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Lesmillefeuillesdefirmin.overblog.com

Un blog littéraire. Au programme: plein de lectures, un peu d'art et d'histoire!

Articles avec #litterature russe catégorie

Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #litterature russe

Comment vivre à l'horizontale

 

Dans un appartement de Saint-Pétersbourg, Ilia Ilitch Oblomov, propriétaire terrien, passe ses journées allongé sur un divan. Non qu’il soit malade - son visage replet respire au contraire la santé -, quant à son âge, c’est celui de la maturité florissante qui permet à la plupart des hommes de mener une vie active. Seulement voilà, Ilia Ilitch souffre d’oblomovisme, apathie chronique caractérisée par une tendance à la rêverie, une incapacité à prendre des décisions et une aversion profonde pour toute forme d’effort. Pourquoi prendre la peine de sortir ou de travailler alors que la vie peut être si confortable dans un intérieur douillet ? Aux soirées mondaines, Oblomov préfère une sieste réparatrice sur son canapé ; aux habits élégants, sa large robe de chambre et ses chaussons moelleux. La monotonie de ses journées n’est rompue que par la succession des repas. Et lorsqu’il s’agit de lire, le journal de l’an passé suffit bien, vu qu’Ilia Ilitch ne l’a pas encore achevé… Qu’elle est douce cette existence prévisible ! Vous l’aurez compris, notre anti-héros n’aspire qu’à une chose : le repos. Mais peut-on vivre ainsi à l’écart de toute société, en simple spectateur, sans passions ni sans chagrins ? Il semblerait que non. Les soucis liés au monde extérieur ont tôt fait de rompre cette quiétude. Oblomov est sollicité pour régler des factures, s’occuper de son domaine rural, répondre à des lettres, faire des visites… Toutes choses qu’il se contente de remettre au lendemain, avant de se rendormir du sommeil du juste. Ce laisser-aller mène progressivement Oblomov à sa ruine. Son intendant le vole, la plupart de ses connaissances ne sont que de vils pique-assiettes, quant au valet Zakhar, il considère les soins du ménage comme superflus. Pourtant Stolz, le meilleur ami d’Oblomov, est un homme volontaire, pratique, actif. Parviendra-t-il à tirer Ilia Ilitch de son marasme ? La belle Olga saura-t-elle éveiller la passion dans cette âme indolente?

Ce roman, l’un des plus brillants de la littérature russe, a suscité l’admiration de Dostoïevski et de Tolstoï, dont Gontcharov était un contemporain. Fresque sociale, il nous entraîne dans la Russie des tsars, à la rencontre des fonctionnaires pétersbourgeois et des barines (propriétaires terriens). Mais c’est avant tout un roman psychologique qui tient à la fois de la comédie et du drame. La première partie est un chef d’œuvre de drôlerie, car pendant 200 pages chacun tente de tirer Oblomov du lit sans y parvenir. Les dialogues sont vivants, comiques et on visualise les situations aussi bien que devant une scène de théâtre. Mais au fil des pages, le récit gagne en profondeur. C’est une véritable tragédie qui se noue, non pas de celles que déchaînent les passions, mais plutôt un drame existentiel. Que signifie le bonheur ? Faut-il agir pour l’atteindre ou se contenter d’être ? Oblomov et son ami Stolz font des choix que tout oppose, c’est pourquoi leurs destins seront très différents. Alors, l’oblomovisme est-il un vice, un spleen à la russe ou une forme de sagesse ? Qui sait ? On ne peut répondre avec certitude, mais si la littérature a pour vocation de nous interroger, Oblomov y tient assurément une place de choix. Que vous aimiez rire, réfléchir ou rêver, lisez ce roman, car même si notre paresseux prône la passivité, le lecteur lui ne s'ennuie pas une seule seconde!!

Critique libre: OBLOMOV (Ivan Gontcharov)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #litterature russe

Le petit Nicolas en Russie

 

Dans ce roman autobiographique, Tolstoï raconte ses souvenirs d’enfance et d’adolescence et se livre à l’introspection grâce son double fictif: Nicolas Pétrovitch Irteneff. Le roman, commencé en 1851, a été abandonné six ans plus tard sans que Tolstoï ait rédigé le quatrième volet prévu initialement. C’est donc un livre en trois parties qu’il nous a laissé, chaque partie étant consacrée à une étape de sa jeunesse. Au début du récit, le petit Nicolas a 10 ans, et lorsque nous le quittons c’est un étudiant entré dans sa dix-septième année. Dans l’intervalle, le lecteur s’est pris d’affection pour ce garçon qui ressemble étrangement au jeune Tolstoï.

