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Lesmillefeuillesdefirmin.overblog.com

Un blog littéraire. Au programme: plein de lectures, un peu d'art et d'histoire!

Publié par FLO et FIRMIN sur
Publié dans : #evenements, #un peu d'histoire, #un peu d'art, #quiz et jeux
James TISSOT, peintre de la société victorienne

Bien que français, James Tissot (1836-1902) est surtout connu pour ses tableaux de l'Angleterre victorienne.

De son vrai nom Joseph-Jaques Tissot, il est né à Nantes. Sa carrière débute sous le Second Empire, en France, où il se lie d'amitié avec les impressionnistes. Réfugié à Londres après les évènements de la Commune, Tissot y passe 11 années, sans doute les plus enrichissantes de sa carrière. C'est aussi en Angleterre qu'il rencontre son grand amour, Kathleen Newton qui est minée par la tuberculose et se suicide en 1882. Ce drame personnel incite le peintre à rentrer en France et à renouveler son art, désormais tourné vers les sujets bibiques.

Au cours de sa période la plus féconde - les années 1870-, Tissot devient le portraitiste de la bonne société britannique. Ses portraits nous conduisent de bals en jadins et de croisières en pique-niques, en passant par les salons des élégantes de l'époque. A regarder ces tableaux raffinés, on croirait presque entendre le bruissement des soieries et sentir le parfum des fleurs.

Mais Tissot est aussi le peintre de l'âge industriel, une époque de prospérité où les Européens découvrent le train, le bateau à vapeur, la bourse et les joies de la pollution. Tous ces aspects de la vie moderne sont présents dans l'oeuvre de Tissot, au même titre que les manoirs au charme désuet.

N'est-il pas étrange que cet artiste, bien connu de nos voisins britanniques, soit relégué au rang d'illustrateur dans son propre pays? Il est tout de même possible d'admirer les oeuvres de Tissot sans traverser la Manche car le musée d'Orsay en possède plusieurs. Ces toiles - comme celles de Manet, Berte Morisot ou Monet - sont mises en valeur dans l'exposition "L'impressionnisme et la mode", jusqu'au 20 janvier 2013.

Si vous voulez en savoir plus sur Tissot et tester votre sens de l'observation, à vous de JOUER en cliquant sur le lien QUIZZ, sous les illustrations.

Toutes ces toiles ont été peintes entre 1870 et 1880, pendant le séjour de Tissot en Angleterre. C'est là sa période artistique la plus féconde.
Toutes ces toiles ont été peintes entre 1870 et 1880, pendant le séjour de Tissot en Angleterre. C'est là sa période artistique la plus féconde.Toutes ces toiles ont été peintes entre 1870 et 1880, pendant le séjour de Tissot en Angleterre. C'est là sa période artistique la plus féconde.
Toutes ces toiles ont été peintes entre 1870 et 1880, pendant le séjour de Tissot en Angleterre. C'est là sa période artistique la plus féconde.Toutes ces toiles ont été peintes entre 1870 et 1880, pendant le séjour de Tissot en Angleterre. C'est là sa période artistique la plus féconde.
Toutes ces toiles ont été peintes entre 1870 et 1880, pendant le séjour de Tissot en Angleterre. C'est là sa période artistique la plus féconde.Toutes ces toiles ont été peintes entre 1870 et 1880, pendant le séjour de Tissot en Angleterre. C'est là sa période artistique la plus féconde.

Toutes ces toiles ont été peintes entre 1870 et 1880, pendant le séjour de Tissot en Angleterre. C'est là sa période artistique la plus féconde.

Publié par FLO sur
Publié dans : #un peu d'histoire, #far west, #videos, #quiz et jeux
Vidéo: LA VERITABLE HISTOIRE DES DALTON

J'ai créé cette vidéo il y a 2 ans, après avoir lu l'autobiographie d'Emmett Dalton: "Le gang des Dalton".

Ce montage inclut aussi d'autres sources historiques, ainsi que de nombreux documents d'époque.

La musique est "Ashokan Farewell", une ballade composée par Jay Ungar.

Ci-contre, la photo d'Emmett Dalton, seul survivant de la tuerie de Coffeyville. Après avoir purgé sa peine de prison, il deviendra auteur et acteur grâce à son expérience trépidante de hors-la-loi.

Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #biographies, #litterature russe, #toutes les critiques litteraires, #quiz et jeux

Il était une fois, à Saint-Pétersbourg, un excentrique de génie. 

 

Un nez qui se promène en uniforme officiel, un fantôme vengeur dérobant les manteaux des passants, le portrait du Diable peint d'après nature, des âmes rachetées après le décès de leurs propriétaires… voici quelques-unes des fantasmagories de Gogol. Auteur de récits hauts en couleurs (comme « Les veillées du Hameau ») où les diableries et l’absurde ont la part belle (« Nouvelles de Pétersbourg »), il s’est également consacré à l’histoire de son Ukraine natale (« Tarass Boulba ») et a dressé un portrait satirique de la société russe (« Le Révizor »).

Dans cette biographie, vous découvrirez l’homme qui se cache derrière cette œuvre extravagante: un être malingre, au physique ingrat, pourvu d'un nez d'oiseau et de tenues voyantes. Suivez-le au domaine familial en Petite-Russie, puis dans un misérable appartement à St-Pétersbourg. Assistez à ses cours d'histoire... à la méthode bien particulière. Lisez sa correspondance, aussi ampoulée que touchante. Parcourez avec lui l'Europe, rencontrez ses amis, ses ennemis et familiarisez-vous quelque peu avec la Russie de son temps: celle des tsars et du servage, mais aussi de la littérature. Dépeint par un grand écrivain lui-même d’origine russe, Gogol n’a pas fini de nous étonner. Au fil des pages, il se révèle aussi fantasque, aussi original et mystérieux que ses écrits : mythomane sincère, bon vivant aux élans mystiques, hypocondriaque mais grand voyageur, paresseux mais tourmenté par l’obsession d’une gloire posthume, réservé et mondain … Gogol fut tout cela et bien plus encore. En somme un génie dérangeant et fascinant à la fois. Troyat nous présente également les principaux écrits de Gogol, rédigés dans les brumes de St-Pétersbourg ou sous le ciel radieux d’Italie. Il insiste sur l’influence déterminante de Pouchkine dans l’œuvre de Gogol : tout semblait opposer ces deux personnalités et pourtant Pouchkine est une source perpétuelle d’admiration et d’inspiration pour son cadet, qu’il protège et conseille jusqu’à sa mort.

Cet ouvrage se lit très facilement, malgré ses 600 pages. C’est sans doute dû au talent d’Henri Troyat… et au personnage plein de surprises qu’il a choisi de nous dévoiler. Troyat, qui nous a quittés en 2007, est reconnu pour ses biographies d'écrivains (Dostoïvski, Pouchkine, Maupassant, Flaubert ...) et d'hommes d'Etat (Catherine II, Pierre le Grand, Ivan le Terrible, Raspoutine ...). Etant lui-même né en Russie, il s'est beaucoup intéressé aux grands personnages de ce pays. Que vous soyez amateur de littérature russe, de bonnes biographies, de Troyat ou de Gogol, emportez ce livre avec vous cet hiver!

 

Mais au fait, avez-vous lu "Les nouvelles de Petersbourg", le fameux recueil de Gogol? Si oui, testez vos connaissances avec le QUIZ plus bas!

 

 

 

La vie d'un Russe racontée par un Russe ... et son chien!

La vie d'un Russe racontée par un Russe ... et son chien!

Publié par FIRMIN ET FLO sur
Publié dans : #chez les victoriens, #famille bronte, #quiz et jeux

Janvier peut s'avérer sinistre, surtout si comme Firmin et moi vous habitez dans une ville éternellement grise et battue par les vents ... Mais ce n'est rien comparé aux landes du Yorkshire qui ont vu naître les soeurs Brontë.

Pour bien commencer l'année, on vous propose un quiz sur l'univers sombre ces femmes écrivains: à vos claviers, direction Hurlevent!

POUR JOUER, CLIQUEZ AU BAS DE CET ARTICLE.

 

<center><object width=450 height=337><param name=movie value=http://www.quizz.biz/flash/Quizz.swf></param><param name=allowFullScreen value=true></param><param name=allowscriptaccess value=always></param><param name=flashvars value=id=311781&host=http://www.quizz.biz&f=f&design=Floby ></param><embed src=http://www.quizz.biz/flash/Quizz.swf type=application/x-shockwave-flash flashvars=id=311781&host=http://www.quizz.biz&f=f&design=Floby allowscriptaccess=always allowfullscreen=true width=450 height=337></embed></object><br><font size=1>Service offert par <a href=http://www.quizz.biz title=creer_des_quizz target=_blank>Quizz.biz</a></font><br><br></font></center>
Anne, Emily et Charlotte Brontë, peintes par leur frère Branwell qui a volontairement effacé son image - on devine encore une silhouette du jeune homme au milieu de la toile.

Anne, Emily et Charlotte Brontë, peintes par leur frère Branwell qui a volontairement effacé son image - on devine encore une silhouette du jeune homme au milieu de la toile.

Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #chez les victoriens, #romans

« Une histoire de tous les jours » comme seule Mrs Gaskell sait nous en raconter !

