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Lesmillefeuillesdefirmin.overblog.com

Un blog littéraire. Au programme: plein de lectures, un peu d'art et d'histoire!

Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans

Trois générations sous le même toit

 

Nous sommes à Bombay à la fin des années 1990, dans la communauté parsie. Tandis que Nariman le patriarche s'éteint doucement, les souvenirs et les rancoeurs de la famille Vakeel refont surface. Coomy et Jal, les beaux-enfants de Nariman, sont partagés entre leur sentiment du devoir et le dégoût que leur inspire ce vieil impotent. Mais comment se débarrasser de « pappa » alors qu’il leur a légué son immense appartement ? Voilà Nariman « en vacances » chez sa fille biologique, Roxana. Mais même si cette dernière adore son père, la situation est loin d’être simple. La famille Chenoy occupe un modeste deux pièces et Yezad, le mari de Roxana, gagne tout juste de quoi nourrir leurs deux enfants. Pourtant la cohabitation s’annonce enrichissante pour les trois générations. C’est surtout Jehangir, le fils cadet, qui noue une relation très émouvante avec son grand-père. A l’affût des rêves de Nariman, le petit garçon découvre par bribes le passé tragique qui a divisé la famille.

 En suivant les différents membres de la famille Vakeel, nous découvrons le quotidien des classes moyennes dans l’Inde d’aujourd’hui: des trains de banlieue au fondamentalisme religieux, en passant par les matches de cricket, l’école, les paris illégaux, la corruption du régime et le rêve d’émigration. Mais si ce roman est grand, c’est parce qu’il possède une dimension universelle ; car les histoires d’amour, les histoires de famille sont de celles que l’on écoute toujours et partout avec un même intérêt. Et comment ne pas être bouleversé par la lente déchéance de Nariman, qui s’évade dans ses souvenirs pour oublier son corps prison ? Pour moi ce livre est d'une puissance rare, magnétique même. C’est un véritable chef d’œuvre qui se lit d’une traite et s’avère inoubliable. Rohinton Mistry, parsi émigré au Canada, y a probablement mis beaucoup de lui-même.

 

Critique libre: UNE SIMPLE AFFAIRE DE FAMILLE (Rohinton Mistry)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #romans, #toutes les critiques litteraires

Toutes les couleurs de l'Inde

 

Voici un magnifique roman, tout simple en apparence, mais vraiment bouleversant.

C'est l'histoire de Ramchand, modeste vendeur de saris, qui cherche à donner un sens à sa vie en étudiant. Orphelin très jeune, Ramchand a reçu une instruction médiocre, vite oubliée à son entrée dans le monde du travail. A 26 ans, il déchiffre à grande peine les enseignes et ne maîtrise absolument pas l'anglais. Pourtant l'univers étroit de sa boutique, les dimanches au cinéma entre collègues et sa petite chambre moisie ne lui suffisent plus. Mis au contact de la haute bourgeoisie par le biais de sa clientèle, Ramchand aspire à une existence meilleure. Il veut à tout prix progresser, se faire une place dans la société. Lorsqu'il se retrouve par erreur invité au mariage fastueux des Kapoor, famille de grands industriels, l'humble employé a une sorte de révélation: et si c'était ça, la vraie vie? Mais alors pourquoi tant d’injustice pour des centaines de millions d’Indiens ? Comment Chander, vendeur en apparence paisible, a-t-il sombré dans l’alcoolisme et la violence conjugale ? Pourquoi la police a-t-elle assassiné de sang-froid les deux fils du marchand de thé ? Les réalités sociales de l'Inde vont rapidement briser les rêves de notre héros. Ramchand aura beau se débattre, il ne pourra échapper à la souffrance des petites gens qui l'entourent, à toute cette misère sur laquelle on voudrait fermer les yeux pour continuer à survivre.

"Le vendeur de saris" nous en apprend beaucoup sur l’Inde contemporaine, sur ses problèmes de corruption, ses inégalités sociales, ses conflits religieux. Mais ce n'est pas seulement un roman social. C'est surtout l'histoire d'une prise de conscience. Comme de nombreux concitoyens, Ramchand semble avoir un destin tout tracé, fait de médiocrité et de misère. Or, grâce à l'étude et à la réflexion, il parvient à un bref éveil de la conscience, d'autant plus douloureux que le personnage est totalement impuissant. Face aux abus du système, les plus humbles sont éternellement foulés au pied. Faut-il alors s’autodétruire – comme la jeune Kemala-, se révolter, ou se résigner à vivre dans le noir pour toujours en s’aveuglant soi-même ? Cette tragédie personnelle donne au livre une dimension psychologique très intéressante.

Dans ce roman, les saris chatoyants côtoient le gris sale des taudis. Cette symbolique des couleurs est présente jusqu’à la dernière ligne où il est question d’une souillure indélébile, image du désespoir.

Critique libre: LE VENDEUR DE SARIS (Rupa Bajwa)

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“Passionnée de littérature classique et de littérature du monde, je partage avec vous mes dernières lectures.”

Rédigé par Bianca Flo

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