 En invoquant l’univers de son enfance, l’auteur ressuscite la Russie tsariste, avec ses barines (propriétaires terriens), ses serfs, sa hiérarchie de fonctionnaires et son aristocratie moscovite. Les Irteneff vivent tantôt à Moscou, tantôt dans leur domaine de Petrovskoïe, à la campagne. C’est cette maison familiale que Tolstoï évoque avec le plus de nostalgie. Il y situe les premières joies et les premières émotions de son petit héros : les jeux, le paysage champêtre aperçu par la fenêtre, la chasse avec son père, les leçons du bon précepteur Karl Ivanovitch, les après-midi passées à rêvasser en écoutant sa mère jouer du piano… Puis vient le départ pour Moscou. Dans la maison de la grand-mère, Nicolas manifeste pour la première fois ses talents de poète et découvre les sentiments amoureux au cours d’un bal d’enfants. Toutes ces émotions juvéniles sont exprimées dans un langage simple. Mais grâce à la magie des mots, on retrouve avec Nicolas des impressions propres à l’enfance, ce regard émerveillé sur le monde, la fraîcheur et l’insouciance de la jeunesse. Pourtant les chagrins ne sont pas totalement absents de la vie du petit garçon. Lorsqu’il quitte Petrovskoïe, image du paradis terrestre, Nicolas perd un peu de son innocence en découvrant des sentiments nouveaux. Il comprend par exemple que son père n’est pas infaillible. Mais c’est surtout la disparition de la mère – figure idéalisée que Tolstoï n’a jamais connue - qui marque la fin de l’enfance.

 La suite du récit s’attarde davantage sur la psychologie du jeune héros, en qui l’on peut voir un alter ego de Tolstoï. Timide, conscient de sa laideur, Nicolas n’en est pas moins orgueilleux et, malgré ses intentions pieuses, il ne peut dissimuler son mépris pour ses inférieurs, ces gens qui ne sont pas « comme il faut ». Intelligent, il refuse pourtant de se plier aux exigences de ses professeurs. A ses élans les plus enthousiastes succèdent des moments de paresse et de désespoir. Car c’est une personnalité encore mouvante, inachevée, qui nous est dépeinte ici. Sa formation morale, le jeune homme la puise dans la foi ardente de la vieille Russie, mais aussi dans les romans et les discussions philosophiques qu’il partage avec ses amis, dans ses rêves enfin. Dans les parties intitulées « Adolescence » et « Jeunesse », Nicolas grandit. Il tombe amoureux – ou croit l’être !- et il lui arrive même de fantasmer sur les servantes. Que de naïvetés charmantes dans ces pages. Entre ses études, ses rêveries et son amitié avec Nekhlioudof, c’est un jeune homme bien occupé. De même, chaque membre de la famille Irteneff évolue. Il y a là quelques portraits inoubliables dont on sent qu’ils s’inspirent de modèles vivants chers à Tolstoï.

 Ce livre mérite amplement d’être lu, d’abord parce qu’il permet à chacun de revivre avec bonheur des émotions enfantines. Pas de grands évènements, nul développement politique ou militaire relatif à la Russie, rien que les joies et le chagrins ordinaires d’un garçon qui découvre la vie. Tolstoï dépeint cet autre lui-même avec un humour tendre et, même s’il s’agit d’une personnalité bien singulière, on peut aussi y voir un hymne universel à la jeunesse.

Critique libre: ENFANCE, ADOLESCENCE, JEUNESSE (Léon Tolstoï)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #litterature russe

Dangereux face-à-face

 

Depuis quelque temps Alexei Ivanovitch Veltchaninov est en proie à un grand abattement. Comme il approche de la quarantaine, il souffre de plus en plus d’hypocondrie; mais ce sont surtout des tourments moraux qui l’agitent. Peu à peu, il prend conscience de la vacuité de son existence et se sent assailli – bien malgré lui - par des remords relatifs à son passé. Or voilà que ressurgit dans sa vie le mari de son ancienne maîtresse, Natalia Vassilévna, dont il s’est séparé il y a plus de huit ans. Comme l’indique le crêpe noir ornant son chapeau, Pavel Pavlovitch Troussotski est désormais veuf mais il a une petite fille et, fait troublant, Liza est née huit mois après le départ de Veltchaninov. A qui est l’enfant ? Et que cherche Troussotski en se rapprochant de son ancien rival et ami ?

