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Un blog littéraire. Au programme: plein de lectures, un peu d'art et d'histoire!

Articles avec #un peu d'histoire catégorie

Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #un peu d'histoire, #chez les victoriens

"Dr Livingstone, I presume?"

 

Voici le récit d’une des plus fabuleuses aventures du XIXème siècle, une aventure qui a pour cadre l’Afrique des explorateurs et pour héros Stanley et Livingstone, deux voyageurs qui ont grandement contribué à la connaissance du « continent mystérieux ». Dans les années 1870, l’Afrique est encore méconnue des Occidentaux. On la considère comme « le tombeau de l’homme blanc » et seules les caravanes arabes s’aventurent dans ses régions équatoriales. C’est pourquoi la Royal Geographical Society de Londres y organise des expéditions, dans un but à la fois scientifique, commercial et humanitaire. C’est dans ce cadre que naît la légende du Docteur Livingstone. Médecin et missionnaire britannique, David Livingstone passe 30 ans de sa vie à explorer l’Afrique australe et centrale, notamment la région des grands lacs. On lui doit la traversée de l’Afrique d’Est en Ouest, la découverte des sources du Nil et des chutes Victoria. Ses conférences, sa lutte contre l’esclavage ainsi que sa compassion pour les indigènes lui assurent une vraie popularité en Europe comme en Afrique. Mais voilà qu’en 1866, Livingstone est porté disparu dans la région des lacs. Trois ans après, le journal américain « New York Herald » envoie un reporter à la recherche du grand homme. Ce journaliste n’est autre qu’Henry Morton Stanley, voyageur intrépide et auteur de ce récit. 


Au fil des pages, Stanley décrit les conditions matérielles d’une expédition en Afrique à cette époque. La logistique est très lourde car il faut emporter des tonnes de marchandises qui servent de monnaie d’échange avec les chefs locaux – sans « cadeaux » pas de laissez-passer ! De plus, les porteurs indigènes ne sont pas toujours fiables, au point que Stanley doit les enchaîner pendant la nuit pour éviter vols et désertions. Nulle route à l'horizon, tout au plus des pistes éphémères. L’expédition s’ébranle doucement à travers la savane, les montagnes et les forêts tropicales de Tanzanie. La soif, les fièvres et les guerres tribales font de nombreuses victimes parmi les hommes et les bêtes. Stanley raconte que sa tente est régulièrement tapissée d’insectes dangereux. Mais le paysage varié et la faune sauvage ne cessent de l’émerveiller. Comme beaucoup d’explorateurs européens, il apprécie la chasse et n’hésite pas à se mesurer à un zèbre ou à une girafe – alors que sa rencontre avec un éléphant reste pacifique. L’explorateur présente aussi les peuples indigènes rencontrés en décrivant leur apparence physique et leurs coutumes. Enfin, en novembre 1871, après huit mois de périple, il retrouve Livingstone bien vivant. Malade, abandonné par ses porteurs et à court de provisions, celui-ci s’est réfugié dans le village d’Ujiji, sur les rives du lac Tanganyika. Stanley raconte que malgré sa jubilation intérieure, il a salué le grand homme avec un flegme très « british » - « Docteur Livingstone je suppose ? »-, sans laisser paraître son émotion. Après quelques mois de travaux en commun, Stanley et Livingstone se séparent, ce dernier refusant de quitter l’Afrique avant d’avoir achevé ses recherches sur l’hydrographie de la région. Livingstone mourra deux ans plus tard de la fièvre, à Ujiji, et son cœur sera conservé sur place par ses amis indigènes. Stanley, lui, se forgera une solide réputation d’explorateur. Même si certains ont douté de la véracité de ses écrits, son voyage a fait sensation et les carnets que lui a confiés Livingstone ont été authentifiés par le fils du missionnaire. Par la suite, Stanley se mettra au service de Léopold II pour conquérir le futur Congo belge. Il deviendra un expert incontesté de l’Afrique et écrira d’autres récits de voyage (« Au cœur du continent mystérieux », « Dans les ténèbres de l’Afrique »).

Cette lecture intéressera certainement les amateurs de récits d’aventures. Ce sont des pages passionnantes et non dénuées d’humour – des situations cocasses surviennent par exemple en raison du décalage culturel entre Européens et indigènes. Elles permettent de comprendre les mentalités européennes à la fin du XIXème siècle, mentalités qui aboutiront inexorablement au partage de l’Afrique et à la colonisation. Mais ce récit fait aussi partie d’une grande épopée, d’une aventure haute en couleurs comme il n’en existe plus de nos jours. Notez que Babel propose une version abrégée du livre de Stanley - moins de 300 pages, contre plus de 600 pour la version intégrale publiée chez Hachette BNF.

Critique libre: COMMENT J'AI RETROUVE LIVINGSTONE (Henry Morton Stanley)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #un peu d'histoire

Ce qu'il faut savoir sur le conflit le plus meurtrier de l'histoire

 

Un énième livre sur la 2ème Guerre ? Non, mais une synthèse très claire, sous forme de dialogue, qui tente de répondre à toutes les questions que se poserait un adolescent à ce sujet. Pourquoi parle-t-on tellement de cette guerre ? Les nazis ont-ils été les seuls à commettre des crimes? Comment des hommes ordinaires sont-ils entrés dans la Résistance? Et qu'est-ce qui a permis la victoire finale des Alliés? En réalité, c’est aussi une excellente entrée en matière pour les adultes ! Le conflit y est abordé de manière à la fois chronologique et thématique, selon le plan suivant:

Chapitre 1_ D’une guerre à l’autre. L’auteur explique la spécificité de cette guerre, par comparaison avec la 1ère , et montre que c’est la crise de l’entre-deux-guerres qui a conduit à un nouveau conflit (crise économique , montée des nationalismes, des totalitarismes, impuissance des pacifistes).

