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Lesmillefeuillesdefirmin.overblog.com

Un blog littéraire. Au programme: plein de lectures, un peu d'art et d'histoire!

Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #romans, #toutes les critiques litteraires

Un roman picaresque savoureux et plein d’humour

 

Lorsqu’un hobereau gallois, misanthrope et hypocondriaque entame un tour de la Grande-Bretagne, cela donne l’un des récits les plus hilarants d’Outre-Manche!

Notre héros, c’est Matthew Bramble, quinquagénaire épris de solitude, mais qui sous des dehors excentriques dissimule un cœur d’or et beaucoup de droiture morale. Hélas, durant ce voyage, la patience du gentilhomme sera mise à rude épreuve. C’est qu’il ne part pas seul. Entre sa sœur acariâtre, son godelureau de neveu et sa nièce exagérément romanesque, Bramble ne peut jouir pleinement de ses cures thermales. Sans compter les embarras des hôtels, l’agitation des villes et l’insécurité qui règne sur les routes ! Ce périple nous conduit en effet du pays de Galles aux Highlands écossais, via Londres et les villes d’eaux anglaises. Cette œuvre a souvent été qualifiée de picaresque. C’est un voyage riche en péripéties et ponctué de figures colorées, tel Obadiah Lismahago, lieutenant qui a vécu parmi les sauvages d’Amérique, ou encore Humphry Clinker, un valet ramassé dans le ruisseau mais qui jouera un rôle essentiel dans l’expédition des Bramble.

Comme souvent au XVIIIème siècle, il s’agit d’un roman épistolaire où les lettres de la joyeuse famille nous sont livrées telles quelles, avec leur vision toute personnelle du monde… et même leurs fautes d’orthographe. Ce voyage est aussi l’occasion de critiquer les mœurs du temps, car c’est sous le patronage de Hogarth, peintre et caricaturiste anglais, que se place le romancier. Comme lui, il fait œuvre de moraliste sans jamais se départir de son humour bon enfant. Tous les aspects de la société britannique au XVIIIème siècle sont ainsi envisagés. En compagnie de la famille Bramble, le lecteur assiste à une tea party dans un salon élégant de Londres, avant de se promener au Vauxhall, puis de se mêler à la foule des vacanciers de Bath. Mais si Liddy, la nièce de Bramble, s’émerveille de toutes ces nouveautés, Matthew, lui, porte souvent un regard désabusé sur le monde qui l’entoure. Aigreur du vieil âge ou lucidité de l’auteur lui-même ? C’est en tout cas une œuvre qui donne à réfléchir sans jamais renoncer à divertir. Smollett nous ménage bien des surprises car à la satire sociale se mêle une intrigue amoureuse – celle de Liddy et de l’aventurier Wilson -, ainsi qu’un secret de famille dont le dénouement du récit livrera la clef.

Connaissez-vous Tobias Smollett (1721-1771) ? C’est l’un des plus grands romanciers anglais du XVIIIème siècle. Son style ironique, son humour plein de fantaisie ont inspiré William Thackeray, père de « Barry Lyndon » et de « La foire aux vanités ».

Critique libre: L'EXPEDITION DE HUMPHRY CLINKER (Tobias Smollett)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #chez les victoriens

Connaisez-vous le Balzac d'Outre-Manche?

 

« J’ai voulu montrer les résultats de la faiblesse et de la folie - de ce genre de faiblesse et de folie qui est le plus répandu parmi nous. ». Ainsi s’expliquait Anthony Trollope en 1859, dans l’épilogue des « Bertram ». Ce roman grandiose retrace les destins de quatre jeunes gens, tous plus ou moins apparentés à l’oncle Bertram, un vieillard millionnaire. C’est une histoire de famille, d’amour, d’argent et d’ambition. Chacun des protagonistes a sa propre conception du bonheur, mais tous s’en éloignent en commettant des erreurs liées à leurs passions ou à un manque de discernement. Ainsi George Bertram, jeune premier du roman, est victime de son idéalisme et de son amour-propre. C’est aussi par orgueil que Caroline Waddington repousse son fiancé alors qu’il est son unique amour. Pour Henry Harcourt, brillant avocat, la passion dominante est l’ambition, mais son désir de s’élever révélera sa cupidité sans limites. Quant à Arthur Wilkinson, cousin de George, la soumission dont il fait preuve envers sa mère le condamne pour longtemps au célibat. Il va de soi que tous ces personnages sont liés par des relations affectives ou familiales. Autour d’eux gravite une foule de figures secondaires –vieilles filles naïves, militaires désargentés, veuves en quête de mari – qui animent la société provinciale de Littlebath. Mais le roman nous entraîne aussi à Londres et plus loin, jusqu’à Jérusalem et au Caire! Nos héros parviendront-ils à se faire une place au soleil ? A qui profitera le testament de l’oncle Bertram ?