Tout au long du roman, on assiste à un face-à-face ambigu qui met aux prises le mari et l’amant. Dostoïevski réussit à établir entre eux des liens complexes où se mêlent la haine, l’admiration, le mépris et l’amitié blessée. Troussotski commence par louvoyer. Il nous apparaît d’abord comme un pitoyable ivrogne incapable d’agir en homme. Mais au fil des pages, la tension monte et on se demande quand la crise éclatera enfin. Ce qui est remarquable dans ce récit c’est qu’il ne s’agit pas d’une banale affaire de vengeance orchestrée par un mari jaloux. Troussotski semble fasciné par son rival et va même se mettre pour un temps à sa merci, comme s’il était prêt à endosser éternellement le rôle du mari bafoué. Quant à Veltchaninov, il oscille entre sa culpabilité et le dégoût viscéral qu’il éprouve pour Troussotski. Pourtant, il ne cherche jamais à s’en éloigner réellement, jusqu’au règlement de comptes final.

Ce roman entièrement psychologique est intéressant, même s’il m’a (un peu) moins convaincue que les autres œuvres de Dostoïevski.
Malgré une progression quelque peu ralentie, le talent de l’auteur transparaît à chaque page, qu’il décrive l’agonie d’une fillette ou les joies domestiques dans une maison bourgeoise. Le point de vue adopté est celui de Veltchaninov, de sorte que l’on ignore totalement les intentions de son persécuteur qui n’en devient que plus menaçant. Une fois de plus, l’auteur met en scène des personnages angoissés, à la fois grotesques et sérieux, mais qui donnent en tout cas à réfléchir. A l'issue de cette lecture, on pourrait se demander s'il existe des individus qui, tels Troussotski, sont destinés à être d'éternelles victimes.

Critique libre: L'ETERNEL MARI (Fédor Dostoïevski)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #litterature russe

Dostoïevski tel qu'en lui-même

 

Les romans de Dostoïevski (1821- 1881) sont toujours profonds, d’une grande acuité psychologique et particulièrement tourmentés. C’est que Fédor Mikhaïlovitch y dévoile son âme, ses propres expériences de la déchéance et de la passion. Dans « Le joueur », roman dicté à sa future épouse Anna Grigoriévna en 1866, Dostoïevski s’inspire de ses péripéties dans les villes de jeu européennes. N’est-il pas allé jusqu’à engager son manteau et même l’alliance de sa femme pour s’adonner à la roulette ?

Alexei Ivanovitch, son alter ego dans le roman, va à son tour succomber à cette fièvre du jeu. Ce précepteur de 25 ans, intelligent et plein d’avenir, séjourne avec ses employeurs à Roulettenbourg, ville thermale de Rhénanie. La famille se compose d’un vieux général, de ses deux jeunes enfants et de sa belle-fille Pauline, dont Alexei Ivanovitch est follement épris. Bien que consciente des sentiments qu’elle inspire, Pauline aime à torturer son soupirant en lui donnant les plus cruelles marques de mépris. Pourtant le jeune précepteur ne s’en lasse pas. Pour obéir à sa Pauline, il est prêt à se précipiter dans le vide ou à se ridiculiser en public. Ici l’auteur transpose sans doute son amour malheureux pour Apollinaria Souslova, la maîtresse qui l’a accompagné lors de son premier voyage en Europe quelques années auparavant. Dostoïevski l’aime d’autant plus qu’elle le trompe; elle finira par refuser sa demande en mariage. Cette soumission aveugle, ces humiliations incessantes deviennent la raison de vivre d’Alexei Ivanovitch – comme elles ont été celles de Dostoïevski pour un temps.

Mais les autres personnages du roman sont également esclaves de leurs passions. Ainsi le vieux général s’éprend de Blanche, une demi-mondaine au passé sulfureux, et cette relation précipite sa ruine. Quant à Pauline, elle subit l’influence de Des Grieux, un aventurier français qui se dit noble. Et puis il y a la Babulenka, une vieille tante qui débarque de Moscou alors que tout le monde attendait sa mort et son héritage. Ce personnage haut en couleurs est le principal ressort comique du roman. Dotée d’un caractère despotique, la vieille dame se fait porter dans son fauteuil dans toutes les salles du casino. Et voilà que la folie du jeu la gagne ! Au grand dam de ses héritiers, elle joue sa fortune avec une audace folle et … se fait déplumer. Puis vient le tour d’Alexei Ivanovitch. Lui, qui jusque-là se contentait d’être un observateur prudent, se met à jouer par amour. C’est que Pauline a un pressant besoin d’argent. Grâce aux 700 florins qu’elle lui a remis, le jeune homme connaît d’abord la chance du débutant. Après une nuit enfiévrée à la roulette, il est à la tête d’une véritable fortune ! Mais à quel prix ! Désormais obsédé par les jeux de hasard, fasciné par le frisson qu’on éprouve à jouer son destin, Alexei Ivanovitch oublie tout le reste. Même son amour pour Pauline passe au second plan. Il perdra non seulement sa bien-aimée – qui lui est enlevée par un rival-, mais aussi ses idéaux et son existence même. Enchaîné aux tables de jeu, il erre de ville en ville, connaissant des revers de fortune, la domesticité et jusqu’à la prison. Pourtant jamais il ne renonce à « se refaire » grâce à la roulette. Après tout, s’il joue raisonnablement, « demain, tout sera fini ».