Chapitre 2_ La conquête (1939-1942). Sont ici abordées les alliances initiales, les forces en présence – avec leurs atouts techniques respectifs-, l’invasion de la Pologne, la « drôle de guerre », puis la Blitzkrieg, la défaite française et le bombardement systématique des villes britanniques. A partir de 1941, la guerre s’étend en Méditerranée, dans les Balkans et en URSS avec l’opération Barbarossa, grâce à l’aide des pays pronazis comme la Finlande ou la Roumanie.

Chapitre 3_ Une guerre mondiale. La guerre ne se limite pas à l’Europe : dès 1937 le Japon mène une guerre expansionniste en Chine, puis dans le Pacifique. Cela mène à l’entrée en guerre des USA suite à  l’incident de Pearl Harbor. Les combats se déroulent désormais sur 4 continents et en impliquent 5 ! Dès 1942, les Alliés luttent pour une capitulation sans condition de l’Axe, envisagent une charte des Nations Unies et prévoient de confronter leurs ennemis à une justice internationale.

Chapitre 4_ Des crimes de masse. Dans ce chapitre sont expliquées les notions de crime de guerre et de crime contre l’humanité. Même si Japonais et Soviétiques n’ont pas été en restes, les méfaits des nazis sont les plus connus  (répression policière, camps de concentration pour les ennemis politique et de race, solution finale appropriée aux juifs). Les meurtres de masse nazis– auxquels a participé la Wehrmacht- ont particulièrement touché la Pologne, les Balkans et les « terres de Sang » de l’URSS, en raison d’une idéologie anti-judaïque, antibolchévique et anti-slave. En comparaison, la France est relativement épargnée, tout comme les pays considérés comme germaniques. Ces crimes ont permis au Reich de stimuler son économie de guerre (pillage, travail forcé).

Chapitre 5_ Collaborer, résister, survivre. Quels sont les différents degrés de la collaboration et quelles motivations ont poussé les Européens à collaborer ? Les collaborationnistes purs et durs – comme les légionnaires, ou les intellectuels nazis- sont une minorité alors que la masse populaire s’accommode de la présence de l’occupant par intérêt ou simplement pour subsister. Mais la collaboration d’Etat est celle qui a le plus d’impact. H. Rousso évoque également les différentes formes de résistance (protection des juifs, réseau de sabotage, maquis, FFL), non seulement en France, mais aussi en URSS, Norvège, Allemagne, Hollande et Chine !

Chapitre 6_ Une guerre totale. Dans ce conflit, la distinction entre civils et militaires s’effacent et chaque membre de la société, chaque secteur d’activité est concerné par la guerre. Le chapitre aborde la conscription, le rôle des femmes, les usines de guerre, le martyr des enfants et la force de la propagande.

Chapitre 7_La reconquête (1942-1945). 1942 est l’année tournant : tandis que la contre-offensive américaine est lancée dans le Pacifique à partir de Midway, l’Axe est en difficulté dans l’Atlantique, en Afrique et en Russie - où l’Armée rouge s’impose par la suite à Stalingrad. Grâce aux débarquements de 1943-1944, la France est libérée (l'auteur insiste bien sur les moyens déployés pendant l'opération "Overlord"). L’Allemagne est alors prise en tenailles, tandis que ses villes sont massivement bombardées. Même s’il renforce son exploitation des pays occupés, le Reich atteint les limites de la guerre totale. L’Armée rouge met Berlin à sac. Puis les Américains ont recours aux bombes atomiques contre le Japon. Autant de crimes de guerre minimisés après 1945 par les Alliés. Pour l’heure, ces derniers préparent l’après-guerre grâce à une série de conférences (Téhéran, Yalta, Potsdam).

Chapitre 8_ Après la catastrophe. La libération de l’Europe, c’est la liesse, mais aussi des scènes de cauchemar lors de la découverte des camps. Le bilan humain atteint un niveau sans précédent (50 millions), avec un taux anormal de victimes civiles (près des 2/3). L’auteur évoque les chiffres pour chaque pays, en les expliquant. Les déplacements de population sont aussi une tragédie. Quant aux conséquences diplomatiques (guerre froide, ONU, déclaration universelle des droits de l’homme, construction européenne, tensions sino-japonaises…) , elles ont encore des répercussions de nos jours.

Ainsi en 130 pages, le lecteur apprend l’essentiel sur cette période noire de l’histoire mondiale. Les explications sont claires mais néanmoins rigoureuses. Comme la plupart des titres de la collection « Expliqué aux enfants », cet ouvrage s’avère une réussite, car il fait appel à un grand spécialiste de la période, Henry Rousso, connu pour ses publications sur Vichy et sur la France occupée. Un livre indispensable à lire et à faire lire aux jeunes dès la 3ème.

