fillette décédée de se réconcilier avec ses parents.

C’est encore pour retrouver sa mère que le spectre de « La porte ouverte » (Margaret Oliphant) hante le domaine de Brentwood; sa persécution mènera le fils des nouveaux locataires au seuil de la folie. Dans « Le Grenier » (Algernon Blackwood), il s’agit au contraire d’une jeune âme en paix qui vient rassurer sa mère et … son chat.

La tonalité est très différente dans « L’enfant de la pluie » (Elia Wilkinson Peattie), récit étonnamment moderne: alors que sa fiancée vient de le quitter, un contrôleur voit le spectre d’une fillette apparaître et disparaître dans le tramway, comme une prémonition sinistre. Dans « Le Fantôme de Kentucky » (Elizabeth Stuart Ward), le revenant se fait franchement menaçant: séparé à jamais de la vieille mère qui l’attend au pays, le jeune mousse hante le navire de son assassin pour prendre sa revanche.

Dernière nouvelle du recueil, « Les pirates » d’Edward F. Benson est peut-être aussi la plus subtile, car les apparitions qui s’y manifestent sont fruits de la nostalgie du héros. Vous y apprendrez que même un homme d'affaires pragmatique peut devenir sentimental lorsqu'il est visité par les spectres de son enfance.

Ces récits, encore inédits en français, sont tous d’une qualité remarquable et d'une grande force émotionnelle. Ils illustrent avec brio le fantastique anglo-saxon, alliant tradition et modernité. Malgré la variété des atmosphères, le recueil possède une véritable cohérence. Le fantôme y tient une place ambigüe, à mi-chemin entre le surnaturel et la psychologie tourmentée personnages. C'est que la plupart de ces petits spectres figurent les regrets, la frustration ou la culpabilité des adultes. Au thème de l’enfant est étroitement associé celui de la maternité, ou plus généralement celui de la famille. Ainsi, au-delà des conventions du genre, ces « ghost stories » poignantes offrent une réflexion sur la fragilité de l’enfance et sur l’amour qui triomphe de la mort.

Critique libre: LA PORTE OUVERTE, histoires de fantômes d'enfants (Collectif)

Une perle noire de la littérature victorienne

 

Alfred Monkton, 21 ans, est le dernier rejeton d’une longue lignée aristocratique : les Monkton de Wincot Abbey. Mais pourquoi vit-il en parfait reclus dans le manoir ancestral ? Et pourquoi peu avant son mariage part-il en Italie à la recherche d’un … cadavre ? Le jeune Monkton aurait-il perdu la raison ? On le dit. On raconte même qu’il est frappé de la folie héréditaire des Monkton. Obsédé par une ancienne prophétie, Alfred est persuadé qu’il doit retrouver la dépouille de son oncle, un scélérat notoire tué en duel. Mais pourra-t-il empêcher sa fatale destinée de s’accomplir ?

Avec cette longue nouvelle publiée en 1855, Wilkie Collins nous plonge dans une atmosphère gothique à souhait. Les sombres châteaux, les abbayes en ruines, les duels et les naufrages ajoutent à la noirceur d’un héros tourmenté. Le style est élégant mais d’une grande clarté car, selon son habitude, Collins confie la narration à un témoin rationnel. L’irruption du surnaturel n’en est que plus troublante. Quel est donc le mystère de Mad Monkton? Est-il le jouet d'une hallucination ou la victime d'une hantise? Vous le saurez (ou pas) en lisant ce petit bijou de la littérature victorienne.

Critique libre: MONKTON LE FOU (W. Wilkie Collins)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #contes et nouvelles

Contes cruels du pays de l'or

 

Ma critique fait référence à l'édition Phébus/ Libretto qui comporte la nouvelle "Construire un feu" et six autres récits du Grand Nord (175 pages).