Un très beau roman qui révèle en une centaine de pages l’immense talent de son auteur. C’est un accès à l’univers dostoïevskien, ce monde tourmenté où les êtres sont pris entre leurs aspirations élevées et leurs destins tragiques.

Critique libre: LE JOUEUR (Fédor Dostoïevski)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #biographies, #litterature russe, #toutes les critiques litteraires, #quiz et jeux

Il était une fois, à Saint-Pétersbourg, un excentrique de génie. 

 

Un nez qui se promène en uniforme officiel, un fantôme vengeur dérobant les manteaux des passants, le portrait du Diable peint d'après nature, des âmes rachetées après le décès de leurs propriétaires… voici quelques-unes des fantasmagories de Gogol. Auteur de récits hauts en couleurs (comme « Les veillées du Hameau ») où les diableries et l’absurde ont la part belle (« Nouvelles de Pétersbourg »), il s’est également consacré à l’histoire de son Ukraine natale (« Tarass Boulba ») et a dressé un portrait satirique de la société russe (« Le Révizor »).

Dans cette biographie, vous découvrirez l’homme qui se cache derrière cette œuvre extravagante: un être malingre, au physique ingrat, pourvu d'un nez d'oiseau et de tenues voyantes. Suivez-le au domaine familial en Petite-Russie, puis dans un misérable appartement à St-Pétersbourg. Assistez à ses cours d'histoire... à la méthode bien particulière. Lisez sa correspondance, aussi ampoulée que touchante. Parcourez avec lui l'Europe, rencontrez ses amis, ses ennemis et familiarisez-vous quelque peu avec la Russie de son temps: celle des tsars et du servage, mais aussi de la littérature. Dépeint par un grand écrivain lui-même d’origine russe, Gogol n’a pas fini de nous étonner. Au fil des pages, il se révèle aussi fantasque, aussi original et mystérieux que ses écrits : mythomane sincère, bon vivant aux élans mystiques, hypocondriaque mais grand voyageur, paresseux mais tourmenté par l’obsession d’une gloire posthume, réservé et mondain … Gogol fut tout cela et bien plus encore. En somme un génie dérangeant et fascinant à la fois. Troyat nous présente également les principaux écrits de Gogol, rédigés dans les brumes de St-Pétersbourg ou sous le ciel radieux d’Italie. Il insiste sur l’influence déterminante de Pouchkine dans l’œuvre de Gogol : tout semblait opposer ces deux personnalités et pourtant Pouchkine est une source perpétuelle d’admiration et d’inspiration pour son cadet, qu’il protège et conseille jusqu’à sa mort.

Cet ouvrage se lit très facilement, malgré ses 600 pages. C’est sans doute dû au talent d’Henri Troyat… et au personnage plein de surprises qu’il a choisi de nous dévoiler. Troyat, qui nous a quittés en 2007, est reconnu pour ses biographies d'écrivains (Dostoïvski, Pouchkine, Maupassant, Flaubert ...) et d'hommes d'Etat (Catherine II, Pierre le Grand, Ivan le Terrible, Raspoutine ...). Etant lui-même né en Russie, il s'est beaucoup intéressé aux grands personnages de ce pays. Que vous soyez amateur de littérature russe, de bonnes biographies, de Troyat ou de Gogol, emportez ce livre avec vous cet hiver!

 

Mais au fait, avez-vous lu "Les nouvelles de Petersbourg", le fameux recueil de Gogol? Si oui, testez vos connaissances avec le QUIZ plus bas!

 

 

 

La vie d'un Russe racontée par un Russe ... et son chien!

La vie d'un Russe racontée par un Russe ... et son chien!

Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #litterature russe, #quiz et jeux

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“Passionnée de littérature classique et de littérature du monde, je partage avec vous mes dernières lectures.”

Rédigé par Bianca Flo

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