Critique libre: LA SECONDE GUERRE MONDIALE EXPLIQUEE A MA FILLE (Henry Rousso)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #un peu d'histoire

L’essentiel pour mieux comprendre le génocide juif

 

Difficile de faire comprendre à un enfant les horreurs de la Shoah. C’est pourtant l’objectif que s’est fixé Annette Wieviorka, fille et petite-fille de Juifs polonais déportés pendant la guerre. A travers un dialogue avec sa propre fille, l’historienne aborde les différents aspects de l’holocauste, de la Nuit de Cristal à la Solution finale, en passant par les ghettos et les conditions de détention dans les camps de concentration. L’auteure y explique la formation de l’antisémitisme en Allemagne, mais aussi en Europe, d'où la collaboration internationale qui a permis de recenser, identifier et "rafler" des millions de juifs sur tout le continent. Sont également évoqués des aspects moins connus, comme la résistance à la politique d’extermination nazie par les civils et par les déportés eux-mêmes. Ce n’est donc pas un livre traitant uniquement d’Auschwitz, bien que le fonctionnement de ce centre d’extermination soit au cœur de la réflexion.

Grâce à cette petite collection ingénieuse, les meilleurs spécialistes mettent leurs connaissances –historiques, économiques ou scientifiques- à la portée de tous, et notamment des adolescents. Pour moi, le pari est réussi. L’ouvrage d’Annette Wieviorka est une mise au point limpide sur la Shoah, une synthèse qui présente l’essentiel et donne envie d’approfondir ses connaissances sur le sujet. La forme choisie - celle d'une discussion en apparence informelle - ne nuit en rien au caractère sérieux de l'ouvrage. De plus, c’est un livre très abordable pour les jeunes de plus de 12 ans.

Critique libre: AUSCHWITZ EXPLIQUE A MA FILLE (Annette Wieviorka)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #un peu d'histoire

Pour en finir avec les clichés moyenâgeux

 

Le Moyen Age a longtemps été vu comme un âge barbare; en témoigne le terme "moyenâgeux", synonyme d'obscur, voire d'obscurantiste. Dans ce livre de vulgarisation historique, Jean Verdon se propose de rendre justice à ces 1000 ans qui ont fait notre histoire en évoquant les difficultés de la vie médiévale, mais aussi les bienfaits de cette période. Chaque chapitre est consacré à un thème envisagé de manière dialectique (limites, puis apports du Moyen Age dans ce domaine).

Voici le sommaire :

1. Le cadre

2. Manger

3. Se soigner

4. L’Eglise

5. Les faibles

6. Des puissants trop souvent caricaturés

7. Les femmes

8. La violence

9. Une intolérance « à chronologie variable »

10. Se distraire

 

Si les seigneurs féodaux semblaient parfois cruels et cupides, il n'en est pas moins vrai qu'ils ont structuré les campagnes en Occident. Certes les populations subissaient des famines, mais ces phénomènes ponctuels n'empêchaient pas les hommes du Moyen Age de connaître souvent l'abondance, surtout à partir du XIème siècle grâce aux progrès agricoles. On s’est plu à dénoncer le fanatisme et la corruption de l’Eglise médiévale, mais il ne faut pas oublier l’œuvre sociale de cette institution: le clergé a été le premier recours des pauvres et des malades à une époque où il n’existait ni allocations ni hôpitaux publics! Quant à l’Inquisition, elle a été, au moins jusqu’au XIVème siècle, plutôt modérée, n’utilisant bûchers et tortures qu’en dernière instance. Le Moyen Age n’était pas cet âge triste qu’on s’imagine souvent: les gens aimaient à se divertir, à se défouler, et les jours chômés (religieux) ne manquaient pas ! Ce sont ces clichés et bien d’autres que Jean Verdon décide de réexaminer pour nous livrer une vision plus nuancée de l’histoire médiévale. Selon lui, il ne faut pas juger cette période avec notre sensibilité d’hommes du XXIème siècle ; gardons-nous aussi d’envisager le Moyen Age comme un bloc, puisque en dix siècles les évolutions ont été nombreuses. Si la violence, les privations et les superstitions étaient le lot de nos ancêtres, ils ont aussi bâti des cathédrales et forgé une culture chrétienne et chevaleresque qui nous a profondément influencés. La civilisation européenne n’a donc pas attendu la Renaissance pour brusquement émerger de l'ombre…

Jacques Verdon a publié plusieurs livres portant sur la culture et les mentalités médiévales, dont « Voyager au Moyen Age », « La Nuit au Moyen Age », « Les loisirs au Moyen Age »... Cet ouvrage est très agréable à lire par la diversité des thèmes abordés. De plus l’auteur rapporte des anecdotes piquantes et laisse par moment la parole aux chroniqueurs de l’époque pour redonner vie à ces hommes du Moyen Age. C’est une bonne approche générale de la période, mais on n’y trouvera pas d’étude approfondie sur un sujet précis. Pour prolonger la réflexion et s’informer davantage, il faudra consulter des ouvrages plus spécialisés.

Critique libre: LE MOYEN AGE, OMBRES ET LUMIERES (Jean Verdon)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #un peu d'histoire

Anatomie de la bataille médiévale

 

27 juillet 1214 dans la plaine de Bouvines, en Flandre. C’est un dimanche, jour mal choisi pour se battre. Pourtant Philippe Auguste, roi très sacré, se prépare à affronter les ennemis de l’Eglise et de la France. C’est qu’après avoir ravagé les terres du comte de Flandre, les Français se trouvent pris au piège entre un pont et des marécages. Face à eux, un empereur excommunié, des nobles félons, des mercenaires et autres réprouvés qui encourent le courroux divin. Mais comment guerroyait-on au XIIIème siècle ? Et en quoi la victoire de Bouvines a-t-elle été décisive pour le royaume ?