 

Contemporaine des sœurs Brontë et de George Eliot, Mrs Gaskell (1810-1865) est tout aussi talentueuse et mériterait d’être plus célèbre en France.

« Femmes et filles »– ou plutôt « Epouses et filles » - est un roman domestique, sentimental et social à la fois, avec pour cadre la vie provinciale anglaise du XIXème siècle. Il a été publié en feuilleton entre 1864 et 1866, comme beaucoup de chefs-d'oeuvre de l’époque.

Avec ce dernier et magnifique livre, l’auteure nous transporte dans les années 1830, à Hollingford, une paisible bourgade. Dans cette petite ville, le principal divertissement consiste à organiser des « tea parties » où l’on commente la vie des aristocrates locaux et les amours des jeunes gens à marier. C’est là que nous faisons la connaissance de Molly Gibson, et de son père, l’honorable médecin de Hollingford. La relation entre ce veuf quinquagénaire et sa fille unique est touchante car ces deux êtres sont liés par une grande affection et une confiance mutuelle absolue. Ils sont tout l’un pour l’autre, menant une vie simple et heureuse, sans se soucier des mondanités. Mais cette tranquillité domestique est ébranlée le jour où le docteur Gibson décide de se remarier. Sa nouvelle épouse, Miss Clare, va s’immiscer dans les relations père/fille, mais aussi dans l’avenir amoureux de Molly, au nom de son devoir de belle-mère. Quant à la fille de Miss Clare, Cynthia Kirkpatrick, elle semble cacher un terrible secret sous les dehors les plus attrayants.

Les Gibson sont liés à plusieurs autres familles d’Hollingford, dont deux sont particulièrement distinguées : il y a d’abord Lord et Lady Cumnor, des aristocrates qui ont employé autrefois Miss Clare comme préceptrice ; mais c’est surtout la famille Hamley que fréquentent les Gibson. Et sachant que le vieux squire a deux fils en âge de se marier, on peut imaginer que des péripéties sentimentales vont suivre. Molly s’éprendra-t-elle d’Osborne Hamley, le séduisant héritier, ou de son cadet Roger dont elle fait son confident ? Pourra-t-elle sauver l’amitié qui l’unit à sa belle-sœur, alors que celle-ci devient sa rivale en amour ?

Difficile et inutile de détailler ici toute l’intrigue. Il suffit de savoir qu'il y aura des amours contrariés, des secrets révélés et des commérages à souhait ! La tragédie elle-même s’invitera à Hamley Hall pour briser le vieux squire. Mais ce roman est surtout passionnant par sa description des relations sociales - qu’elles soient familiales, sentimentales ou de voisinage – à une époque où l’honneur et le rang étaient bien plus importants qu’aujourd’hui. Les portraits psychologiques sont également pleins de finesse et les répliques délicieusement spirituelles !

« An Every-day story », comme l’indique le sous-titre du livre ? Certes, mais cette histoire du quotidien est admirablement contée par une auteure pleine de délicatesse et de subtilité. C'est en cela que réside l'incomparable talent d'Elizabeth Gaskell: chaque dialogue sonne juste, les personnages semblent vivants, saisissants de vérité. C'est tout un univers qui est ainsi dépeint avec brio. Malgré la banalité apparente du sujet, c’est l’un des plus grands romans du XIXème siècle à ma connaissance. Hélas, une mort brutale a emporté Mrs Gaskell avant qu'elle ait pu achever son livre. La fin du roman nous est donc livrée par son éditeur en quelques pages, et conformément au projet de l'auteure décédée. Sans cela le lecteur aurait été privé d'une scène longtemps attendue.

Critique libre: FEMMES ET FILLES (Elizabeth Gaskell)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #biographies, #quiz et jeux

Un livre qui a du mordant!

Comment un bipède « civilisé » peut-il cohabiter avec des bêtes féroces et même communiquer avec elles ? Dans cette autobiographie très nature, Shaun Ellis, plus connu sous le nom d'"homme-loup", explique sa relation avec ces animaux fascinants.

Né dans la campagne anglaise dans les années 1960, Shaun est dans son enfance déjà très proche des animaux. Il nous raconte d'une manière passionnante ses premières impressions dans la nature, sa relation privilégiée avec ses chiens et les nuits qu'il passait à observer les renards alors qu'il n'était encore qu'un petit garçon.

La suite de sa vie est placée sous le signe de l'aventure. Après un emploi de garde-chasse et un passage dans l'armée, il devient dresseur de chiens, puis part pour un grand voyage dans l'Ouest des Etats-Unis où il rencontre les Nez-Percés, des Amérindiens familiers des grands espaces. C'est là, dans le parc de Yellowstone, qu'il tentera l'expérience la plus ultime de son existence: vivre au milieu d'une meute de loups sauvages, en pleine forêt, loin de toute civilisation. Mais pour s'intégrer à la meute, notre aventurier doit lui-même devenir un loup! Et quand il s'agit de vivre sa passion, il n'y a pas de sacrifice trop grand à ses yeux. Après une longue phase d'approche où il connaît la faim et le froid, Shaun parvient enfin à nouer des liens avec un groupe de loups jamais approchés par l'homme. Pour cela, il apprend à manger de la viande crue, à s'accroupir et à hurler comme un animal et à garder les mêmes vêtements pendant des mois pour que les bêtes puissent le reconnaitre à son odeur. Il accepte aussi de se faire mordre et respecte la hiérarchie instituée dans la meute par le mâle alpha.

Shaun Ellis est le premier homme qui a poussé aussi loin l'expérience au nom de sa passion. Il nous raconte les souffrances endurées, mais aussi les enseignements que lui a apportés cette régression vers l'animalité. La vie avec ces grands carnivores à l'état de nature lui a permis d'observer leur comportement: la hiérarchie, les techniques de chasse, les soins prodigués aux louveteaux et leur apprentissage de la vie au sein du clan.

M. Ellis est devenu ainsi un célèbre comportementaliste, même si cela lui a valu des problèmes de santé et une certaine incompréhension de la part de ses fères humains. A l'issu de cette aventure, il s'est procuré sa propre meute de loups, élevée en semi-liberté, pour poursuivre son travail d'observation et réapprendre aux jeunes loups la vie sauvage. Ce sont de véritables liens d'amitié qui le lient désormais à ses fauves. Il y a les dominants, les joueurs et les chouchous qu'il a envie de protéger -comme ce louveteau gris qu'il a récupéré avec la mâchoire fracturée. M. Ellis en parle véritablement comme de sa famille! Grâce à son travail, plusieurs problèmes liés aux loups ont trouvé des réponses. Il remarque par exemple que les loups élevés en captivité se reproduisent difficilement et font preuve d'une agressivité anormale entre eux. Pour résoudre ces difficultés, il utilise des enregistrements qui diffusent des hurlements de loups, pour faire croire à une meute rivale. Shaun Ellis s'est aussi rendu en Pologne afin de comprendre le phénomène des loups mangeurs d'hommes et de troupeaux. Aujourd'hui âgé de 48 ans, il continue son activité au Royaume-Uni en tant qu'éducateur de loups et de chiens. Son principal objectif est de mieux faire connaître le loup, cette espèce menacée et souvent mal jugée par l'homme.

Ce livre est plus qu'indispensable pour qui s'intéresse au comportement animal. Que l'on soit passionné par la vie sauvage ou simplement désireux de comprendre la psychologie de son chien, l'expérience de Shaun Ellis apporte forcément quelque chose. Il explique avec une grande clarté les mécanismes de la vie de meute. De plus, c'est un ouvrage très bien écrit, palpitant, touchant, et même par moments poétique. Plutôt d'actualité en cette période de prise de conscience écologique!

 

Mais au fait, connaissez-vous ce fauve aux longs crocs qui a longtemps hanté nos forêts? Pour le savoir, faites le test en suivant le lien plus bas.

Critique livre: UN HOMME PARMI LES LOUPS (Shaun Ellis)
Publié par FLO sur
Publié dans : #chez les victoriens, #romans, #toutes les critiques litteraires, #Wilkie Collins

Mariages à l'écossaise!

Avec cet épais roman – 750 pages je vous prie ! – Wilkie Collins signe une œuvre très féministe. Le récit tourne en effet autour du mariage malheureux : qu’il soit forcé, mal assorti, intéressé, rompu, menacé ou simplement dissous par la mort, tous les personnages du livre en font l’amère expérience.

Aidé par l’avocat Delamayn, Mr Vanborough délaisse sa femme en prétextant que leur mariage n’est pas légalement valable. Ainsi, après des années de vie commune, Mrs Vanborough estabandonnée par son mari qui épouse un meilleur parti. Mais le destin s’acharne aussi sur les descendants de ces personnages lorsqu’ Anne Silvester, fille des Vanborough, est séduite par Geoffrey Delamayn.

Wilkie Collins s’insurge ici contre la législation matrimoniale de son pays. En Ecosse, u XIXème siècle, l’ambiguïté de la loi est telle que deux personnes peuvent se retrouver mariées sans même le savoir ! L’auteur part de ce constat étonnant (mais authentique) pour imaginer toute une série de malentendus et d’impostures.

Le personnage d’Hester Dethridge lui permet de dénoncer également la violence conjugale et l’inertie de la loi face à la détresse des épouses.