Dans ce recueil, Jack London nous entraîne avec son talent habituel sur la piste des chercheurs d’or, des Indiens et autres aventuriers du froid. Vers 1900, à l'époque du « gold rush », le Klondike était une contrée peu hospitalière pour les pieds tendres. C’est ce que nous apprend avec une redoutable efficacité la première nouvelle du recueil. En une quinzaine de pages, Jack London décrit les souffrances d’un homme égaré dans la neige en compagnie de son chien. A cause du froid extrême ses membres gèlent progressivement, entravant ses moindres mouvements. Parviendra-t-il à construire un feu à l’aide de sa dernière allumette ? Le personnage de « Mission de confiance » doit lui aussi dépasser ses limites pour transporter un mystérieux bagage. On est surpris par la vigueur physique et morale des héros de London. Surtout, il entre dans ces histoires une bonne part de cruauté. Ainsi dans « Face-Perdue », le trappeur Subienkow est obligé de ruser pour échapper à ses tortionnaires indiens ; mais sa fin n’en sera pas plus enviable. La même sauvagerie habite le vieux Porportuk, Peau-Rouge avare repoussé par la jeune squaw qu’il tente d’acheter. Quant aux chiens de traîneaux, figures incontournables du Grand Nord, ils sont incarnés par « Ce Spot », animal encombrant d’une intelligence quasi diabolique. Chacun de ces récits possède une chute, qu’elle soit tragique, ironique ou franchement atroce. Mais le plus admirable chez London, c’est sans doute son art consommé du suspense. A partir de sujets simples – un marcheur, un chien, la neige …-, il entretient un mystère haletant qui captive le lecteur de bout en bout. Lire Jack London c’est partir à l’aventure et assister à l’affrontement sans cesse renouvelé entre l’homme et une nature grandiose.

Critique libre: CONSTRUIRE UN FEU (Jack London)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #contes et nouvelles

Immersion dans des solitudes glacées

 

Ce recueil de Jack London (1907) contient huit magnifiques nouvelles du Grand Nord. Avec une robuste simplicité, l'auteur nous entraîne dans des récits poignants où l'homme est confronté à des conditions extrêmes et doit faire preuve d'héroïsme pour survivre.

 Dans « l’Amour de la vie », un chercheur d’or est abandonné par son partenaire dans une région septentrionale du Canada, sans armes et sans provisions. Blessé, il doit supporter la douleur, mais aussi le froid et la faim, ses plus implacables adversaires. Dans un style dépouillé, le grand Jack London raconte les souffrances de cet aventurier, jusqu’aux limites de l’endurance humaine. Son désespoir, ses hallucinations, ses derniers soubresauts pour se cramponner à la vie, tout cela est dépeint avec un réalisme âpre et même cruel. Et voilà que dans sa lente agonie, l’homme rencontre un ennemi qui le suit à la trace: un loup malade, aussi faible que lui, mais tout aussi déterminé à vivre. Ce face-à-face, qui ne laissera qu'un vainqueur, entraîne un retour à l'animalité.

 Chez London, les immensités glacées emprisonnent les personnages et déchaînent les passions, parfois jusqu'au drame. Ainsi, dans « L’imprévu », trois chercheurs d’or sont contraints de passer l’hiver ensemble dans une cabane. Pendant ce huis clos, la convoitise s’allume dans les cœurs, conduisant au meurtre. Dans « Le logement d’un jour », ce sont des rivaux en amour qui doivent cohabiter au cœur de l’Alaska. Quant à « La piste des soleils », elle est celle qu’empruntent deux jeunes gens avides de vengeance ; leur rage implacable et destructrice est aussi forte que la volonté de vivre qui anime la première nouvelle.

 L’un des récits les plus marquants du recueil est « Loup Brun ». Cousin de Croc-Blanc et de Buck (voir « L’appel de la forêt »), ce chien nordique a été recueilli par des maîtres californiens qui l’aiment et le dorlotent. Pourtant, Wolf entend encore l’appel du Grand Nord, qui l’attire malgré son lot de souffrances. Quelle existence choisira-t-il?

 Plusieurs histoires mettent en scène des Amérindiens. Ainsi dans "La manière des Blancs", Jack London donne la parole à deux vieillards abandonnés par leur tribu après avoir perdu leurs fils par la faute des colons. Cette nouvelle raconte l'incompréhension entre les autochtones et les Européens, dont les mentalités sont pleines de duplicité. Les Amérindiens sont, eux, célébrés pour leur bravoure. "Négore le lâche" se déroule en Alaska au XIXème siècle, alors que les autochtones luttent contre les Russes. Tandis que sa tribu est pourchassée par les Russes, l'Indien Négore va sacrifier sa vie pour gagner l’amour de sa belle et l’estime de son peuple. "L'histoire de Keesh", enfin, ressemble davantage à une légende: il y a fort longtemps, un Indien orphelin âgé d'à peine "treize soleil" devient tueur d'ours pour nourrir sa tribu; serait-il un peu sorcier?

