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Lesmillefeuillesdefirmin.overblog.com

Un blog littéraire. Au programme: plein de lectures, un peu d'art et d'histoire!

Articles avec #famille bronte catégorie

Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #chez les victoriens, #famille bronte

Enfin une nouvelle édition de ce roman « brontien » méconnu !

 

"Villette" est la capitale du royaume imaginaire de Labassecour, une cité qui ressemble étrangement à Bruxelles. C'est là que les sœurs Brontë ont fait l'expérience de l'enseignement, à la pension Héger. Et c’est là que Lucy Snowe, l’héroïne de cette histoire, postule comme professeur d’anglais, sans se douter qu’elle va y trouver l’amour.

Le roman comporte deux parties : la première, plutôt brève, raconte l’adolescence de Lucy chez sa marraine Mrs Bretton. La jeune fille y côtoie John-Graham son sympathique cousin, mais elle y rencontre aussi une étrange enfant blonde, dont la précocité n’a d’égale que son adoration pour Graham. Puis vient une période difficile d’apprentissage. Lucy, désormais sans famille, décide de quitter l’Angleterre pour gagner sa vie comme préceptrice. Après un passage en France, elle se rend à Villette, à la recherche de la pension Beck. La voici institutrice. Dépourvue d’expérience, Lucy doit néanmoins imposer son autorité à des dizaines d’élèves turbulentes. C’est aussi dans cette institution que Lucy fait des rencontres déterminantes : la frivole Ginevra Fanshawe, une pensionnaire qui se prend d’amitié pour elle, le professeur de lettres Paul Emmanuel, et le docteur John, un jeune médecin qui ne laisse pas Lucy indifférente. Mais la vie réserve encore bien des surprises à notre héroïne ! Pendant les grandes vacances, par un soir d’orage, Lucy erre le cœur gros aux portes de la ville, lorsqu’elle est recueillie par le docteur John. L’occasion d’en découvrir davantage sur ce séduisant personnage…

Ce roman d’apprentissage est un curieux mélange de romantisme noir et de réalisme, le tout saupoudré d’humour anglais. Comme dans "Jane Eyre", Charlotte Brontë dépeint ici une héroïne singulière, au caractère bien trempé, éprise de solitude et peut-être un rien bigote. Malgré sa droiture morale, Lucy ne correspond pas tout à fait au modèle de féminité en vogue au XIXème siècle. Son tempérament fier, indépendant, sa capacité à tenir tête aux hommes et son côté asocial en font un personnage bizarre. Serait-ce le reflet de la personnalité de l’auteure ?

J’ai apprécié ce roman pour la qualité de l’écriture, ainsi que pour son côté vivant : l’atmosphère du pensionnat par exemple y est fort bien décrite et on sent que l’auteure a réellement vécu les situations évoquées. Par ailleurs, je me suis demandé si le professeur bourru du roman, M. Emmanuel, avait un lien quelconque avec Constantin Héger, le directeur dont Charlotte Brontë était éprise. Enfin, comme dans tous les romans "brontiens", la psychologie joue un grand rôle. Ici, la confrontation entre Lucy et Paul Emmanuel constitue un fil conducteur - et n'est pas sans rappeler les rapports orageux entre Jane Eyre et M. Rochester.

Malgré ses qualités indéniables, « Villette » souffre aussi de quelques défauts. Les  tendances moralisatrices de Lucy sont parfois déplaisantes et lui donnent un côté vieille fille. Ce roman est d’un genre hybride, une sorte de compromis entre l’esprit indépendant des Brontë et la morale victorienne ; il n’a ni l’audace de « Jane Eyre » ni la puissance envoûtante des « Hauts des Hurlevent ». Mais ce qui m’a le plus posé problème ce sont les longueurs !  Dans la deuxième moitié du roman, l’histoire piétine vraiment ; aussi les 600 pages auraient pu être amplement réduites sans nuire à l’action, ni même à l’atmosphère. A lire tout de même par les fans des sœurs Brontë et les amateurs de littérature britannique.

