Un blog littéraire. Au programme: plein de lectures, un peu d'art et d'histoire!
6 Janvier 2013
Rares sont les livres de notre enfance que l’on relit avec un égal bonheur à l’âge adulte. Le recueil dont je vais vous parler est de ceux-là ! Et pour cause : en 1958, Roald Dahl a dû absorber 749 récits de fantômes avant de mettre la main sur ces 10 « bonnes histoires ». Il faut dire que le seul nom de Roald Dahl est gage de qualité. D’origine norvégienne, cet écrivain britannique a écrit beaucoup de nouvelles décalées et pleines d’humour noir ; sans oublier ses œuvres destinées à la jeunesse, comme « Charlie et la Chocolaterie », « James et la grosse pêche » ou « Mathilda », devenus de véritables classiques de la littérature enfantine.
Les 10 nouvelles rassemblées ici par Roald Dahl ont été écrites par 8 auteurs du XIXème ou du XXème siècle, britanniques pour la plupart, et ayant tous un goût prononcé pour le surnaturel. 300 pages de pur bonheur !
Seul petit point faible du recueil : il n’apporte aucune information précise sur les auteurs des récits ou sur leurs dates de publication. J’ai donc dû faire quelques recherches par moi-même et autant vous en faire profiter !
° « Le balayeur » est la nouvelle qui ouvre le recueil. C’est l’une de celles qui m’ont le plus marquée étant enfant, peut-être en raison de la couverture illustrée. Classique, cette histoire n’en est pas moins effrayante. Jugez-en par vous-mêmes : dans une vaste demeure anglaise, une jeune fille tient compagnie à Miss Ludgate, vieille femme obsédée par sa mort prochaine. Mais pourquoi une dame si avare fait-elle l’aumône à chaque mendiant qui se présente ? Et quel est ce frottement que l’on entend les soirs d’automne dans les allées du parc ? Il se pourrait bien que Miss Ludgate cache un terrible secret, un secret que Tessa Winyard tente d’élucider… à ses dépens.
° « Compagnes de jeu » est une excellente histoire de fantômes, sans doute l’une des meilleures du recueil. L’héroïne est une fillette orpheline, Monica, qui vit avec son tuteur, Mr Everton, un homme studieux et plutôt revêche. Refusant la société de son temps, Everton s’isole dans une vieille demeure, avec pour seule compagnie la fillette, sa secrétaire et quelques domestiques. Comme elle n’a que ses livres pour s’occuper, Monica sombre dans la mélancolie, … jusqu’au jour où sept écolières lui rendent visite. L’auteur insuffle à ce récit une atmosphère réellement inquiétante et le surnaturel ne s’impose que progressivement à notre esprit. Quant à la fin, elle est particulièrement réussie car elle jette un nouvel éclairage sur la psychologie des personnages.
Son histoire « W.S. » n’évoque pas une hantise comme les autres.Qu’il vous suffise de savoir que le mystérieux W.S. n’est pas un fantôme d’outre-tombe ; il semble plutôt issu de l’esprit-même de notre héros. Mais en dire plus serait gâcher le suspense de l’histoire…
° Sa nouvelle « Harry » a été adaptée plusieurs fois au cinéma. C’est probablement la plus effrayante de cette anthologie. Je ne sais si vous partagez mon sentiment, mais je trouve que hantises impliquant des enfants sont de loin les plus terrifiantes. Gageons qu’après cette lecture, vous aurez « très peur de choses aussi ordinaires que la lumière du soleil, les ombres sur l’herbe, les roses blanches, les enfants aux cheveux roux et le prénom Harry. Un prénom vraiment très ordinaire. »
° Dans « Rencontre à Noël », on assiste à une aberration temporelle bien connue des amateurs de fantastique. Le soir du réveillon, une femme d’âge mûr médite sur sa vie passée et sur sa solitude. C’est alors qu’un jeune inconnu pénètre dans sa chambre. C’est la chute qui donne tout son intérêt à ce court récit de Noël. Le lecteur est alors confronté à la confusion des points de vue et à la confusion… tout court.
° En choisissant une histoire de Jonas LIE (1833-1908), Roald Dahl rend hommage à la patrie de ses parents, la Norvège. Lie est l’un des plus grands écrivains norvégiens du XIXème, à l’égal d’Henrik Ibsen par exemple. Son histoire « Elias et le Draug » nous emporte à Kvalholmen, une île en proie aux tempêtes et aux superstitions. Elias, modeste pêcheur, y vit laborieusement avec sa femme et ses six enfants. Mais cet équilibre domestique est mis en péril le jour où Elias blesse un phoque peu ordinaire. Cette nouvelle, magistralement écrite,s’inspire d’une légende norvégienne. L’atmosphère maritime et le suspense y sont particulièrement prenants. Inoubliable !
° Quant à Francis Marion CRAWFORD (1854-1909), c’est un écrivain américain spécialiste des histoires d’horreur.D’ailleurs, « La couchette du haut » est un véritable chef d’œuvre du genre. Comme la précédente, cette nouvelle se déroule en mer. Le héros, Mr Brisbane, se rappelle d’une traversée particulièrement éprouvante qu’il a effectuée à bord du Kamtchatka, dans la cabine n°105. Pourquoi les membres de l’équipage sont-ils inquiets à la simple évocation de cette cabine ? Brisbane lui-même doit bientôt se rendre à l’évidence : il y a quelque chose de malfaisant en ce lieu. Serait-ce maudit hublot qui refuse de se fermer la nuit, ou bien les relents marins qui imprègnent les murs à en donner la nausée ? La peur suscitée ici est bien différente de celle – toute psychologique- que l’on éprouve en lisant « Harry ». Loin d’être une banale histoire de malédiction, ce récit provoque une horreur physique, digne des meilleurs films gores !
Même s’il ne s’est pas lui-même essayé à la « ghost story », Roald Dahl possède un flair certain pour détecter les histoires les plus terrifiantes. Les auteurs qu’il a choisis vous feront expérimenter toutes les nuances de l’effroi. De quoi terroriser les enfants et faire frémir les plus grands ! C’est grâce à des ouvrages comme celui-ci que je nourris depuis longtemps une passion pour le fantastique. N’hésitez pas devant la couverture « jeunesse » : je peux vous garantir que ces nouvelles sont aussi diablement efficaces sur les adultes ! D'ailleurs, cette anthologie n’est pas à mettre entre les mains des moins de 12 ans. Reste à savoir si vous avez les nerfs suffisamment solides.