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Un blog littéraire. Au programme: plein de lectures, un peu d'art et d'histoire!

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Critique libre: L'ONCLE SILAS (J. Sheridan Le Fanu)

Terreurs dans un manoir gothique

 

L’Irlandais Joseph Sheridan Le Fanu (1814-1873) ressemble lui-même par certains traits à un personnage de roman noir. Après la mort de sa femme, il demeure inconsolable et s’enferme dans sa maison dublinoise où il produit une quinzaine d’ouvrages en dix ans ! On le surnomme dès lors le Prince Invisible! C’est la nuit, à la lueur des bougies et dans la plus complète des solitudes, qu’il rédige ses romans et nouvelles. Hanté par d’étranges cauchemars jusqu’au jour de sa mort, Le Fanu y puise directement son inspiration. Son œuvre, contemporaine d’un Dickens et d’un Wilkie Collins, est surtout connue en France par les amateurs de littérature fantastique. 

Pourtant l’un de ses meilleurs romans, « l’Oncle Silas » (1863), ne comporte pas à proprement parler d’éléments surnaturels. Certes, on y évoque des revenants, mais il s’agit avant tout de créer une atmosphère horrifique, et en cela Le Fanu est un véritable maître.

« L’Oncle Silas » raconte l’histoire d’une jeune fille ingénue en proie à de sombres complots. A vrai dire Mathilde Ruthyn a tout de l’héroïne de roman noir : son jeune âge, sa fortune et son absence de protection –elle est orpheline !- en font la cible idéale pour des intrigants dénués de scrupules… et d’argent. Ajoutez à cela une âme pure et une parfaite naïveté, qualités parfois exaspérantes aux yeux du lecteur moderne, mais nécessaires pour en faire une victime. Le Fanu se plaît à soumettre cette proie facile aux plus odieuses machinations. Placée sous la tutelle d’un oncle inquiétant dans une demeure non moins effrayante, déracinée, isolée progressivement de tous ses alliés, Mathilde devra affronter bien des épreuves qui menaceront non seulement ses biens mais sa vie même. Trahisons, enlèvements, squelettes et couloirs sombres sont ici au rendez-vous, dans la lignée d’Ann Radcliffe, à laquelle l’auteur rend d’ailleurs explicitement hommage. Pourtant, malgré deux meurtres suggestifs, on est loin du "gore" avec effusion de sang gratuite. Ce sont surtout les figures de la perversité humaine qui rendent ce roman effrayant. Le scénario est bien bâti et le suspense monte jusqu’à un point insoutenable. On peut donc parler d’horreur psychologique, de terreur diffuse et encore bien efficace aujourd’hui. Jusqu’où iront le machiavélisme de la sinistre « Madame » et la dépravation de Dudley? L’oncle Silas est-il réellement le parent dévoué qu’il veut paraître ? Mais alors que signifie cette lueur spectrale dans ses yeux ? Mathilde fera-t-elle preuve de quelque fermeté, de quelque capacité de décision pour gagner la liberté et le bonheur ?

Ce roman est finalement un thriller captivant qui tient le lecteur en haleine, le plongeant peu à peu dans un effroi glacé. Angoisses garanties.

 

Encore quelques mots sur le Prince Invisible...

 

Le Fanu n'est pas un auteur gothique au sens propre du terme (d'ailleurs, chronologiquement, il est postérieur à la période gothique dont l'âge d'or est la fin du XVIIIème et le tout début du XIXème). Certains de ses romans sont effectivement dans cette lignée, mais il modernise beaucoup  le genre. Le meilleur exemple, en est "L'oncle Silas".

Le Fanu est aussi un génie de la nouvelle fantastique. Il y a d'abord "Carmilla", sans doute son récit le plus connu, qui raconte - avec une grande audace pour l'époque! - une attirance fatale entre UNE vampire et une jeune femme, sa victime potentielle. Cette longue nouvelle a été publiée à l'origine dans un recueil intitulé "Les créatures du miroir". Celui-ci rassemble des nouvelles très réussies, comme "thé vert", "Monsieur le juge Harbottle", "Le familier" ou "L'auberge du dragon volant". Plusieurs de ces récits ont pour thème la hantise qui mène au suicide. Ils sont très originaux, bien écrits et n'ont plus grand chose à voir avec le gothique, si ce n'est leur noirceur et la présence du surnaturel. Mais c'est un surnaturel plus moderne, car ambigu: il laisse au lecteur plusieurs interprétations.

D'autres recueils de Le Fanu méritent d'être lus: beaucoup ont été publiés chez Corti (Domaine romantique) ou Néo (non réédité?). Il y a par exemple "Le Hobereau maudit", "Le peintre Schalken" ou encore "Le mystérieux locataire".

Quant aux romans, j’ai également lu « Désir de mort » qui fera l’objet d’une prochaine critique ; d’autres lectures suivront – « La main de Wylder » fait partie de la PAL officielle 2013 J !En tout cas pour les amateurs de fantastique et de mystère, Le Fanu vaut VRAIMENT la peine d'être lu.

 

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Critique libre: L'ONCLE SILAS (J. Sheridan Le Fanu)
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