Critique libre: VILLETTE (Charlotte Brontë)
Publié par FLO sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #chez les victoriens, #famille bronte, #quiz et jeux
Critique libre: JANE EYRE (Charlotte Brontë)

Voici un roman extrêmement célèbre, maintes fois commenté, résumé et adapté au cinéma. Pourtant, en inconditionnels des Brontë, on ne résiste pas au plaisir de poster une critique sur ce sujet. Vous trouverez aussi plus bas un lien vers le QUIZ JANE EYRE, afin de tester votre sagacité de lecteur!

Au début de l'histoire, Jane est une petite orpheline élevée par sa tante, Mrs Reed. Enfant rebelle et solitaire, elle subit de nombreuses brimades, surtout de la part des ses cousins. Pour se débarrasser de la fillette, Mrs Reed décide de l'envoyer dans un pensionnat. Et pas n'importe quel pensionnat! Lowood est connu pour son austérité et pour la sévérité de ses maîtres. Jane y reçoit un enseignement solide, mais y elle affermit surtout sa volonté, ainsi que ses principes moraux. On sait que pour décrire cette institution, Charlotte s'est beaucoup inspirée de Cowan Bridge, une sordide école fréquentée par les soeurs Brontë.

Lorsqu'elle quitte le pensionnat vers l'âge de 18 ans, Jane n'a aucune expérience de la vie; mais sa force de caractère et sa droiture vont l'aider à surmonter toute sorte d'épreuves. Forte de son instruction et son talent pour le dessin, Miss Eyre trouve un emploi de gouvernante à Thornfield-Hall, un sombre château gardé par Mrs Fairfax. Elle est chargée d'éduquer Adèle, une petite française pupille du maître des lieux. La tâche serait aisée s'il n'y avait pas cette présence maléfique qui rôde sans cesse dans la propriété. Des hurlements, un incendie volontaire et des apparitions nocturnes: voilà de quoi agrémenter le séjour d'une jeune gouvernante!

Peu après son arrivée, Jane fait la connaissance d'Edward Rochester, le propriétaire du château. Ce gentleman ténébreux adopte d'abord envers Jane une attitude railleuse et déstabilisante. Mais peu à peu il s'adoucit. Tout l'intérêt du roman réside dans cette relation entre Jane et Rochester: elle est humble, sans beauté ni fortune mais possède beaucoup d'esprit et de principes; il est quadragénaire, plutôt laid, riche et se livre à la débauche pour oublier un passé douloureux. Pourquoi ces deux êtres qu'en apparence tout oppose en viennent-ils à s'aimer? Et surtout comment finissent-ils par se déclarer cet amour improbable? Les conventions, mais aussi leurs personnalités respectives rendent la tâche ardue! Une fois ces obstacles surmontés, rien n'est acquis, car un terrible secret assombrit l'existence de Rochester et rend tout mariage impossible.

Jane va alors fuir l'homme qu'elle aime et commencer une nouvelle vie auprès de la famille Rivers. Sous une fausse identité, "Miss Eliot" se consacre désormais à l'enseignement et à la religion. Elle est épaulée par St. John Rivers, un jeune pasteur plein d'ambition. Mais lorsque celui-ci propose à Jane de l'épouser pour partir en mission aux Indes, la jeune fille comprend qu'elle ne peut oublier son premier amour. Peu après, elle croit entendre comme dans un rêve les appels désespérés de Rochester. Entre temps, la jeune fille a appris qu'elle hérite la fortune de son oncle et devient socialement l'égale de Rochester. Jane décide donc de retourner à Thornfield-Hall, pour retrouver celui qu'elle aime. Que va-t-il y trouver après un an d'absence?