Quant à Geoffrey Delamayn, il incarne une Angleterre détestable aux yeux de l’auteur: un pays livré à la culture physique, qui perd tout raffinement et toute vertu morale au profit du sport.

« Mari et femme » est donc un livre clairement engagé dans son époque ; mais cela ne nuit pas au suspense qu’affectionne tant Wilkie Collins. Comme toujours chez cet auteur, l’intrigue est riche en rebondissements et sombre à souhait : meurtres et vengeances, enquêtes et trahisons sont au rendez-vous. Mais rassurez-vous, tout cela finira par un double mariage réussi.

J’ai beaucoup aimé l’atmosphère victorienne, ainsi que la galerie de personnages soigneusement brossée par Collins. Un roman agréable et entraînant, à mi-chemin entre la critique sociale et le thriller.

Ceux qui ont lu l'article précédent ont sans doute ramarqué que la couverture du livre reproduit un tableau de James Tissot: "London visitors"

Ceux qui ont lu l'article précédent ont sans doute ramarqué que la couverture du livre reproduit un tableau de James Tissot: "London visitors"

Publié par FLO sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #chez les victoriens, #quiz et jeux

Le roman de l’échec

 

Ce dernier roman de Thomas Hardy (1895) a fait scandale par sa critique des conventions sociales: il met en scène un amour interdit car non sacralisé par les liens du mariage et quasi incestueux. C'est aussi un livre profondément pessimiste, puisque le héros, un jeune ouvrier avide de savoir, échoue tant sur le plan social que dans sa vie sentimentale. La noirceur du roman est accentuée par l'atmosphère gothique qui transporte le lecteur de la campagne du Wessex à Christminster, véritable centre culturel, ville ornée des cathédrales et des collèges du temps jadis. Obscur, Jude l'est par sa modeste condition dont il ne parviendra jamais à s'extirper malgré ses qualités exceptionnelles; il est aussi "obscur" par son destin tragique, un destin qui va le broyer jusqu'à l'entraîner dans la plus profonde déchéance, la plus absolue des solitudes, celle de l'homme qui a tout perdu.

Le film avec Kate Winslet et Christopher Eccleston est une réussite, même s'il s'achève sur la séparation du couple sans décrire la déchéance finale de Jude.

Critique libre: JUDE L'OBSCUR (Thomas Hardy)
Publié par FLO et FIRMIN sur
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David, l’autre Dickens

 

Voici de la vraie, de la grande littérature! "David Copperfield" fait partie de ces romans dont tout le monde a entendu parler sans forcément les avoir lus. Il est vrai que c'est un pavé (plus de 1000 pages!), mais c'est surtout un monument de la culture britannique et mondiale!

Firmin et moi avons écouté ce roman en version audio intégrale et il nous a accompagnés pendant une dizaine de jours. Dickens est un conteur génial. Il maîtrise l’art de la digression et mêle avec bonheur le réalisme, le mélodrame et la comédie de mœurs. De plus il a un véritable don pour camper des personnages inoubliables, quitte à forcer parfois le trait pour nous faire rire ou frémir. Qui ne se souvient pas de l’odieux Murstone, beau-père qui brutalise David ? Comment ne pas savourer le portrait de Betsy Trotwood, tante au grand cœur sous ses dehors revêches? Dans cette galerie de portraits, certains sont plus sombres, comme celui de Steerforth, personnage ambivalent qui séduit mais trahit tout à la fois ; sans parler d’Uriah Heep, dont la laideur n’a d’égale que sa noirceur d’âme.

On suit avec intérêt la vie de David, de sa naissance à sa maturité, en passant par ses études, ses amours d’adolescent, son premier appartement et sa découverte du monde du travail : un véritable parcours initiatique, pas si différent  de celui des jeunes d’aujourd’hui.  J'ai d'ailleurs été étonné par la modernité de ces pages. Une fois le livre refermé, on s’aperçoit que David est devenu un ami qui va nous manquer, tant on l’a côtoyé. C’est que notre héros est l’alter ego de Dickens lui-même, et c’est peut-être ce qui le rend si attachant. Comme David le petit Charles Dickens a travaillé très jeune dans une fabrique ; comme lui il a fréquenté la prison où son père était enfermé pour dettes (dans le roman, David rend visite à Mr Micawber, homme sympathique mais dépensier et irresponsable); et puis,  à l’image de son créateur, David se lance dans la carrière de sténographe avant d’embrasser celle d’écrivain à succès. Autant dire que Dickens a mis dans ce livre beaucoup de lui-même.

Malgré les épreuves infligées au protagoniste, ce roman d’apprentissage m’a semblé lumineux, plein d’espoir et même pétillant d’humour ! C’est une œuvre plus aboutie qu’ « Oliver Twist », alors ne vous laissez pas décourager par l’épaisseur du volume: si comme nous vous aimez les classiques, vous vous régalerez! L’adaptation produite par la BBC, avec Daniel Radcliffe, est également géniale. Elle est fidèle tant à l'esprit qu'aux péripéties importantes du roman.  A voir absolument !

Mais au fait, êtes-vous un lecteur attentif? Pour le savoir, JOUEZ A MON QUIZ SUR DAVID COPPERFIELD, en cliquant sur le lien plus bas.

Critique libre: DAVID COPPERFIELD (Charles Dickens)
Publié par FLO sur
Publié dans : #chez les victoriens, #contes et nouvelles, #policiers, #toutes les critiques litteraires

Six reines du crime au temps de Sherlock Holmes

 

Elles ont ouvert la voie à des monuments du policier anglais comme Agatha Christie ou Ruth Rendell. Découvrez six victoriennes qui ont mis leur plume au service du mystère, du suspense et du crime ! Ces nouvelles ne sont pas toutes des enquêtes policières, mais toutes proposent une énigme à la sagacité du lecteur. Que leur atmosphère soit bon enfant, confortable, noire ou franchement morbide, toutes les demeures de ce recueil recèlent de terribles secrets. Elles ont été le théâtre de vols, de meurtres ou de disparitions. Dans certains cas, un enquêteur prend l’affaire en main, permettant à la justice de triompher. D’autrefois c’est le hasard qui conduit à un heureux dénouement. Trois des nouvelles en revanche sont franchement tragiques et laissent peu d’espoir à leurs protagonistes.

Voici une brève présentation des six récits que François Rivière a rassemblés et préfacés dans cette anthologie.

  • « La boîte d’ébène » (Mrs Henry Wood). Pauvre Philip Cockermuth, mort dans la fleur de l’âge sans avoir profité de ses guinées durement amassées dans un coffret en bois. Retrouvé vingt ans plus tard, cet argent maudit n’a pas fini de jouer des tours aux paisibles habitants de la maison.

 

  • « Le fantôme de Fernwood » (Mary Elizabeth Braddon) L’auteure de cette nouvelle est la plus connue du public français d’aujourd’hui car plusieurs de ces romans ont été publiés récemment (« Les oiseaux de proie », « La trace du serpent »…). Elle est même présentée comme l’Agatha Christie de l’ère victorienne. Il est vrai que ce récit est particulièrement réussi, mais c’est aussi l’un des plus sombres du recueil. Malgré la fin – à mon sens – quelque peu prévisible, le lecteur sera forcément happé par l’ambiance gothique qui règne au manoir de Fernwood et intrigué par ses mélancoliques habitants.

 

  • « L’assassinat de Miss Pembmarsh » (Emmuska Orkzy). Dans cette nouvelle, un vieil homme assis dans un restaurant élucide un crime sordide simplement en lisant son compte rendu dans un journal. C’est bien entendu un précurseur du «détective en fauteuil », à la Miss Marple. Mais serez-vous aussi malins que lui ?

 

  • « Mon cauchemar » (Dorothea Gerard). Mais où est donc passé Baryuk, l’ordonnance du capitaine Stigler ? Cet homme si pointilleux aurait-il déserté ? Pourquoi néglige-t-il son service depuis plusieurs jours ? Pour le savoir, munissez-vous d’une torche, d’un cigare et de tout votre courage, puis suivez l’équipe d’enquêteurs.

 

  • « Condamnée à vie » (Georgina C. Clark) Une locataire sans nom au visage fané, un mystérieux coffre cadenassé et une confession rédigée à l’heure de l’agonie : tels sont les ingrédients de ce drame, l’un des plus cruels du recueil.

 

  • « Un sac noir sur le seuil » (Catherine Louisa Pirkis). Cette fois, la détective est une jeune femme, au physique certes banal mais à l’esprit acéré. Sa mission ? S’introduire dans la demeure de Lady Cathrow pour découvrir qui a dérobé les bijoux de cette dame. Une enquête bien menée et non dénuée d’humour.

 

Que vous soyez amateur de récits policiers ou passionné de littérature victorienne, vous passerez des moments palpitants en compagnie de ces reines du crime.

En couverture: une toile de James Tissot, "Reading the news" (détail).

En couverture: une toile de James Tissot, "Reading the news" (détail).