 Qu'ils se déroulent en Alaska ou au Canada, ces récits font la part belle aux animaux, à la nature et aux traditions indigènes. Ils possèdent cette authenticité, cette force captivante qui happe immédiatement le lecteur. Pourtant aucune des impitoyables réalités du Grand Nord ne nous est épargnée. Ces nouvelles donnent toute la mesure du talent de Jack London, immense écrivain ayant lui-même mené une vie aventureuse dans ces régions inhospitalières du globe. J’ai adoré !

Critique libre: L'AMOUR DE LA VIE (Jack London)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #contes et nouvelles

La revanche des bestiaux serviteurs de l’homme

 

Dans ce recueil de nouvelles (1975), Patricia Highsmith donne toute la mesure de son talent en combinant ses deux obsessions majeures: la criminalité - sujet qui la fascine depuis l'adolescence - et les animaux.

Ces histoires sont destinées à un public averti; ce ne sont en rien des contes pour enfants! On y trouve un étonnant mélange de cruauté, de tristesse et d'humour noir. Mais en tout cas la fantaisie n'en est jamais absente et on ne peut qu'être fasciné par l'imagination, l'ingéniosité quasi diabolique que déploie l'auteure au fil des pages.

Chaque nouvelle a pour héros un animal, qu'il soit domestique ou "sauvage", et dans presque tous les cas, il est menacé - ou se juge tel - par les comportements humains. Le point de vue adopté est en général celui de l'animal, mais Mrs Highsmith évite le piège du misérabilisme bien-pensant adopté par certains défenseurs des animaux. Ici nous sommes en présence de bêtes révoltées qui vont agir, souvent de manière fort surprenante. Pour échapper à leur statut de victimes, ils deviennent bourreaux, parfois de manière préméditée, parfois en toute innocence, avec l'aide du destin. Chaque nouvelle est un chef d'œuvre de suspense. Le style est simple, mais l'auteure va à l'objet avec un art consommé. De plus,  P. Highsmith réussit un tour de force: celui de varier considérablement l'atmosphère d'un récit à l'autre, de sorte qu'il est impossible de s'ennuyer un seul instant. Sitôt une nouvelle achevée, on en redemande!

Voici un petit aperçu de ce qui vous attend dans ce recueil sur la criminalité animale.

° "La dernière proie de Ming" est l'histoire d'un chat de luxe jaloux du fiancé de sa maîtresse. Estimant que cet individu menace sa vie de rêve, le diabolique félin décide d'éliminer l'intrus.

° « La vengeance de Djamal » se passe dans le désert, puisque le héros n’est autre qu’un chameau.

° « Eddie, le singe passe-partout » nous entraîne dans une histoire rocambolesque de cambriolage, jusqu’au moment où l’animal ainsi instrumentalisé prend enfin sa revanche.

° Dans « Harry le Furet », le plus cher compagnon d’un adolescent devient un meurtrier sanguinaire.

° Quant au "Rat de Venise", la nouvelle-titre, c’est l’un des plus cruels, des plus sordides récits du recueil, l’histoire d’un rat d’égout qui se bat pour survivre et dont le destin croise un jour celui d’une joyeuse famille italienne.

L’ouvrage comporte huit autres nouvelles où l’on rencontre entre autres un chien, un éléphant de cirque, une vieille jument, des hamsters, un cochon chercheur de truffes et même un cancrelat !

Le monde animal, Patricia le connaît bien. Elle s'intéresse très tôt à la zoologie, puis s'entoure de compagnons à poils et à plumes toute sa vie durant. D'ailleurs lorsqu'elle posait pour les photographes, c'était souvent en compagnie de ses chats favoris. Cet amour des animaux transparaît dans chacune de ces histoires qui sont, à leur façon, autant de plaidoyers brillants contre la bestialité de l’homme.