Je n'en révélerai pas davantage quant à l'histoire elle-même pour ne pas gâcher le suspense. "Jane Eyre" est en tout cas un excellent roman, d'une grande finesse psychologique. Il est intéressant de comparer Edward Rochester aux autres personnages masculins des Brontë: son côté sombre le rapproche quelque peu de Heathcliff, le héros de "Hurlevent", mais la noirceur de ce dernier reste sans égale dans la littérature! La force de "Jane Eyre" réside surtout dans son personnage féminin et dans la qualité de l'écriture; j'ai aussi apprécié le climat fantastique qui imprègne le récit. Pour construire son intrigue, l'auteure utilise quelques ressorts du roman populaire anglais: l'histoire est en effet pimentée par des retournements de situation et par des scènes effrayantes dignes d'un roman gothique. Mais le roman de Charlotte Brontë possède bien plus de profondeur. A la fois roman d'apprentissage, réflexion sociale et morale, histoire d'amour et récit terrifiant, "Jane Eyre" est une oeuvre difficile à classer, si ce n'est parmi les chefs d'oeuvre!

Publié par FLO sur
Publié dans : #chez les victoriens, #famille bronte, #quiz et jeux
QUIZ sur le roman LES HAUTS DE HURLEVENT

Si l'on ne devait retenir qu'une seule oeuvre "brontienne", ce serait à mon avis le roman d'Emily, l'unique qu'elle a écrit: "Les Hauts de Hurlevent".

Avant de rédiger une critique sur ce monument littéraire, je vous propose un quiz pour (re)plonger dans l'univers tourmenté de Cathy et Heathcliff.

JOUEZ en cliquant ci-dessous!

Publié par FLO sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #chez les victoriens, #famille bronte, #biographies

Dans la famille Brontë, on demande le frère maudit ...

 

La famille Brontë compte trois célébrités, trois sœurs dont les prénoms sont associés à l’âge d’or du roman britannique. Mais si la littérature a consacré Charlotte, Emily et Anne, il en va tout autrement de Patrick Branwell. Lui, l’enfant préféré du révérend Brontë, lui dont le talent semblait si prometteur à l’adolescence, lui que l’on disait le génie de la famille, le voilà mort dans la fleur de l’âge sans un seul poème publié. Pire encore : il s’est enfoncé dans la déchéance, infligeant à ses sœurs une honte et des tourments incessants. Alcoolique, drogué, impie et désespéré, Branwell a inspiré les personnages les plus ténébreux des romans « brontiens ». Dans « Hurlevent » (Emily Brontë), il est Heathcliff,  héros hanté et passionné, qui n’a plus que la force de se détruire. Dans « La dame de Wildfell Hall » (Anne Brontë), il est Huntington, un alcoolique brutal qui ruine son ménage avant de connaître une atroce agonie.

 

Il existe pourtant une contrée dont Branwell est le roi: c'est le pays imaginaire d'Angria, également appelé «le monde infernal ». Né sous la plume des enfants Brontë, cet univers fabuleux est peuplé de tous leurs rêves, de leurs cauchemars et de leurs fantasmes –ils les dissimulent d’ailleurs sous une petite écriture illisible,… une sorte de code secret. De ces jeux littéraires naissent la plupart des romans et des personnages « brontiens », ainsi que l’habitude d’écrire ensemble. On a conservé de nombreux poèmes rédigés à deux mains par Branwell et Charlotte, et il n’y a qu’à comparer le début du roman « Le Professeur » avec un écrit de Branwell pour connaître l’influence qu’exerce le frère sur la soeur. Certains critiques pensent même que « Hurlevent » a été conçu par Emily en collaboration étroite avec son frère. Et pourtant aucun poème signé Branwell n’a été publié ! Même constat dans le domaine de la peinture : artiste talentueux, Branwell nous a laissé quelques-uns des rares portraits que nous possédons des sœurs Brontë; mais cela ne l’empêche nullement d’être recalé à l’examen de la Royal Academy.