Dans cet extraordinaire ouvrage publié en 1973, Georges Duby, historien des Annales, prouve qu’il sait tirer profit de « l’histoire bataille ». Pour lui un tel évènement est révélateur des structures profondes de la société médiévale: pratiques militaires (art de la guerre et ses innovations), structures politiques (impliquant la propagande et le sacré), mais aussi structures mentales (avec la formation de l’idéologie chevaleresque, basée sur l’honneur et la prouesse).

Duby commence par évoquer ses sources et ses objectifs, puis, tel un metteur en scène, il plante le décor et présente le casting, avec dans les rôles principaux Philippe Auguste, l’Empereur Othon 1er, Renaud comte de Boulogne et Ferrand de Flandre. Les motivations de chaque protagoniste sont exposées au regard du contexte historique. Ça y est, la bataille peut commencer ! Duby donne la parole à un confrère du XIIIème siècle, Guillaume le Breton, chapelain présent à Bouvines aux côtés du roi de France. La voix de ce chroniqueur nous entraîne au plus près des combats dans une atmosphère enfiévrée; elle restitue le bruit et la fureur des guerriers en quête de prouesses. Dans la confusion des mêlées, chacun tente de désarçonner les chevaliers adverses, de capturer hommes et chevaux. La plaine résonne de cris, de prières, les surcots ornés d’armoiries sont déchirés et les épées dégoulinent de sang. Il faut surtout sa garder de la « piétaille », ces fantassins méprisables qui harponnent les chevaliers à l’aide de crochets et visent les interstices des cottes de mailles. Philippe Auguste lui-même est jeté bas de son cheval et manque de périr égorgé. Mais lorsque l’empereur Otton tourne bride, la bataille est bel et bien finie. Elle aura duré tout au plus 3 heures. L’armée du roi de France a capturé des centaines de nobles, mais peu de chevaliers sont morts. C’est que la bataille du XIIIème siècle est très éloignée des clichés ressassés dans les romans et les films.

Les commentaires de Duby sont à ce sujet très éclairants. Ils distinguent les trois grands aspects de l’art militaire médiéval: tournoi, guerre et bataille. Pratique éminemment chevaleresque, le tournoi n’est pas encore, vers 1200, cette joute ordonnée popularisée par le cinéma. C’est une activité d’équipe, très brutale, où tous les coups sont permis pour s’emparer des biens de son adversaire. Le tournoi a pour fonction de canaliser la violence des jeunes et de compenser la monotonie des guerres de ce temps-là. Alors que la guerre médiévale est pour nous synonyme de barbarie, Duby nous explique qu’elle n’était en réalité qu’une chasse au butin, codifiée et prudente, un rituel saisonnier destiné à maintenir les seigneurs féodaux dans leur bon droit et à les enrichir si possible. On assiégeait les places fortes, on pratiquait razzias et enlèvements d’otages ; mais bien rares étaient les batailles. Selon Georges Duby, la bataille médiévale était même l’inverse de la guerre, à savoir une procédure de paix. Décisive, elle exprimait en quelque sorte un Jugement de Dieu, une issue définitive; mais les belligérants ne s’y risquaient que très exceptionnellement. Et même sur le champ de bataille, les chevaliers devaient respecter une certaine éthique : combattre loyalement, utiliser des armes « nobles » – comme la lance et l’épée -, ne pas tuer les chevaux de l’adversaire et épargner la vie des pairs. Le chevalier vaincu est fait prisonnier, mais on n’attente pas à sa vie – presque tous les nobles morts à Bouvines ont été tués par accident. L’auteur insiste aussi sur les évolutions militaires du XIIIème siècle : un recours de plus en plus massif à la monnaie et donc aux mercenaires (avec les dangers que ça comporte pour les populations civiles), un armement chevaleresque plus sophistiqué qui réduit les risques et excite la témérité, un rôle croissant des armées communales pourtant méprisées par les nobles.

La 3ème partie de l’ouvrage concerne la mémoire de l’évènement, la construction de la légende de Bouvines et sa réutilisation au gré des péripéties politiques françaises. A la veille de la 1ère Guerre par exemple, le souvenir de cette victoire est réactivé pour exalter un patriotisme très hostile aux Allemands.

« Le Dimanche de Bouvines » est un livre de référence comme seul Duby savait en écrire: érudit et profond sur le plan historique, mais aussi passionnant qu’un roman d’aventures. Bref un ouvrage qui redonne goût à l’histoire !

Critiquelibre: LE DIMANCHE DE BOUVINES (Georges Duby)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #un peu d'histoire

La chevalerie expliquée par les plus grands médiévistes

Ce recueil d’articles publiés dans la revue « L’Histoire » met à contribution les meilleurs spécialistes de la chevalerie médiévale. Il aborde successivement la naissance de cette élite guerrière, l’équipement des chevaliers, leurs activités militaires, leurs rapports avec l’Eglise, puis la chevalerie rêvée, celle de la Table Ronde.