Une perle noire de la littérature victorienne

 

Alfred Monkton, 21 ans, est le dernier rejeton d’une longue lignée aristocratique : les Monkton de Wincot Abbey. Mais pourquoi vit-il en parfait reclus dans le manoir ancestral ? Et pourquoi peu avant son mariage part-il en Italie à la recherche d’un … cadavre ? Le jeune Monkton aurait-il perdu la raison ? On le dit. On raconte même qu’il est frappé de la folie héréditaire des Monkton. Obsédé par une ancienne prophétie, Alfred est persuadé qu’il doit retrouver la dépouille de son oncle, un scélérat notoire tué en duel. Mais pourra-t-il empêcher sa fatale destinée de s’accomplir ?

Avec cette longue nouvelle publiée en 1855, Wilkie Collins nous plonge dans une atmosphère gothique à souhait. Les sombres châteaux, les abbayes en ruines, les duels et les naufrages ajoutent à la noirceur d’un héros tourmenté. Le style est élégant mais d’une grande clarté car, selon son habitude, Collins confie la narration à un témoin rationnel. L’irruption du surnaturel n’en est que plus troublante. Quel est donc le mystère de Mad Monkton? Est-il le jouet d'une hallucination ou la victime d'une hantise? Vous le saurez (ou pas) en lisant ce petit bijou de la littérature victorienne.

Critique libre: MONKTON LE FOU (W. Wilkie Collins)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #chez les victoriens, #Wilkie Collins, #policiers

Enquête parmi les ombres du passé

 

Lorsque Valeria Brinton s’unit à Eustace Woodville dans une petite église de Londres, elle ignore presque tout de son époux. Mais dès la lune de miel, elle s’aperçoit que cet homme en apparence si doux cache un lourd secret. Pourquoi la mère de son mari refuse-t-elle de rencontrer sa nouvelle bru ? Et que signifie cette vieille photographie où Eustace pose tendrement à côté d’une autre femme ? La jeune mariée comprend bientôt que Woodville n'existe pas: ce n'est qu'un nom d'emprunt utilisé par son époux pour dissimuler sa véritable identité. Il y a là de quoi éveiller les soupçons, même lorsqu’on est une femme amoureuse. Avec toute la détermination d’une passion sincère, Valeria entame des recherches sur le passé de son mari. La voici lancée dans une enquête qui lui réserve de terribles découvertes, au risque de troubler à jamais son bonheur conjugal.

Même si elle n’est pas tout à fait « seule contre la loi » - puisqu’un vieil avoué et un général excentrique lui viennent en aide -, Valeria se montre d’une audace sans pareille pour une femme de son temps. Au milieu du XIXème siècle, une dame respectable ne devait pas frayer avec la justice, encore moins se mêler d’affaires criminelles ! Mais je ne vous en révèle pas davantage pour ne pas gâcher le plaisir de la lecture. Si vous voulez suivre Valeria dans ses trépidantes investigations, plongez dans ce policier de l’époque victorienne. C’est un Collins digne de ce nom grâce à un sens du suspense qui captive dès les premières pages. Alors que d’autres romans de Collins se concentrent plutôt sur une ambiance et un mystère, l’auteur fait ici la part belle à l’enquête, ne négligeant ni témoignages ni indices matériels en apparence insignifiants. Dommage qu'un cul-de-jatte aussi fou que bavard vienne parfois lasser la patience du lecteur: ce personnage, bien qu’indispensable au puzzle m'a paru peu convaincant. La vision (relativement) moderne de la femme et le choix d’une narratrice qui raconte ses péripéties à la première personne sont caractéristiques de Wilkie Collins, un auteur plutôt féministe qui militait pour une libération des mœurs, dans son œuvre comme dans sa vie entachée de concubinage.

Critique libre: SEULE CONTRE LA LOI (Wilkie Collins)
Publié par FLO sur
Publié dans : #un peu d'histoire, #toutes les critiques litteraires, #quiz et jeux

Barbares, les Vikings?

 

Ce petit livre nous apprend que, non, les Vikings n'étaient pas des brutes qui portaient des casques à cornes et buvaient du sang dans les crânes de leurs ennemis! D'accord, ils commettaient des rapts, des pillages et des meurtres en tout genre; mais ils n'en possédaient pas moins une civilisation.

A bas les idées reçues! Les Vikings n'ont jamais appelé leurs navires drakkars! A la mauvaise saison, ils étaient de paisibles fermiers et des artisans talentueux - eh oui, fabriquer un peigne en os, ce n'est pas donné à tout le monde! Ces guerriers scandinaves aimaient aussi se distraire en pratiquant le patinage, le ski, le sauna et même ... une forme d'échecs! Ils essayaient de régler leurs conflits par la loi grâce à des parlements – qui fixaient à l’amiable le prix d’une vie. S'ils étaient souvent ivres, ce n'était pas de leur faute mais plutôt celle de leurs récipients - essayez donc de boire dans des cornes d'animaux pour voir. Et puis, à partir du Xème siècle, ils ont abandonné leurs dieux païens pour construire des églises et des croix en bois.

Il ne faut pourtant pas en faire de petits saints du Moyen Age! Les Vikings, reconnaissons-le, étaient de redoutables pirates et la terreur des mers. Leurs propres enfants n'étaient pas à l'abri, car les plus faibles se voyaient exposés aux bêtes dès leur naissance. Poussés par une soif de richesses, les Vikings ont sillonné toute l'Europe et même le Proche Orient pour se livrer au commerce et à la piraterie. Les rois de France leur versaient des rançons pour les empêcher de piller Paris, et ils ont fini par leur céder la Normandie.

Les hommes du Nord se sont aussi distingués comme explorateurs. Originaires de Scandinavie –où les terres fertiles étaient rares-, ils ont découvert et colonisé de nouvelles terres, comme l'Islande, le Groenland et ... Terre Neuve, au Canada. Ils se pourraient même que les premiers tsars aient eu des origines vikings!

Si vous avez envie de mieux connaître ce peuple surprenant, ce petit ouvrage est sympathique pour une première approche. Il plaira sans doute aux adolescents, grâce à son style très simple et à ses belles illustrations. Mais les plus grands apprécieront aussi cette lecture ... avant d'attaquer peut-être les livres de Régis Boyer, le grand spécialiste des Vikings.

LES VIKINGS_100 INFOS A CONNAITRE (Fiona Macdonald)
Publié par FIRMIN et FLO sur
Publié dans : #terreurs et revenants, #contes et nouvelles, #toutes les critiques litteraires

749 fantômes plus tard…

 

Rares sont les livres de notre enfance que l’on relit avec un égal bonheur à l’âge adulte. Le recueil dont je vais vous parler est de ceux-là ! Et pour cause : en 1958, Roald Dahl a dû absorber 749 récits de fantômes avant de mettre la main sur ces 10 « bonnes histoires ».  Il faut dire que le seul nom de Roald Dahl est gage de qualité. D’origine norvégienne, cet écrivain britannique a écrit beaucoup de nouvelles décalées et pleines d’humour noir ; sans oublier ses œuvres destinées à la jeunesse, comme « Charlie et la Chocolaterie », « James et la grosse pêche » ou « Mathilda », devenus de véritables classiques de la littérature enfantine. 

Les 10 nouvelles rassemblées ici par Roald Dahl ont été écrites par 8 auteurs du XIXème ou du XXème siècle, britanniques pour la plupart, et ayant tous un goût prononcé pour le surnaturel. 300 pages de pur bonheur !

Seul petit point faible du recueil : il n’apporte aucune information précise sur les auteurs des récits ou sur leurs dates de publication. J’ai donc dû faire quelques recherches par moi-même et autant vous en faire profiter !

  • Edward Frederic BENSON (1867-1904) est un auteur britannique et le fils d’un archevêque de Canterbury. Mais l’influence du saint homme n’a pas empêché Benson de s’intéresser à l’occulte. Sa nouvelle « Dans le métro » mêle une réflexion sur le Temps et une sinistre histoire de suicide. Anthony, le narrateur aperçoit dans un wagon, en plein Londres, un homme qui retient son attention avant de disparaître inexplicablement. Le lendemain, lors d’un dîner entre amis, il fait la connaissance de ce même homme qui ne le reconnaît pas et affirme que la veille il se trouvait à la campagne. Est-ce un esprit frappeur, une prémonition, une projection astrale ? C’est ce que vous découvrirez en lisant ce récit un rien philosophique mais tout de même horrible.
  • Richard Barham MIDDLETON (1882-1911) est un écrivain britannique auteur de la nouvelle « Sur la route de Brighton ». Dans cette histoire courte, le héros est un vagabond perdu au cœur de l’hiver. On ne sait ni d’où il vient, ni dans quel but il voyage. En chemin, il croise un adolescent errant qui lui tient d’étranges propos. C’est que la route de Brighton est longue et la chute imprévisible.
  • Alfred McLelland BURRAGE (1889-1956), auteur britannique, a écrit deux des histoires de cette anthologie.

° « Le balayeur » est la nouvelle qui ouvre le recueil. C’est l’une de celles qui m’ont le plus marquée étant enfant, peut-être en raison de la couverture illustrée. Classique, cette histoire n’en est pas moins effrayante. Jugez-en par vous-mêmes : dans une vaste demeure anglaise, une jeune fille tient compagnie à Miss Ludgate, vieille femme obsédée par sa mort prochaine. Mais pourquoi une dame si avare fait-elle l’aumône à chaque mendiant qui se présente ? Et quel est ce frottement que l’on entend les soirs d’automne dans les allées du parc ? Il se pourrait bien que Miss Ludgate cache un terrible secret, un secret que Tessa Winyard tente d’élucider… à ses dépens.