 

Toutes les créations de ce frère maudit semblent ainsi vouées à l’échec. Incapable d’accomplir ses rêves, Branwell en est réduit à gagner sa vie comme employé des chemins de fer… avant de perdre son poste pour alcoolisme. Puis il s’essaie au métier de professeur, sans plus de succès. Quant à sa vie sentimentale, elle est tout aussi désespérante. Une intrigue – en partie imaginaire- avec la femme de son employeur lui donne le coup de grâce.

 

« Je ne sais qu’une chose –écrit-il dans une lettre-, c’est qu’il est temps pour moi de devenir quelqu’un alors que je ne suis rien. Que mon père n’a plus pour longtemps à vivre et que lorsqu’il mourra, ma vie, déjà à son crépuscule, sombrera dans la nuit. Que grâce à ma forte constitution, je survivrai pendant des années de torture et de désespoir, suppliant la mort de me prendre. »

Dépressif et probablement épileptique, il abuse des spiritueux et du laudanum. Pendant de longs mois, il agonise au presbytère, tandis que son père prie et que ses sœurs se désolent face au spectacle de sa débauche. Cette chambre, Branwell ne la quittera plus que pour rejoindre son tombeau. En septembre 1848, à l’âge de 31 ans, il est enterré au cimetière d’Haworth, où Emily et Anne le rejoignent bientôt.

 

C’est ce personnage tourmenté qu’étudie ici Daphné Du Maurier. Elle-même écrivain, elle est influencée par les Brontë dans des romans comme « Rebecca » ou « Ma cousine Rachel ». Cette étude biographique (1960) est fascinante car elle met en lumière l’âme damnée de la fratrie. Elle permet de mieux comprendre l’univers des sœurs Brontë, en révélant l’influence morbide de ce frère sur leurs esprits et leurs œuvres.

 

 « Heureux sont les morts, ne les plains pas,

Car si leur vie est achevée, leur tâche l’est aussi,

Et désirs et douleurs ne les tourmentent plus ;

Jamais, sous leur couche terrestre, ils ne connurent

Ce profond sommeil sans rêve qu’est le leur ;

Dans les tombeaux creusés sur la rive inconnue

Dont les Ténèbres et le Silence scellent les portes :

Détourne d’eux ta tête penchée

Et plains le mort vivant – dont l’âme s’est enfuie-

Déserté par la vie,  dédaigné par la mort,

Lui pour qui le Ciel est vide au-delà des nuées,

Lui que jamais n’illumine une lueur d’Espoir

LUI, la proie de ce ver qui le ronge…

De la mort INEXORABLE, des ténèbres de la tombe. »

(Poème de Branwell Brontë)

Critique libre: LE MONDE INFERNAL DE BRANWELL BRONTE (Daphné Du Maurier)
Publié par FLO sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #chez les victoriens, #famille bronte

L'enseignement selon Charlotte, ou comment un jeune prof trouve l'âme soeur dans un pensionnat de filles.

 

William Crimsworth vient d’achever ses études à Eaton. Orphelin, il se tourne vers son frère Edouard pour se faire une place dans le monde de l’industrie – le roman se passe en effet au début du XIXème siècle, en pleine Révolution industrielle. Mais ce frère se révèle rapidement tyrannique et odieux. William décide alors de quitter l’Angleterre pour tenter sa chance à Bruxelles. Grâce à une lettre de recommandation, il obtient un poste de professeur dans un pensionnat de garçons. Ses bonnes mœurs et la qualité de son enseignement lui permettent de donner aussi des cours d’anglais dans l’école voisine : un pensionnat de jeunes filles ! A 21 ans le voilà exposé à toutes les tentations ! Entre les écolières coquettes et la séduisante Melle Reuter, directrice de la pension, William devient l’objet de toutes les convoitises. Pourtant, il saura garder la tête froide et trouver l’amour, le vrai.