Apparus vers l’An Mil comme auxiliaires des seigneurs féodaux, les chevaliers se distinguent par des valeurs spécifiques (prouesse, largesse, loyauté), par un style de combat (charger à la lance, épargner la vie des pairs) et par des divertissements particuliers (chasse, tournois). Brutale et âpre au gain au XIIème siècle, la chevalerie devient cent ans plus tard une confrérie « civilisée », sous la double influence de l’Eglise et de la culture courtoise. Mais il s’agit désormais d’un groupe fermé qui se confond avec la noblesse, socialement et idéologiquement. Si à partir de la Renaissance la chevalerie décline sur le plan militaire, elle reste influente au niveau des mentalités : courtoisie et désintéressement sont des valeurs perpétuées par les gentilshommes au moins jusqu’au XIXème siècle.

Cet ouvrage s’organise en 4 grandes parties :

I- LA CHEVALERIE DE PIED EN CAP
° « Qu’est-ce qu’un chevalier ? » (entretien avec G. Duby) : dans cet article introductif, G. Duby évoque rapidement toutes les grandes problématiques concernant la chevalerie.

° « Et G. Duby inventa la révolution chevaleresque » (Patrick Bourdon) : où il est question de l’ascension sociale de la chevalerie entre le XIème et le XIIIème siècle.

° « Aux origines des armoiries » (Michel Pastoureau) : les armoiries sont nées dans les premières décennies du XIIème siècle, pour répondre à l’évolution de l’équipement militaire – un heaume qui dissimule le visage -, dans un contexte de réaffirmation du lignage. En moins de 200 ans, ces emblèmes s’étendent à toute l’Europe, à tous types de supports et gagnent progressivement différentes couches de la société (femmes, Eglise, bourgeoisie, corporations, villes…). A la suite de Chrétien de Troyes, on va même jusqu’à attribuer des armoiries imaginaires aux chevaliers de légende.

° « Du bon usage de la lance » (Jean Flori) : l’auteur explique que dès la fin du XIème, la lance est la caractéristique de la chevalerie et qu’elle impose un nouveau style de combat –le choc frontal -, mais aussi une évolution des armes défensives.

II- LES CHATEAUX, LES TOURNOIS ET LA GUERRE
° « Comment l’Occident s’est hérissé de châteaux » (Philippe Contamine) : l’auteur évoque l’évolution de l’architecture castrale, la diffusion des châteaux, ainsi que leurs fonctions et leur diversité à la fin du Moyen Age. Paradoxalement, alors que le XIème siècle est l’âge d’or des « châteaux » sur le plan militaire, ce n’est qu’aux XIIIème-XVème siècles que ces édifices prennent de l’allure et deviennent des attributs incontournables de l’aristocratie.

° « Autour de l’An Mil : guerres féodales et paix chrétienne » (Dominique Barthélémy). Cet article explique que la guerre féodale, souvent dramatisée par nos contemporains, avait en réalité des limites et un sens. Elle permettait de maintenir chaque suzerain ou vassal dans son bon droit, et de légitimer la domination/protection du seigneur sur ses vilains. Si barbarie il y a, elle s’exerce non pas entre chevaliers, mais à l’encontre des paysans de la seigneurie, au nom de la « vengeance indirecte ». La contrepartie en est l’ordre seigneurial et, de ce fait, une bonne mise en valeur des terres. A ces « guerres du dedans » répond la violence ecclésiastique qui s’exerce – paradoxalement - au nom de la pacification chrétienne (mouvements de « Paix de Dieu » et de « Trêve de Dieu »).

° « Des guerriers à cheval » (Philippe Contamine) : le cheval est un bien inestimable au Moyen Age, non seulement en tant que coursier ou destrier à usage militaire, mais aussi pour sa force de travail, augmentée par les innovations technique du Moyen Age central (herse, collier d’épaule…). Dans les campagnes occidentales, les chars à chevaux remplacent les chariots à bœufs, permettant l’essor du commerce. Symbole de prestige, le cheval est prisé dans le cours européennes. C’est donc le Moyen Age qui, par ses mutations profondes, a préparé l’avènement d’une « civilisation du cheval » au XIXème siècle.

° « La grande foire des tournois » (Dominique Barthélémy) : un excellent article, qui reprend les thèses de Duby pour mettre en valeur le côté mercantile et brutal des tournois au XIIème siècle. A l’époque cette activité militaire est fortement dénoncée par l’Eglise comme source de péchés mortels, mais l’évolution du tournoi au XIIIème siècle vers une joute codifiée permet la « réconciliation » des chevaliers avec le pape dans les années 1300.

III- LES ORDRES CHEVALERESQUES
° « Les soldats de Dieu » (Jean Flori). Cet article montre comment le clergé a peu à peu christianisé l’idéologie chevaleresque en attribuant aux chevaliers les fonctions de protection des faibles, initialement monopole du roi et inspirée de la Bible. Au XIIIème siècle, l’adoubement, tout comme le sacre, comporte la bénédiction des armes. De plus l’Eglise recrute une « milice du Christ » pour protéger ses biens et faire respecter la Paix de Dieu. Les croisades, puis la création d’ordres militaires (XIIème) permettent de transformer la violence chevaleresque en guerres saintes. Mais il ne faut pas oublier ce que la chevalerie classique doit à la littérature profane.

° « Les Templiers, des moines pas comme les autres »(Damien Carraz). C’est avec la fondation des Templiers (en 1120 par Hugues de Pays) qu’idéal chrétien et idéal chevaleresque fusionnent, même si ces moines guerriers ont d’abord été contestés. L’auteur aborde ici les règles de vie et la hiérarchie de cet ordre militaire, présenté comme LA « nouvelle chevalerie » par Saint Bernard de Clairvaux. Le succès des Templiers est tel qu’il inspire la création d’autres ordres en Terre Sainte.