° « Compagnes de jeu » est une excellente histoire de fantômes, sans doute l’une des meilleures du recueil. L’héroïne est une fillette orpheline, Monica, qui vit avec son tuteur, Mr Everton, un homme studieux et plutôt revêche. Refusant la société de son temps, Everton s’isole dans une vieille demeure, avec pour seule compagnie la fillette, sa secrétaire et quelques domestiques. Comme elle n’a que ses livres pour s’occuper, Monica sombre dans la mélancolie, … jusqu’au jour où sept écolières lui rendent visite. L’auteur insuffle à ce récit une atmosphère réellement inquiétante et le surnaturel ne s’impose que progressivement à notre esprit. Quant à la fin, elle est particulièrement réussie car elle jette un nouvel éclairage sur la psychologie des personnages.

  • Cynthia AQUITH (1887-1960) est une écrivaine britannique, auteure de nouvelles, de romans, de biographies et d’anthologies fantastiques.  Elle vous donne rendez-vous dans « La boutique du coin » où un vénérable vieillard accueille les clients à la nuit tombée ; et, comme le héros de cette histoire, vous ferez peut-être quelque heureuse trouvaille au milieu du bric-à-brac.
  • Leslie Poles HARTLEY (1889-1972), ami de la précédente, est également un écrivain anglais. En 1953, il publie notamment « The Go-between » (« Le messager »),  roman adapté au cinéma dans les années 1970.

Son histoire « W.S. » n’évoque pas une hantise comme les autres.Qu’il vous suffise de savoir que le mystérieux W.S. n’est pas un fantôme d’outre-tombe ; il semble plutôt issu de l’esprit-même de notre héros. Mais en dire plus serait gâcher le suspense de l’histoire…

  • Rosemary TIMPERLEY (1886-1988) est une auteure anglaise très prolifique, connue pour ses histoires surnaturelles.

° Sa nouvelle « Harry » a été adaptée plusieurs fois au cinéma. C’est probablement la plus effrayante de cette anthologie. Je ne sais si vous partagez mon sentiment, mais je trouve que hantises impliquant des enfants sont de loin les plus terrifiantes. Gageons qu’après cette lecture, vous aurez « très peur de choses aussi ordinaires que la lumière du soleil, les ombres sur l’herbe, les roses blanches, les enfants aux cheveux roux et le prénom Harry. Un prénom vraiment très ordinaire. »

° Dans « Rencontre à Noël », on assiste à une aberration temporelle bien connue des amateurs de fantastique. Le soir du réveillon, une femme d’âge mûr médite sur sa vie passée et sur sa solitude. C’est alors qu’un jeune inconnu pénètre dans sa chambre. C’est la chute qui donne tout son intérêt à ce court récit de Noël. Le lecteur est alors confronté à la confusion des points de vue et à la confusion… tout court.

  • Ce recueil comporte également deux récits d’auteurs étrangers à la Grande-Bretagne :

° En choisissant une histoire de Jonas LIE (1833-1908), Roald Dahl rend hommage à la patrie de ses parents, la Norvège. Lie est l’un des plus grands écrivains norvégiens du XIXème, à l’égal d’Henrik Ibsen par exemple. Son histoire « Elias et le Draug » nous emporte à Kvalholmen, une île en proie aux tempêtes et aux superstitions. Elias, modeste pêcheur, y vit laborieusement avec sa femme et ses six enfants. Mais cet équilibre domestique est mis en péril le jour où Elias blesse un phoque peu ordinaire. Cette nouvelle, magistralement écrite,s’inspire d’une légende norvégienne. L’atmosphère maritime et le suspense y sont particulièrement prenants. Inoubliable !

° Quant à Francis Marion CRAWFORD (1854-1909), c’est un écrivain américain spécialiste des histoires d’horreur.D’ailleurs, « La couchette du haut » est un véritable chef d’œuvre du genre. Comme la précédente, cette nouvelle se déroule en mer. Le héros, Mr Brisbane, se rappelle d’une traversée particulièrement éprouvante qu’il a effectuée à bord du Kamtchatka, dans la cabine n°105. Pourquoi les membres de l’équipage sont-ils inquiets à la simple évocation de cette cabine ? Brisbane lui-même doit bientôt se rendre à l’évidence : il y a quelque chose de malfaisant en ce lieu. Serait-ce maudit hublot qui refuse de se fermer la nuit, ou bien les relents marins qui imprègnent les murs à en donner la nausée ? La peur suscitée ici est bien différente de celle – toute psychologique- que l’on éprouve en lisant « Harry ». Loin d’être une banale histoire de malédiction, ce récit provoque une horreur physique, digne des meilleurs films gores !

Même s’il ne s’est pas lui-même essayé à la « ghost story », Roald Dahl possède un flair certain pour détecter les histoires les plus terrifiantes. Les auteurs qu’il a choisis vous feront expérimenter toutes les nuances de l’effroi. De quoi terroriser les enfants et faire frémir les plus grands ! C’est grâce à des ouvrages comme celui-ci que je nourris depuis longtemps une passion pour le fantastique. N’hésitez pas devant la couverture « jeunesse » : je peux vous garantir que ces nouvelles sont aussi diablement efficaces sur les adultes ! D'ailleurs, cette anthologie n’est pas à mettre entre les mains des moins de 12 ans. Reste à savoir si vous avez les nerfs suffisamment solides.

Firmin a insisté pour que j'ajoute cette photo de ROALD DAHL avec ses compagnons canins!

Firmin a insisté pour que j'ajoute cette photo de ROALD DAHL avec ses compagnons canins!

Publié par Firmin et Flo sur
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Entre enquête, surnaturel et folie

 

Imaginez une vieille demeure mélancolique, les Hêtres Gris, située entre Angleterre et Pays de Galles, à la fin du XVIIIème siècle. Dans ce manoir envahi par les ronces vit la famille de Richard Marston, un gentleman ruiné et amer. La solitude de la maisonnée est un jour interrompue – au grand dam du maître de maison - par un invité importun : Sir Wynston Barkley, cousin et ancien camarade de Marston.

Dès lors, une atmosphère maléfique pénètre dans la maison et même les domestiques commencent à agir étrangement. Pourquoi ce pauvre Cartwright, au service des Marston depuis des années, souhaite-t-il quitter le domaine ? Quel terrible secret cache Mlle de Barras, gouvernante jusque-là exemplaire ? Et qu’est-ce qui lui donne tant de pouvoir sur le chef de famille ?

Vous l’aurez compris, un meurtre sordide se prépare. Mais le coupable n’est peut-être pas celui que tout accuse… Toujours est-il que la famille Marston va voler en éclats, ternie à jamais par ce sanglant mystère.

Ce roman utilise de nombreuses ficelles du genre policier : enquête, indices et faux coupable sont au rendez-vous. Mais le récit se trouve aussi à la lisière du fantastique. Le Fanu y traite de la folie et de la hantise diabolique, thèmes présents dans la plupart de ses romans et nouvelles. Nous ne sommes qu’en 1851 lors de la publication de ce livre ; mais les obsessions de l’auteur deviendront encore plus prégnantes après la mort de sa femme en 1858. Dès lors l’écrivain s’enfermera dans une grande solitude et produira des chefs d’œuvre, tous plus morbides les uns que les autres.

« Invitation au crime » est donc un livre particulièrement noir et angoissant. Ses 150 pages se lisent d’un trait, tant le suspense tient en haleine. Une invitation à ne pas fermer l’œil de la nuit !

Critique libre: INVITATION AU CRIME (J. S. Le Fanu)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #terreurs et revenants, #romans, #toutes les critiques litteraires

Son nom est Personne!

 

Comment un petit garçon bien vivant peut-il être élevé par des fantômes et pourquoi ce même enfant est-il recherché par l'assassin de ses parents? Ce sont les deux questions qui constituent les fils directeurs du livre. Outre cette « intrigue intrigante », le roman bénéficie d'une atmosphère très singulière, à la fois sombre et poétique. « The Graveyard book » - titre original du livre- a pour cadre un vieux cimetière, avec ses statues gothiques, sa crypte et sa population de spectres. Il y a d'abord Dame Owens et son époux qui, bien que morts depuis 250 ans, décident d'adopter le petit Nobody. On y croise également Liza la sorcière brûlée vive, le mystérieux Silas ni mort ni vivant, mais aussi des loups-garous et des goules. Ce roman fait penser par certains aspects à Harry Potter (enfant élu, univers surnaturel...), mais si Harry doit s'initier au monde de la magie, pour Nobody c'est plutôt l'inverse: l'au-delà est son foyer. Ignorant tout du monde des vivants, il le découvrira progressivement, avec ses dangers et ses attraits au terme d'un processus d'apprentissage.

Neil Gaiman était déjà connu pour son livre "Coraline", devenu film d'animation. Mais avec "Nobody Owens", il fait encore plus fort! Je vous recommande vraiment ce roman, d'une lecture aisée et agréable, plein d'imagination et de tendresse.