 

Ce roman, le premier de Charlotte Brontë, a été refusé par les éditeurs, non pas pour immoralité mais parce que sa qualité était jugée insuffisante. Il n’est publié qu’à titre posthume en 1856, alors que la gloire de son auteure est déjà solidement établie grâce à « Jane Eyre ». Comme dans « Jane Eyre », Charlotte transpose ici son expérience d’enseignante dans une pension bruxelloise. Mais dans ce roman, « Le professeur » est un homme et c’est de son point de vue que nous est narré le récit.

 

Les 150 premières pages du roman sont vraiment entraînantes et agréables à lire. Le roman se veut réaliste puisqu’il raconte la vie d’un enseignant, de ses débuts difficiles à sa consécration, sans oublier sa vie familiale et sentimentale. Pourtant l’œuvre comporte plusieurs passages très moralisateurs qui nuisent au réalisme psychologique : en clair, la voix du narrateur, un jeune homme amoureux et sans expérience, est parfois étouffée par les opinions de l’auteur,  en qui on reconnaît une fille de clergyman. De plus, dans le dernier quart du roman, des discussions dont je n’ai pas vraiment saisi l’intérêt, s’éternisent entre la fiancée et l’ami de William. Est-ce pour prouver la grandeur d’âme du personnage féminin ou pour introduire les opinions de l’auteure ? Toujours est-il que ces dialogues ralentissent considérablement le récit sans l’enrichir. En tant que Brontëmaniaque, j’accorde tout de même trois étoiles à ce roman, mais ce n’est sans doute pas le meilleur des sœurs Brontë. Sur le thème de l’enseignement à l’époque, j’ai préféré « Agnès Grey », histoire d’une jeune gouvernante signée Anne Brontë.

Critique libre: LE PROFESSEUR (Charlotte Brontë)
Publié par FLO sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #chez les victoriens, #famille bronte, #romans

Je commence cette série de critiques par un livre qui fait partie, si l'on peut dire, de mes "best of 2012"! Au programme: passion, déchéance et tourments par l’une des sœurs Brontë.

 

Le roman associé par la postérité au nom d’Anne Brontë est sans conteste « Agnès Grey », livre  sympathique et lumineux, mais à mon sens beaucoup moins abouti que « La dame de Wildfell Hall ». Cette œuvre, écrite à peine un an plus tard (1848), est pourtant un roman de la maturité.

 

La structure même du roman est très intéressante. Il s’agit en réalité de deux récits emboîtés. Le premier raconte l’histoire de Gilbert Markham, jeune propriétaire terrien, à travers les lettres que celui-ci adresse à son beau-frère Halford, vingt ans après le début des évènements. Cette partie du roman nous permet de mieux faire connaissance avec les habitants du village de L…, une petite communauté bourgeoise où les commérages vont bon train. En effet, depuis quelque temps, le manoir isolé de Wildfell Hall, est loué par une mystérieuse veuve et son fils. Quel secret cache-t-elle ? Pourquoi ses manières et ses principes d’éducation sont-ils si étranges ? Et ce Mr Lawrence, ne serait-il pas plus qu’un propriétaire pour la dame du manoir ? Malgré ces ragots, une amitié se noue entre Gilbert et Helen Graham, amitié qui peu à peu laissera place à des sentiments plus tendres. Pourtant Gilbert est dévoré par la jalousie.

 

C’est alors qu’intervient le second récit. Helen Graham confie son journal à Mr Markham pour se justifier aux yeux de son ami en l’éclairant son passé. Le narrateur masculin cède donc la parole à une voix féminine. Cette partie du roman est la plus dramatique. Elle raconte la vie d’Helen, depuis son entrée dans le monde et  l’éclosion de son amour jusqu’à la lente décomposition de son couple à cause d’un mari débauché. Le journal s'arrête lorsque la dame arrive à Wildfell Hall.