° « Les chevaliers Teutoniques » (Philippe Dollinger). Exaltés par les nazis et célèbres pour leurs croisades sanglantes, les Teutoniques n’ont pas bonne presse en France. Cet article tente de faire la lumière sur cet ordre militaire, longtemps victime d’une légende noire. Né à St Jean d’Acre pendant les croisades, il se compose essentiellement de chevaliers allemands et va peu à peu s’orienter vers une action en Europe orientale. La croisade contre le paganisme balte ancre définitivement les Teutoniques en Prusse, où ils édifient d’imposantes forteresses, contrôlent le commerce et installent une cour raffinée autour de leur Grand Maître à Marienburg. Mais après son apogée au XIVème siècle, l’état teutonique décline à cause de conflits incessants contre les indigènes, les Polonais et les Lituaniens. Il renaît des siècles plus tard comme confrérie charitable.

IV- L'IDEAL CHEVALERESQUE
° « La gloire de Du Guesclin » (Philippe Contamine)

° « Les chevauchées du Prince Noir » (Nathalie Fryde)

° « Richard cœur de Lion, le roi chevalier » (Martin Aurell) : où l’on découvre les différentes facettes de ce chevalier légendaire, poète courtois, croisé courageux, mais aussi querelleur, intrigant et démagogue. On dit que Richard a arraché à mains nues le cœur d’un lion et qu’il était aimé des bandits de Sherwood, contrairement à son mauvais frère Jean. Loin des images d’Epinal, l’auteur nous rappelle que ce roi d’Angleterre n’avait presque rien d’anglais. Il esquisse aussi à grands traits son parcours, de la cour des Plantagenêt, divisée par les luttes fratricides, jusqu'aux portes de Jérusalem – où Richard échoue-, puis de sa détention à sa mort accidentelle en 1199, par bravade. Un beau portrait haut en couleurs !

° « Arthur, Lancelot, Perceval et les autres » (Laurence Harf-Lancner)

° « L’amour courtois a-t-il existé ? » (entretien avec Danielle Régnier-Bohler). Si la plupart des chevaliers optaient pour des mariages d’intérêt et se considéraient infiniment supérieurs aux femmes, ils n’hésitaient pourtant pas à rendre hommage à l'épouse de leur suzerain. Il ne s’agissait pas d’adultère, mais d’une cour codifiée qui faisait honneur à leur seigneur et transposait les relations vassaliques au niveau du chevalier servant et la dame. Vision sublimée des rapports hommes/femmes, la littérature de la Table ronde a aussi influencé les mentalités.

° « Tout est perdu sauf l’honneur » (Arlette Jouanna) : où il est question de la survivance des idéaux chevaleresques à partir de la Renaissance, époque où ce groupe social et militaire est en déclin.

Vous l’aurez compris, c’est là un excellent ouvrage de synthèse, tant pour les passionnés d’histoire que pour ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances sur quelques mythes fondateurs de notre culture. Le complément indispensable de ce recueil serait une histoire militaire illustrée (comme celle dirigée par R. G. Grant). Et pour s'immerger totalement dans le monde des chevaliers, il y a les excellents livres de G. Duby, notamment sa biographie sur Guillaume le Maréchal et son étude sur "Le Dimanche de Bouvines", l'une des plus grandes batailles de l'histoire de France.

 

Critique libre: CHEVALIERS ET CHATEAUX FORTS (Collectif)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #un peu d'histoire, #biographies

La vie épique d'un tournoyeur hors-pair

Apprenant la mort du Maréchal, Philippe Auguste aurait affirmé que la chevalerie perdait là son membre le plus éminent. L’éloge est d’autant plus beau qu’il fut prononcé par un roi et un éternel adversaire du défunt.

Voici donc l'histoire de Guillaume le Maréchal (1145-1219), obscur chevalier anglo-normand qui s'élève dans la hiérarchie féodale jusqu'au trône d'Angleterre - il sera en effet régent sur ses vieux jours. Duby commence son ouvrage par l’agonie du Maréchal, avant de présenter ses sources historiques et de faire un « flash-back » sur cette existence haute en couleurs. On découvre ainsi que les braves du Moyen Age faisaient de leur mort une cérémonie très ritualisée, publique et édifiante. Les pratiques successorales et les rapports au sein de la famille sont également au cœur de la réflexion. Mais la vie qui va nous être contée est surtout une histoire de violence et de pouvoir, avec pour cadre l’Angleterre et la France au temps des Plantagenêt.

Son ascension sociale, le Maréchal la doit à ses faits d'armes: ne dit-on pas qu'il aurait capturé au moins 500 chevaliers en tournoi? N’a-t-il pas protégé Aliénor d’Aquitaine contre ses vassaux révoltés ? Et ne l'a-t-on pas vu, à 70 ans passés, sauter en selle pour repousser les Français à la bataille de Lincoln? Mais pour se faire une place dans la société turbulente du XIIème siècle, la prouesse individuelle ne suffit pas. Encore faut-il s’insérer avec habileté dans le jeu des alliances vassaliques. Se gagner des fidèles à force de dons, rechercher la protection des puissants, se rendre indispensable dans la « maisonnée » du roi et obtenir une héritière en récompense … telles sont les stratégies du Maréchal pour assurer sa fortune. Si les trois piliers de la chevalerie sont « vaillance, largesse, loyauté », un soupçon de diplomatie ne peut qu’améliorer la réputation du brave!