 

EXTRAIT

" Une affaire comme celle d'Abanazer Bolger avait beau attirer des gens bizarres, l'enfant qui entra ce matin-là était l'un des plus étranges qu'il eût jamais vus de toute sa vie, pourtant passée à dévaliser des gens bzarres. On lui donnait sept ans environ et il semblait vêtu des hardes de son grand-père. Il sentait l'étable. Il avait les cheveux longs et mal peignés et le visage d'une gravité extrême. Ses mains étaient enfoncées dans les poches d'une veste marron poussiéreuse, mais sans même les voir Abanazer sut que la droite serrait quelque chose avec une force extrême, protectrice.

 - Excusez-moi, dit le garçon.

 - Bonjour, bonjour mon petit bonhomme, fit Abanazer Bolger avec méfiance.

 Les gosses, pensa-t-il. Soit ils ont chapardé quelque chose, soit ils essaient de vendre leurs jouets. (...)

 - J'ai besoin de quelque chose pour une amie, dit l'enfant. Et j'ai pensé que vous pourriez m'acheter ce que j'ai.

 - Je n'achète pas à des mioches le rembarra Abanazer Bolger.

 Bod sortit la main de sa poche et posa la broche sur le comptoir malpropre. Bolger y jeta un oeil, puis il la regarda. (...)

 - Où as-tu trouvé ça? Demanda-t-il?

 - Vous voulez bien me l'acheter?

 - Tu l'as volée, tu l'as chipée dans un musée ou ailleurs, pas vrai?

 - Non, protesta fermement Bod. Vous l'achetez ou faut-il que j'aille trouver quelqu'un d'autre?(...) Il me faut de quoi acheter une pierre, expliqua-t-il, une pierre tombale pour une amie. "

 

NEIL GAIMAN et son chien Cabal.

NEIL GAIMAN et son chien Cabal.

Publié par Firmin et Flo sur
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Sombre affaire pour la dame blanche

 

Tout commence par une nuit de pleine lune, lorsque Walter Hartright, jeune professeur de dessin, croise sur la route de Londres une apparition fantomatique. Une femme vêtue de blanc surgie de nulle part, lui demande son chemin vers la ville, puis elle disparaît dans un cabriolet après avoir supplié Walter de garder le secret. Peu après, le jeune homme découvre que cette dame s'est échappée d'un asile d'aliénés.

Coïncidence étrange, la femme en blanc a parlé du Cumberland et c'est justement dans cette région que Walter se prépare à rejoindre ses nouvelles élèves. Il a été engagé par Frederic Fairlie, propriétaire de Limerick House, pour enseigner l'aquarelle aux nièces de celui-ci. C'est alors que naît une histoire d'amour impossible. Notre modeste professeur de dessin s'éprend de son élève, Laura Fairlie, belle et riche héritière, qui de plus est fiancée! Il se lie aussi d'amitié avec la demi-soeur de Laura, Marion Halcombe, jeune femme un peu trop indépendante pour l'époque mais dotée d'immenses qualités de cœur. Apprenant que la femme qu'il aime est promise à Sir Percival Glyde, un baronnet d'âge mûr, Walter quitte Limerick House, la mort dans l'âme. Et dans son désespoir, il ne tarde pas à pas à s'embarquer pour un voyage périlleux en Amérique centrale.

Entre temps, une lettre anonyme a mis en garde Miss Fairlie: elle ne doit surtout pas épouser son fiancé, car celui-ci dissimule un terrible secret et fera le malheur de sa femme. Mais qui a écrit cet avertissement effrayant? Les enfants du village affirment avoir vu une silhouette toute blanche errer près de la tombe de feue Mrs Fairlie, la mère de Laura et de Marion.

La suite de l'histoire est un angoissant thriller en même temps qu'une véritable enquête. Quel est le secret inavouable de Sir Percival? Et Pourquoi le Comte Fosco, cet Italien aux manières doucereuses, exerce-t-il une telle influence sur lui? La dame en blanc possède peut-être quelques renseignements, mais où a-t-elle disparu? Enfermées, menacée et trompées, Laura Fairlie et Marion Halcombe vivront des moments terrifiants dans la demeure de Sir Percival. Comme souvent dans son oeuvre, Wilkie Collins prend ici un parti féministe en dénonçant les maltraitances conjugales et les abus de pouvoir du mari. L'intrigue qui se noue ainsi est extrêmement complexe et difficile à résumer en quelques mots. On peut en tout cas affirmer, sans déflorer l'histoire, que le suspense y est omniprésent, qu'on va de rebondissement en rebondissement et que les deux méchants n'en finissent pas de se rendre haïssables. La violence et la fourberie de Sir Percival ne sont rien comparées au caractère machiavélique de Fosco. Ce personnage est probablement l'un des plus marquants de l'œuvre de Collins. Amateur d'oiseaux et de souris blanches - qu'il traite "comme des enfants baptisés"-, passionné de musique, de gilets clinquants et de pâtisseries, le Comte est à première vue un innocent gentleman quelque peu excentrique. Mais en réalité c'est un scélérat gras! Cela ne manque pas de choquer les lecteurs de l'époque, car l'embonpoint est alors associé à une certaine bienveillance!

Qu'on se rassure, il y aura un happy end grâce au retour de Walter et à l'intrépidité de Miss Halcombe, mais les nerfs du lecteur seront mis à rude épreuve plus d'une fois!

Ce roman est un tournant dans l'œuvre de Collins: il y développe pour la première fois un récit sous forme de témoignages, ce qui donne de l'authenticité à la narration et un caractère très vivant aux personnages. Dans la préface à l'édition française il explique que cette méthode lui est venue à l'esprit après avoir assisté à un procès. Comme plus tard dans "La pierre de lune", l'intrigue est ici relatée par plusieurs narrateurs - une bonne dizaine! - dont certains s'expriment plus longuement que les autres. En présentant à tour de rôle leurs points de vue, tous laissent transparaître leurs traits de caractère et leurs manies. La nonchalance toute égoïste de Frederic Fairlie, le ton de vanité satisfaite adopté par Fosco, le dévouement de Marion Halcombe et les confessions teintées de romantisme de Walter, tout cela créé une prodigieuse variété dans le cours du récit!

Cette œuvre a rencontré un si vif succès lors de sa parution en feuilleton, que de nombreux lecteurs ont écrit à Collins pour le supplier d'épargner la vie de ses héroïnes alors qu'une crise du roman les menaçait. D'autres, persuadés que le personnage de Miss Halcombe s'inspirait d'une personne vivante, sont allés jusqu'à la demander en mariage à Collins par lettres! Des paris ont même été lancés en Angleterre et en Amérique concernant le secret de Sir Percival! Un tel engouement est à mon avis justifié, et il est vrai que ce chef d'œuvre n'a pas pris une ride. En dire davantage serait gâcher le suspense. A vous de partir sur les traces de la dame en blanc, si vous en avez le courage.

Critique libre: LA DAME EN BLANC (Wilkie Collins)
Publié par Firmin et Flo sur
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Qui a tué le maître chanteur ?

Dans ce roman, à la fois sentimental, domestique et policier, Mrs Braddon raconte le destin romanesque d’Aurora, fille d’un riche banquier et d’une actrice. Dotée d’un tempérament de feu et d’une très grande beauté, notre héroïne exerce un charme magnétique sur son entourage. Paysans et gentilshommes, maîtres et domestiques, tous n’ont de cesse de l’admirer, à commencer par son vieux père. Ainsi, Aurora se voit courtisée simultanément par deux amis, John Mellish et Talbot Bulstrode, tous deux d’excellente naissance et follement épris de la jeune fille. Mais, bien qu’elle ait à peine vingt ans, Miss Floyd est une cache un lourd secret, un secret qui conduira au meurtre…

Ce que j’ai aimé :
° Le portrait de cette femme fatale m’a semblé plutôt convainquant et les personnages masculins sont très sympathiques, surtout John Mellish, gentilhomme campagnard au grand cœur.
° Mrs Braddon (1835-1915) écrivait avec une facilité déconcertante, comme l’ont souligné ses contemporains. Que ce soit à la cuisine ou au milieu des cris d’enfants, elle était capable de prendre la plume et de rédiger ses œuvres avec la plus grande des concentrations. Le résultat est un style entraînant, fluide et plein de vivacité, bref un roman agréable à lire !
° Le cadre dans lequel évoluent les personnages possède un certain charme ! L’histoire nous entraîne dans de vastes manoirs aux murs lambrissés, somptueusement meublés et entourés de parcs mystérieux. Brandy, parties de chasses et steeple-chase sont les divertissements préférés de la haute société victorienne décrite ici.
° Le roman contient une réflexion –encore d’actualité- sur le mariage et le bonheur domestique : tandis que Talbot Bulstrode choisit une épouse douce et soumise qui lui procure une existence tranquille, John Mellish, lui, préfère la passion et en subit les conséquences.

Ce que j’ai moins aimé :
° Il y a parfois des longueurs!
° Le lecteur devine assez rapidement le secret d’Aurora, et par la suite il n’est pas très difficile de comprendre qui a commis le meurtre. Même si l’auteure imagine une véritable enquête policière, on peut regretter cette absence de suspense. Mais Mrs Braddon s’intéresse moins à la solution de l’énigme qu’à la réaction des personnages face à leurs découvertes. Il en va de même dans son roman « Henry Dunbar », également commenté sur ce site.