Critique libre: LE RAT DE VENISE ET AUTRES HISTOIRES DE CRIMINALITE ANIMALE (Patricia Highsmith)
Publié par Firmin et Flo sur
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"C'est mon chat qui porte la culotte."

En choisissant de devenir peintre, Lancelot Mulliner se brouille avec son oncle, un ecclésiastique aussi riche qu'ennuyeux. Mais lorsque le Doyen Mulliner est envoyé en mission en Afrique, son rebelle de neveu accepte de recueillir le chat du saint homme, espérant une réconciliation - et peut-être même, qui sait, un héritage!

C'est alors qu'entre en scène Webster, un matou noir peu ordinaire qui va bouleverser du tout au tout les habitudes du jeune artiste. C'est que "Webster est tout à fait différent. Webster a une dignité naturelle et des manières sereines. Webster est un chat qui s'enorgueillit d'être toujours élégant; ses principes élevés et ses nobles idéaux rayonnent dans ses yeux comme des phares..." Bref, Webster a tout d'un dignitaire ecclésiastique, avec quelques poils en plus. Finie la vie de bohème! L'étrange félin exerce une influence sans limites sur son maître, au point que celui-ci se met à se raser tous les jours, surveille son langage et ne paraît plus au dîner sans porter un habit approprié. Quant à Gladys Bingley, la petite amie délurée de Lancelot, il n'en est plus question! "Il venait d'apercevoir l'extrémité d'une queue noire sortant de sous le canapé. Elle s'agitait un peu convulsivement, et Lancelot pouvait y lire comme dans un livre. Il savait que Webster venait de condamner sa fiancée sur la mine, la jugeant frivole et méprisable, et cela l'emplissait d'une douloureuse consternation." Webster envisage désormais un parti bien plus souhaitable: l'aristocratique Brenda Carberry-Pirbright!
Et il fera tout pour arranger le  mariage de Lancelot à sa convenance.

Dans cette nouvelle, on retrouve l'inimitable humour de P. G. Wodehouse, créateur de Jeeves, le plus parfait des valets. Ici, il s'agit d'une histoire de mutation de personnalité, et peut-être même de possession, si l'on envisage cela sous l'angle fantastique. La fin est aussi comique que surprenante. C'est, avec le "Tobermory" de Saki, l'un des meilleurs récits ayant un chat pour héros!

Critique libre: WEBSTER LE CHAT (P. G. Wodehouse)
Publié par Firmin et Flo sur
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Maître et serviteur

 

Voici une longue nouvelle signée Mrs Braddon, la reine du roman noir à l'époque victorienne. Après "Le secret de Lady Audley" (1862), cette ancienne actrice s'engage définitivement dans la carrière littéraire avec un succès certain! Son illustre contemporain Thackeray disait d'elle: si j'étais capable d'inventer des intrigues comme Mrs Braddon, je serais le plus grand écrivain anglais."

Le livre que je vous présente ici est une contribution modeste, au vu de romans comme "Henry Dunbar" ou "La trace du serpent" ; mais dans cette nouvelle d'une centaine de pages se déploie une histoire particulièrement sombre.

Dudley Carleon a tout pour réussir: la jeunesse, la naissance, un physique avantageux et un domaine prospère, La Ferme-Grise, dont il a hérité à la mort de son frère Martin. Pourtant le jeune squire est accablé par un lourd chagrin et bientôt son deuil familial se transforme en mélancolie chronique. Son seul ami est désormais son intendant Ralph, qui le suit comme son ombre, tel un mauvais génie. Il semblerait même que ce déplaisant serviteur possède quelque pouvoir sur son maître. Quel horrible secret hante la Ferme-Grise ? Jenny, la jeune épouse de Carleon, pourrait bien le découvrir à ses dépens. Elle se retrouvera entraînée dans une situation sans issue, digne des plus noirs thrillers.

Mrs Braddon révèle une fois de plus son grand talent de conteuse dans ce récit plein de suspense à l’odeur de soufre.

Critique libre: LE SECRET DE LA FERME-GRISE (M. E. Braddon)

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“Passionnée de littérature classique et de littérature du monde, je partage avec vous mes dernières lectures.”

Rédigé par Bianca Flo

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