Avec cette magistrale biographie, basée sur le récit de Jean le Trouvère (XIIIème siècle), Georges Duby nous prouve qu’il est non seulement un grand médiéviste mais aussi un écrivain inspiré, capable de restituer avec brio un âge de sang et de poussière. Les scènes de tournoi sont épiques. Immersion garantie ! On y apprend que vers 1170 le tournoi n’est pas la joute codifiée dont raffolent les cinéastes, mais une mêlée brutale où tous les coups sont permis et où l’on rançonne ses adversaires. Ce combat par équipes, destiné à canaliser la violence des chevaliers, est un business sportif avant la lettre. Il bénéficie d’une popularité immense, de stratégies de promotion (la publicité du « crieur ») et comporte des enjeux financiers, puisque les champions se mettent au service du plus offrant. Loin du désintéressement des chevaliers de légende, le tournoyeur du XIIème siècle est un athlète à l’esprit mercantile. Et si les divertissements médiévaux n’étaient pas si éloignés des nôtres ?

Ce livre est un incontournable pour tous ceux qui s’intéressent à la féodalité et à la culture médiévale. C’est un travail à la fois érudit et captivant permettant de découvrir un chevalier dans toute sa complexité, d’appréhender l’homme derrière le mythe chevaleresque
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Critique libre: GUILLAUME LE MARECHAL OU LE MEILLEUR CHEVALIER DU MONDE (G. Duby)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #un peu d'histoire

Mise au point lumineuse sur les années noires en France

 

Nous avons tous eu droit aux souvenirs de guerre de nos grands-parents. Mais si le grand-père en question est aussi historien, l’explication prend une dimension pédagogique, sans perdre sa valeur de témoignage, son caractère vivant.

C’est le défi relevé dans ce livre par Jean-Pierre Azéma, spécialiste de la Seconde guerre, de Vichy et de la Résistance. Pour faire comprendre à tous les réalités de l’occupation allemande, il répond avec clarté aux interrogations de son petit-fils âgé de 15 ans. Comment l’occupant imposait-il son pouvoir ? Que pensait la majorité des Français ? Vichy a-t-il contribué à l’extermination des Juifs? Que mangeaient nos aïeux en ces temps de pénurie ? Comment trouver le courage de résister ? Ce jeu de questions/ réponses, en apparence spontané, a été retravaillé pour donner une structure cohérente à l’ouvrage. L’auteur aborde successivement les contraintes territoriales, politiques et économiques liées à l’occupation, la vie culturelle dans la France allemande, puis les choix des Français entre collaboration et résistance, avant de s’interroger sur la mémoire de l’occupation depuis les années 1950.

Je recommande très vivement cet ouvrage : dans un style limpide et concis (environ 120 pages), il fait le tour du sujet et donne l’envie d’approfondir ses recherches sur la période. C’est une excellente initiation pour lecteurs de tous âges.

Critique libre: L'OCCUPATION EXPLIQUEE A MON PETIT-FILS (J.-P. Azéma)
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Pour naviguer sur les vagues de l'histoire

 

 Lorsque Fernand Magellan s'installe à Séville, personne ne soupçonne que ce Portugais boiteux d'âge mûr a l'étoffe d'un héros. Pourtant il ne rêve que de prendre la mer pour enrichir l'Espagne, son pays d'adoption. Mais il y a plus important encore: afin d'ouvrir une nouvelle route des épices, par l'Ouest, Magellan se propose de contourner l'Amérique, ce Nouveau Monde découvert il y a 25 ans à peine. Il serait ainsi le premier homme à faire le tour du monde, traversant le Pacifique jusqu’en Indonésie, avant de regagner l'Espagne par le Cap de Bonne Espérance. Après avoir vu son projet rejeté par Manoel du Portugal, Magellan parvient à convaincre Charles Quint, un tout jeune monarque en quête de gloire. Mais en partant pour cette expédition tant désirée, Magellan ne se doute pas qu’il ne reverra jamais son foyer. Des 237 hommes embarqués sur les 5 nefs de l’escadre, seuls 18 regagneront Séville à bord de la Victoria.

 Tout au long du voyage, Magellan devra affronter de multiples dangers, à commencer par la mutinerie des officiers espagnols qui refusent d’obéir à un amiral portugais. Tandis qu’ils cherchent un passage permettant de contourner l’Amérique – le fameux détroit de Magellan -, les marins endurent le froid et la faim. Et puis le Pacifique, cet océan jamais exploré, est bien plus grand que les Européens ne l’imaginaient ! Plus de vivres! Pendant des mois, les marins doivent se contenter d’eau croupie et de biscuits souillés par les rats; aussi le scorbut ne tarde pas à décimer l’équipage. Quand ils atteignent enfin les Philippines, Magellan et les siens se croient sauvés. Mais c’est sans compter les indigènes, dont certains sont belliqueux et réfractaires au projet d’évangélisation.

 Après plus de 3 ans et 80 000 km parcourus, les rescapés de l’expédition Magellan regagnent Séville. Et ils rapportent des épices en provenance des îles Moluques! Nous sommes en septembre 1522 ; tant de mois ont passé! Comment reconnaître en ces êtres faméliques les fiers matelots partis pour un tour du monde ? D’autant que c’est à présent un Espagnol, Sébastian El Cano, qui dirige l’équipage. Entre temps les marins ont creusé des tombes sur tous les continents, se sont livrés à la piraterie et ont perdu leur chef. Mais le journal de bord d'Antonio Pigafetta rend amplement justice au courage de Magellan. C’est grâce à ce jeune chroniqueur italien que nous connaissons en détails la première circumnavigation de l’histoire.