Au final c’est un bon livre, avec une intrigue bien construite et des personnages très vivants. Je recommande cette lecture à tous ceux qui aiment les romans à mystères et la littérature du XIXème siècle.

Critique libre: AURORA FLOYD (M. E. Braddon)
Publié par Firmin et Flo sur
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Crime et sentiments

Marie Saxonbury est une femme fatale. Peut-être est-ce là une revanche du destin, car son père, Sir Arthur, a eu dans sa jeunesse le cœur brisé par une certaine Marie. C’est à présent à sa fille de faire souffrir les hommes. Non que Miss Saxonbury soit particulièrement cruelle – elle possède au contraire une bonne dose de naïveté -, mais sa beauté et sa coquetterie vont mener plus d’un gentleman à sa perte. Le premier à succomber à ses charmes est Verner Raby, un peintre romantique, trop timide pour gagner le cœur de la jeune fille. Mais lorsqu’Edouard Janson, étudiant en médecine, fait son apparition à Saxonbury, Marie découvre enfin l’amour. Renoncera-t-elle à son brillant avenir pour épouser un médecin pauvre, ou choisira-t-elle un mariage de raison avec son cousin Arthur Yorke ? De passion en jalousie, ce roman nous entraîne sur la piste du crime ! Car l’un des prétendants est de trop, et il trouvera la mort dans d’horribles circonstances, par une nuit de brouillard... Quant à découvrir le coupable, méfiance ! Les apparences sont quelquefois trompeuses.

Ellen Price Wood, alias Mrs Henry Wood - du nom de son mari -, est une spécialiste du « crime novel », genre très prisé à l’époque victorienne. Comme son célèbre contemporain Wilkie Collins, Mrs Wood situe ses intrigues dans un cadre bourgeois, en apparence paisible, puis elle brise cette harmonie domestique au moyen des intrigues les plus retorses. Mystère et faux indices sont alors au rendez-vous, et Mrs Woood s’emploie avec délectation à égarer son lecteur. Dans « Les Mystères d’East Lynne », son roman le plus connu, tout comme dans la nouvelle policière « La boîte d’ébène », l’auteure nous avait déjà habitués aux pires subterfuges (voir la critique sur ce site). Mais sous couvert de divertissement, Mrs Wood nous livre aussi – en bonne victorienne ! – une réflexion moralisante sur la fidélité et le bonheur conjugal. Après les terreurs et les larmes vient le « happy end », certes un peu convenu, mais tellement sympathique ! Ce roman (publié en 1863) m’a beaucoup plu pour son style entraînant, son intrigue captivante et son sens du suspense. C’est une immersion bien agréable dans la littérature populaire du XIXème siècle.

Critique libre: LA NUIT DU GRAND BROUILLARD A OFFORD (Mrs Henry Wood)
Publié par FLO sur
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L'enseignement selon Charlotte, ou comment un jeune prof trouve l'âme soeur dans un pensionnat de filles.

 

William Crimsworth vient d’achever ses études à Eaton. Orphelin, il se tourne vers son frère Edouard pour se faire une place dans le monde de l’industrie – le roman se passe en effet au début du XIXème siècle, en pleine Révolution industrielle. Mais ce frère se révèle rapidement tyrannique et odieux. William décide alors de quitter l’Angleterre pour tenter sa chance à Bruxelles. Grâce à une lettre de recommandation, il obtient un poste de professeur dans un pensionnat de garçons. Ses bonnes mœurs et la qualité de son enseignement lui permettent de donner aussi des cours d’anglais dans l’école voisine : un pensionnat de jeunes filles ! A 21 ans le voilà exposé à toutes les tentations ! Entre les écolières coquettes et la séduisante Melle Reuter, directrice de la pension, William devient l’objet de toutes les convoitises. Pourtant, il saura garder la tête froide et trouver l’amour, le vrai.

 

Ce roman, le premier de Charlotte Brontë, a été refusé par les éditeurs, non pas pour immoralité mais parce que sa qualité était jugée insuffisante. Il n’est publié qu’à titre posthume en 1856, alors que la gloire de son auteure est déjà solidement établie grâce à « Jane Eyre ». Comme dans « Jane Eyre », Charlotte transpose ici son expérience d’enseignante dans une pension bruxelloise. Mais dans ce roman, « Le professeur » est un homme et c’est de son point de vue que nous est narré le récit.

 

Les 150 premières pages du roman sont vraiment entraînantes et agréables à lire. Le roman se veut réaliste puisqu’il raconte la vie d’un enseignant, de ses débuts difficiles à sa consécration, sans oublier sa vie familiale et sentimentale. Pourtant l’œuvre comporte plusieurs passages très moralisateurs qui nuisent au réalisme psychologique : en clair, la voix du narrateur, un jeune homme amoureux et sans expérience, est parfois étouffée par les opinions de l’auteur,  en qui on reconnaît une fille de clergyman. De plus, dans le dernier quart du roman, des discussions dont je n’ai pas vraiment saisi l’intérêt, s’éternisent entre la fiancée et l’ami de William. Est-ce pour prouver la grandeur d’âme du personnage féminin ou pour introduire les opinions de l’auteure ? Toujours est-il que ces dialogues ralentissent considérablement le récit sans l’enrichir. En tant que Brontëmaniaque, j’accorde tout de même trois étoiles à ce roman, mais ce n’est sans doute pas le meilleur des sœurs Brontë. Sur le thème de l’enseignement à l’époque, j’ai préféré « Agnès Grey », histoire d’une jeune gouvernante signée Anne Brontë.

Critique libre: LE PROFESSEUR (Charlotte Brontë)

Quand le Diable se promenait en Irlande…

L’Irlande, véritable berceau du fantastique, a donné naissance à quelques  chefs-d’œuvre du genre comme « Dracula » (Bram Stoker) ou « Le portrait de Dorian Gray » (Oscar Wilde). Mais pour ce qui est des fantômes et autres diableries irlandaises, Joseph Sheridan Le Fanu n’est pas en reste. Non content d’avoir créé « Carmilla » (1871), une vampire pas comme les autres, Le Fanu multiplie les incursions dans le fantastique. C’est même l’un des meilleurs conteurs de son temps, comme le prouvent les nouvelles rassemblées ici par Jacques Finné.

Ce recueil contient 10 récits représentatifs du talent de l’auteur :

-                      Le destin de Sir Robert Ardagh (1838)

-                      Schalken le peintre (1839)

-                      Histoire d’une famille de Tyrone (1839)

-                      Trois fantômes de Chapelizod (1851)

-                      Ultor de Lacy (1861)

-                      Les hantises de Tiled House (1861-1862)

-                      Le capitaine cynique (1864)

-                      Le testament du squire Toby (1868)

-                      Le fantôme de Mme Crowl (1870)

-                      Une nuit d’auberge (date de publication inconnue)

Certains récits sont issus du folklore irlandais (« Utor de Lacy », « Le destin de Sir Robert Ardagh »), alors que d’autres relèvent plutôt du fantastique psychologique (« Le testament du squire Toby », « Les hantises de Tiled House »,  « Le fantôme de Mme Crowl »…) ; mais dans la plupart des nouvelles, ces deux aspects sont étroitement liés.

Le personnage principal est ici le Diable. Qu’il se cache dans une statue animée (« Schalken le peintre ») ou dans l’âme d’une vieille femme tourmentée (« Mme Crowl »), qu’il prenne la forme d’une main (« Tiled house »), d’un bouledogue anglais (« Le squire Toby ») ou d’un visiteur sans visage (« Robert Ardagh »), Satan se joue sans cesse des peurs humaines.

Pour créer cet effet, l’auteur fait appel à une certaine oralité: "Je me rappelle à présent une autre histoire du même genre qui ne passa pas inaperçue voici quelque trente-cinq ans parmi les joyeuses commères de la ville. Avec votre permission (...) je vais vous la raconter", écrit-il.

Il faut dire que Le Fanu excelle dans l’art de faire frissonner son public. Grâce à son imagination débridée, il s’amuse à créer des visions d’horreur dignes d’un film gore ! Appréciez par exemple le mort-vivant, pourrissant sur pied dans « Une nuit d’auberge », ou encore le traditionnel squelette que l’on sort du placard dans « Mme Crowl ». Mais le summum de l’horreur est atteint dans « Les hantises de Tiled House » où le fantôme "tend le cou comme pour l'extraire de son col, tourne son visage vers le plafond, et - Dieu se place entre nous et le mal! Sa gorge était toute ouverte, rouge, comme une deuxième bouche gigantesque  qui paraissait sourire d'un effroyable sourire édenté."

Et si vous en voulez encore, Jacques Finné a compilé pour nous "Le mystérieux locataire et autres histoires d'esprits forts", aux éditions José Corti.

Critique libre: SCHALKEN LE PEINTRE (J. S. Le Fanu)
Publié par FLO sur
Publié dans : #un peu d'histoire, #toutes les critiques litteraires, #biographies, #far west

Quand les Dalton ont la parole

 

Tout le monde a entendu parler des Dalton, les fameux hors-la-loi de l'Ouest américain. Pourtant peu de gens connaissent leur véritable histoire. Les albums Lucky Luke ont présenté ces frères comme des bandits aussi bêtes que méchants et dominés par une Mama Dalton tyrannique. Dans cette BD de Morris, les frères brigands nous font plus rire que trembler. Toujours vaincus par le « cow-boy solitaire », leurs hold-ups sont des fiasco et ils passent le plus clair de leur temps en prison, dans de ridicules uniformes rayés. Mais les véritables Dalton étaient-ils aussi inoffensifs? Rien n'est moins sûr.