 

Enfin, nous revenons aux lettres de Gilbert Markham pour découvrir le sort de la dame du manoir et l’évolution de sa relation avec Gilbert. Ce dernier y insère des fragments de lettres rédigées par Helen. La narration se fait donc à plusieurs niveaux, à plusieurs voix. A ce stade du récit, il s’agit d’un amour impossible et Helen choisit de sacrifier la passion au devoir conjugal au nom de principes religieux qui donnent sens à sa vie. Vous en dire plus serait déflorer l’histoire…

 

Ce roman, signé Acton Bell, a fait scandale dès lors qu’on a appris la véritable identité de son auteure. Il s’agit en effet d’une œuvre fort audacieuse, surtout de la part d’une femme.Tout d’abord, les positions d’Anne Brontë sont clairement féministes ; Helen Graham remet en cause les rôles homme/femme, immuables dans l’Angleterre victorienne ; elle souhaite aussi une éducation moins différenciée entre les filles et les garçons et revendique pour la femme le droit au bonheur conjugal. La dame du manoir va même jusqu’à défendre le célibat, préférable à un mariage d’intérêt et sans affinités entre les partenaires. Cette position est inconcevable dans une société très conservatrice où la vieille fille est méprisable, voire suspecte. C’est bien la solitude et la liberté apparente d’Helen qui attirent sur elle le scandale. Elle gagne sa vie comme peintre après avoir quitté son mari ; c’est donc une femme en rébellion contre les lois sociales. Ce personnage est d’ailleurs jugé par la critique littéraire comme dur et dépourvu des qualités agréables chez une femme. Pourtant Helen Graham ne manque pas de vertu, de générosité et de ferveur religieuse. Elle accomplit jusqu’au bout son devoir, quitte à risquer son bonheur terrestre.

 

D’autre part, ce roman comporte des scènes de tortures morales et de brutalités physiques jugées inconvenantes. Mais c’est surtout la peinture réaliste de la débauche qui choque les contemporains. Il est certain qu’Anne Brontë maîtrisait le sujet, puisqu’elle avait assisté à la lente déchéance de son frère Branwell, un artiste raté, alcoolique et opiomane.

 

Socialement en avance sur son temps, cette œuvre a donc été jetée aux oubliettes après un premier mouvement de curiosité. C’est grand dommage, car le roman est un véritable chef d’œuvre. Le style en est limpide ; le réalisme des personnages et de l’atmosphère permet de s’immerger immédiatement dans le récit. La progression dramatique est implacable, au point qu’il est très difficile d’interrompre la lecture malgré les 560 pages. Jusqu’au bout, le suspense est maintenu et on partage la fébrilité de Gilbert Markham quant à ses retrouvailles avec la belle dame.

 

Si vous aimez les sœurs Brontë, ne passez pas à côté de cet extraordinaire roman qui se dévore littéralement. Comme ses sœurs dans « Jane Eyre », « Le professeur » ou « Hurlevent », Anne a mis dans ce roman un peu d’elle-même et beaucoup de l’univers tourmenté de la famille Brontë.

Critique libre: LA DAME DU MANOIR DE WILDFELL HALL (Anne Brontë)
Publié par FIRMIN ET FLO sur
Publié dans : #chez les victoriens, #famille bronte, #quiz et jeux

Janvier peut s'avérer sinistre, surtout si comme Firmin et moi vous habitez dans une ville éternellement grise et battue par les vents ... Mais ce n'est rien comparé aux landes du Yorkshire qui ont vu naître les soeurs Brontë.

Pour bien commencer l'année, on vous propose un quiz sur l'univers sombre ces femmes écrivains: à vos claviers, direction Hurlevent!

POUR JOUER, CLIQUEZ AU BAS DE CET ARTICLE.

 

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Anne, Emily et Charlotte Brontë, peintes par leur frère Branwell qui a volontairement effacé son image - on devine encore une silhouette du jeune homme au milieu de la toile.

Anne, Emily et Charlotte Brontë, peintes par leur frère Branwell qui a volontairement effacé son image - on devine encore une silhouette du jeune homme au milieu de la toile.

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