 Voici un livre idéal pour tous ceux qui veulent en savoir plus sur le voyage de Magellan sans se plonger dans une biographie volumineuse. Bien qu’elle s’appuie sur une documentation solide, cette étude prend la forme d’un palpitant récit d’aventures. Elle séduira donc l’imagination des jeunes – et des moins jeunes ! Passionnant et instructif !

Critique libre: MAGELLAN, LE PREMIER TOUR DU MONDE (Gérard Soncarrieu)
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A l'ombre des branchages en fleurs

"Tel est l'objet de ce livre: suivre depuis l'Antiquité gréco-romaine ceux qui ont su voir l'arbre." Alain Corbin, historien du "sensible", nous invite ici à faire une promenade en plein air en compagnie des plus grands écrivains et artistes. Les émotions inspirées par la nature ont-elles changé au fil des siècles? L'auteur tente de répondre à cette question en s'intéressant aux perceptions, aux symboles et aux pratiques liés à l'arbre.

Depuis toujours, poètes et écrivains ont chanté les louanges de ce végétal familier - car il s'agit bien d'étudier ici l'arbre isolé et non la forêt. Déjà du temps d'Horace et de Virgile, les Romains goûtaient les joies bucoliques d'une partie de campagne sous de vertes frondaisons.

Puis c’est au tour des poètes de la Pléiade, tels Ronsard ou Du Bellay, de « graver sur le tronc leurs noms et leurs amours ». La Fontaine en tire des leçons de sagesse, tandis qu’au XVIIIème siècle s’épanouit un art des jardins qui cherchent à produire des émotions nouvelles chez le promeneur.

Mais c'est surtout à l'époque romantique que l’arbre acquiert de nouvelles dimensions : il n’est plus seulement témoin, mais aussi confident des épanchements les plus intimes. A la fois porteur des souvenirs enfantins, mémoire des âges disparus et pilier qui s’élance vers le ciel, l’arbre possède une personnalité propre et une dimension sentimentale. Bernardin de Saint-Pierre, Rousseau, Chateaubriand, Hugo ou Lamartine ont consacré des textes poétiques à ces végétaux, plus persistants que les plus anciennes civilisations. Sous leur plume, l’arbre devient partie intégrante du cosmos et participe aux tourments du poète :
« J’ai senti, moi qu’échauffe une secrète flamme
Comme moi palpiter et vivre avec une âme
Et rire, et se parler dans l’ombre à demi-voix,
Les chênes monstrueux qui remplissent les bois. »
(Victor Hugo)

Quant aux artistes du XIXème, l'arbre fait également partie de leur sujet de prédilection: désormais le paysage a gagné ses lettres de noblesse, comme genre à part entière. Des peintres tels Corot posent leurs palettes dans la forêt de Fontainebleau et peignent directement d'après nature.

Qu’il cherche méditer sur le passé, à goûter aux joies de la solitude, à se protéger des bêtes sauvages ou simplement à prendre le frais, le promeneur trouve en général bon accueil sous les vertes frondaisons. Mais l’arbre peut aussi susciter des émotions terribles, comme ces troncs foudroyés peints par Poussin ou Horace Vernet dans leurs célèbres tableaux. Et puis, il y a l’arbre maléfique, celui des sorcières et des démons évoqué dans les anciennes légendes.

Dans cet ouvrage vous apprendrez que le plus vieil arbre du monde a 4500 ans, que s’endormir sous un noyer peut provoquer des cauchemars, que les premiers livres étaient directement inscrits sur l’écorce et que la datation des arbres par leurs anneaux date du XVIIIème siècle.

Alain Corbin s’intéresse à tous ces aspects – et à bien d’autres encore- en cherchant à établir des liens entre cette passion ancestrale pour l’arbre et nos pratiques actuelles. A l’heure où notre conscience écologique se réveille, ces végétaux représentent plus que jamais la vie : ne dit-on pas qu’ils sont les poumons de la Terre ? L’arbre devient même le prolongement de l’existence humaine, comme en témoignent ces mourants qui aux Etats-Unis souhaitent implanter leur ADN dans les arbustes qui orneront leurs tombes.

Pour Alain Corbin, il n’y a pas d’histoire culturelle sans une connaissance des représentations et des sensibilités d’autrefois. C’est pourquoi il donne la parole à ceux qui ont su le mieux traduire leurs émotions face à la nature: les peintres et les poètes qui ont vécu l’histoire.

Table des matières :
I) Ecrire sur l’arbre
II) « Les vieux témoins des âges écoulés »
III) Le passeur du chtonien à l’ouranien
IV) Emotions liées à la sacralité de l’arbre
V) L’arbre de la crainte à l’épouvante
VI) Arbre merveilleux et onirique
VII) L’âme des arbres
VIII) L’arbre : analogie et individualisation
IX) L’arbre sensitif et l’empathie humaine
X) L’arbre moral
XI) L’arbre interlocuteur et confident
XII) Arbre et souvenirs
XIII) L’arbre et la rêverie érotique
XIV) Pratiques liées à l’arbre

Critique libre: LA DOUCEUR DE L'OMBRE (Alain Corbin)

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“Passionnée de littérature classique et de littérature du monde, je partage avec vous mes dernières lectures.”

Rédigé par Bianca Flo

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