 

Et si l'on donnait la parole aux principaux intéressés? Emmett Dalton (1871-1937), le plus jeune des frères et seul survivant de la bande, a pris la plume pour relater les exploits des plus célèbres brigands de l'Ouest! Comment de jeunes fermiers ordinaires sont-ils devenus la terreur de l'Ouest? Pourquoi Emmett Dalton, membre du gang, est-il devenu riche et célèbre alors que ses frères ont trouvé une mort atroce?

 

Voici quelques vérités que vous apprendrez en lisant "Le gang des Dalton":


° les célèbres Dalton n'étaient pas 4 mais 3 et demi + 5 ou 6;
° le plus petit n'était pas le chef, mais le plus grand était le plus méchant;
° Mama Dalton ressemblait plus à une mère poule qu'à une furie;
° les Dalton avaient des cousins aussi célèbres qu'eux...
° ... et même une soeur qui les cachait dans un tunnel souterrain;
° les Dalton ont servi la loi avant de la bafouer;
° on a souvent été injuste envers les Dalton;
° l'un des Dalton était le roi de l'évasion, mais un autre a vieilli en prison;
° les Dalton ont longtemps été vus comme des Robin-des-bois...
° ...avant d'être massacrés par leurs propres voisins en colère;
° aucun des membres du gang ne s'est jamais rendu;
° vous ne serez jamais aussi photogénique que les cadavres des Dalton;
° Un seul d'entre eux a survécu pour nous raconter tout ça...
° dans des livres et des films dont il est le héros!

 

Ce livre est une autobiographie trépidante, rythmée par de folles chevauchées, des braquages et des chasses à l'homme. En annexe, des photographies d'époque nous montrent les frères Dalton, leurs proches, ainsi que leurs corps mutilés après le braquage de Coffeyville qui a mis fin à leurs prouesses. Passionnant pour qui s’intéresse à l’histoire du Far West.

 

POUR en savoir plus, CLIQUEZ sur la 4ème de couverture et regardez la vidéo publiée dans l'article suivant!

Critique libre: LE GANG DES DALTON, notre véritable histoire (Emmett Dalton)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #contes et nouvelles, #terreurs et revenants, #romans

On a toujours besoin d'un plus petit que soi.

 

Nous sommes à Francfort au début du XIXème siècle. A la mort de ses parents, Peregrinus Tyss s’enferme dans sa riche demeure pour y vivre dans le passé. Rêveur, timide et replié sur lui-même, le jeune homme éprouve surtout une crainte maladive envers les personnes du beau sexe. Pourtant un soir de Noël, alors que la tempête fait rage, Peregrinus fait une rencontre qui va bouleverser son destin, en le forçant à entrer enfin de plain-pied dans l’existence. Reste à savoir si ce monde-là est bien réel ou si c’est une fantasmagorie, l’un de ces rêves éveillé auxquels Tyss s’adonne avec plaisir. « En vérité, se dit-il, le plus extravagant des conteurs ne saurait imaginer circonstances plus folles ni plus embrouillées que celles que je viens réellement de vivre en l’infime espace de quelques jours. La grâce, le charme, bref, l’amour viennent au-devant d’un misogyne qui vit en ermite (…). Mais le lieu, le moment, tout ce qui entoure l’apparition de la séduisante inconnue reste si mystérieux qu’on croirait avoir affaire à quelque étrange sorcellerie ; et voilà que sur ces entrefaites, une créature minuscule et habituellement fort décriée fait preuve de science, de bon sens et même d’un pouvoir magique. » Car le personnage le plus étonnant de cette histoire est Maître Puce: non pas un humain quelconque affublé d’un surnom ridicule, mais bien le roi des puces, ce peuple miniature qu’un sorcier hollandais a réduit en esclavage pour les besoins de son spectacle de magie. Placé bien malgré lui sous la protection de Tyss, Maître Puce devient la conscience du jeune homme et lui offre une lentille magique permettant de lire les pensées les plus cachées du cerveau humain. Peregrinus pourra-t-il surmonter sa timidité et rencontrer enfin l’amour ?

Il y a un peu des "Mille et une Nuits" et des "Voyages de Gulliver" dans ce roman hoffmannien plein de fantaisie. C’est un assemblage bizarre qui tient du conte oriental sans rompre avec la terre allemande, ses tavernes et ses rues enneigées. Création hybride, l’histoire réussit pourtant à emporter l’imagination à travers des thèmes chers aux romantiques allemands, comme l’amour, la nature et le rêve. L’humour n’en est pas non plus absent grâce à la voix-off du narrateur; une légèreté qui étonne lorsqu’on connaît les circonstances de rédaction de l’ouvrage. Comment Hoffmann trouvait-il encore la force de plaisanter alors qu’une horrible agonie paralysait progressivement tout son corps ? En avril 1822, peu avant son décès à 46 ans, le grand conteur allemand livrait à la postérité ce dernier récit onirique.

Critique libre: MAITRE PUCE (E. T. A. Hoffmann)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #terreurs et revenants, #romans, #chez les victoriens

Whisky, surnaturel et morts violentes

 

Voici une lecture parfaite pour la période d’Halloween ! Le village de Chapelizod, près de Dublin, est le théâtre d’évènements bien étranges. Tout commence par la découverte d’un crâne dans le cimetière paroissial, un crâne portant des traces de violence. C’est l’occasion pour le narrateur, vieil homme bavard, de nous raconter les mystères auxquels il s’est trouvé mêlé dans sa jeunesse, vers 1760. En ces temps-là, « c’était la grande époque de Chapelizod, et cette époque était finalement, peut-être, je puis vous le dire à l’oreille, en dépit de ses couleurs et de ses aventures, moins agréable à vivre qu’à rêver ou à connaître dans les livres. » L’histoire tourne autour d’un fait divers, en apparence banal : le meurtre d’un docteur du village dans le bois du Boucher. Mais à cette agression s’ajoutent d’autres assassinats bien enfouis, de fausses identités, une disparition et des liaisons dangereuses. En Irlandais digne de ce nom, Le Fanu invoque aussi les esprits, et ceux qui hantent la demeure « Sous les Tuiles » donnent vraiment la chair de poule ! A la fin du roman, on apprend enfin à qui appartenait le crâne abîmé, mais entre-temps le lecteur a expérimenté tant d’émotions différentes, connu tant de personnages intéressants et parcouru tant de lieux pittoresques et que le mystère initial n’a plus grande importance.

Sheridan Le Fanu - l’un de mes auteurs préférés!!- est un nom qui compte dans la littérature victorienne. Spécialiste du roman noir, du fantastique et des énigmes policières, il est passé maître dans l’art de jouer avec nos nerfs, comme dans cette oeuvre qui révèle les nombreuses facettes de son talent. « La maison près du cimetière » est un l’un des derniers romans gothiques, mais aussi un thriller haletant, une peinture sociale pleine d’humour et un « conte d’hiver » à la manière de Dickens. Ce roman publié en 1860 n'avait encore jamais été traduit en français, alors que c’est sans doute, avec « L’oncle Silas » et « Carmilla », le chef d’œuvre du génie irlandais.

Critique libre: LA MAISON PRES DU CIMETIERE (J. Sheridan Le Fanu)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #chez les victoriens, #terreurs et revenants

Terreur rampante

 

Alors qu’il cherche un abri pour la nuit, Richard Holt, un vagabond, pénètre dans une maison qui lui semble vide. Il est alors loin d’imaginer les horreurs qui l’attendent dans cet antre du démon. « Le scarabée » est une histoire de malédiction égyptienne, thème cher à de nombreux auteurs fantastiques. Mais si la créature qui hante ces pages est terrifiante, c’est parce qu’elle n’a rien de conventionnel ; son sexe et sa nature même demeurent indéfinis. Pourtant le politicien Paul Lessingham semble entièrement en son pouvoir. Quel mystère recèle le passé de ce grand homme ? Pourra-t-il protéger sa fiancée des monstrueuses apparitions du scarabée ? A l’aide d’un savant et d’un détective privé, Lessingham s’engage dans une lutte sans merci contre la créature et contre ses propres démons.

A la fois récit policier et roman d’horreur, « Le scarabée » a rencontré un immense succès lors de sa parution en 1897. On l’a comparé à juste titre au « Dracula » de Bram Stoker, publié la même année. Il rappelle aussi par certains aspects les œuvres d’Edgar Poe. C’est un livre plein d’atrocités, tant physiques que psychologiques, mais plus suggérées que décrites. Et c'est précisément cette ambiguïté donne toute sa force au roman. Le récit est mené successivement par les différents protagonistes, ce qui permet de construire un suspense efficace. En somme, voici un roman en avance sur son temps et réjouissant pour les amateurs de littérature fantastique !

Critique libre: LE SCARABEE (Richard Marsh)

À propos

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“Passionnée de littérature classique et de littérature du monde, je partage avec vous mes dernières lectures.”

Rédigé par Bianca Flo

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