Dans ce roman, très abouti et d’une rare intensité dramatique, Anthony Trollope donne toute la mesure de son talent. On sent que c’est une œuvre de maturité, nourrie des expériences parfois amères de l’auteur. Trollope y partage aussi des impressions de voyage. D’ailleurs il n’hésite pas à interpeler directement le lecteur, à le prendre par la main pour l’emmener à la rencontre de ses personnages. Et ça marche ! Grâce à cette narration toute personnelle, on est captivé de la première à la dernière page ! C'est aussi dû à la trame très resserrée de l’intrigue et à la finesse des analyses psychologiques. Prenons George Bertram senior, cet avare riche comme Crésus. Il semble de prime abord froid et antipathique, mais au fil des pages on découvre qu’il possède une personnalité bien plus complexe, et c’est ce qui lui donne du relief aux yeux du lecteur. Le saviez-vous ? Anthony Trollope est l’un des plus brillants et des plus prolifiques écrivains d’Outre-Manche, à l’égal de Dickens ou des sœurs Brontë. Pourtant son œuvre est bien méconnue en France. Alors lisez ses romans et faites-les partager à vos proches ! Ils en valent très largement la peine. A ce jour, difficile de se procurer "Les Bertram" en français autrement que sur Kindle; mais il est également possible de le lire ou de le faire imprimer sur le site de Gallica.

Critique libre: LES BERTRAM (Anthony Trollope)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #chez les victoriens, #terreurs et revenants

Laisse dormir les morts!

 

Qu’y a-t-il dans l’au-delà et que deviennent les défunts ? Personne n’est revenu pour nous le dire… Jusqu’à ce jour de juillet 1875 où la petite ville de Semur, en Bourgogne, devient le théâtre d’étranges évènements. D’abord la nuit en plein jour, puis une brume épaisse, une impression de cohue là où tout semble désert et pour finir une force irrésistible qui pousse les habitants à abandonner leurs maisons. Les voilà expulsés de la ville sans espoir de retour ; mais par qui ? A ce stade je peux vous révéler sans crainte d’émousser votre curiosité que ces envahisseurs sont … les morts ! Il faut dire que cette bourgade provinciale souffre du grand mal français: l’incroyance. Cette fois les habitants sont allés trop loin. Non seulement ils vouent un culte à l’argent et manquent la messe, mais ils se mettent à blasphémer et vont jusqu’à fermer la chapelle de l’hôpital au nom du repos de malades ! Les morts de retour sur terre sauront-ils convertir ces esprits forts? L’histoire est racontée à tour de rôle par plusieurs Semurois témoins des événements. Il y a d’abord le maire, Martin Dupin, homme satisfait et respectable, bien qu’un peu trop cartésien. Puis ce notable donne la parole à son épouse, à sa mère, à un visionnaire et à un aristocrate local. Chaque narrateur donne son point de vue et révèle dans son rapport un peu de sa personnalité. Ainsi la tonalité du livre est tantôt grave et émouvante, tantôt comique.

Ce petit roman victorien apparaît d'abord comme une satire de la France de la IIIème République, pays des libres penseurs, pays de la laïcité. On sait que Mrs Oliphant, de nationalité britannique, a fait un voyage en Bourgogne, région dont l’architecture médiévale l’a inspirée pour sa description de Semur (serait-ce Semur-en-Auxois?). Mais la réflexion est ici plus vaste, voire métaphysique: elle porte sur les sociétés modernes en général, sur leur matérialisme, leur manque de spiritualité; elle aborde ces questions existentielles qui nous viennent à tous aux moments de solitude et d’angoisse. Même face à des signes irréfutables, certains Semurois refusent de croire et, lorsqu’ils retrouvent leurs proches défunts, beaucoup se cachent les yeux par peur. L’auteure a probablement été marquée par sa propre expérience du deuil, ayant perdu son jeune mari, puis sa fille âgée de dix ans. C’est pourquoi le retour de la petite Mary, enfant défunte du couple Dupin, est très émouvant dans le roman.

J’ai surtout apprécié l’originalité de Mrs Oliphant, son fantastique rien moins que conventionnel. Ici les revenants n’apparaissent pas aux vivants et ne leur parlent pas. Pourtant leur présence est tellement réelle qu’elle donne le frisson. Ce sont des sensations vagues, des objets qui changent de place, des échos, un brouillard envahissant, autant de signes annonciateurs qui insufflent l’effroi au fil des pages. Cette œuvre, publiée en 1880, est d’une grande modernité. Pour preuve, le scénario proposé ici est encore souvent exploité au cinéma – « Les Revenants », ça vous dit quelque chose ?

Critique libre: LA VILLE ENCHANTEE (Margaret Oliphant)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #un peu d'histoire

Ce qu'il faut savoir sur le conflit le plus meurtrier de l'histoire

 

Un énième livre sur la 2ème Guerre ? Non, mais une synthèse très claire, sous forme de dialogue, qui tente de répondre à toutes les questions que se poserait un adolescent à ce sujet. Pourquoi parle-t-on tellement de cette guerre ? Les nazis ont-ils été les seuls à commettre des crimes? Comment des hommes ordinaires sont-ils entrés dans la Résistance? Et qu'est-ce qui a permis la victoire finale des Alliés? En réalité, c’est aussi une excellente entrée en matière pour les adultes ! Le conflit y est abordé de manière à la fois chronologique et thématique, selon le plan suivant:

Chapitre 1_ D’une guerre à l’autre. L’auteur explique la spécificité de cette guerre, par comparaison avec la 1ère , et montre que c’est la crise de l’entre-deux-guerres qui a conduit à un nouveau conflit (crise économique , montée des nationalismes, des totalitarismes, impuissance des pacifistes).

Chapitre 2_ La conquête (1939-1942). Sont ici abordées les alliances initiales, les forces en présence – avec leurs atouts techniques respectifs-, l’invasion de la Pologne, la « drôle de guerre », puis la Blitzkrieg, la défaite française et le bombardement systématique des villes britanniques. A partir de 1941, la guerre s’étend en Méditerranée, dans les Balkans et en URSS avec l’opération Barbarossa, grâce à l’aide des pays pronazis comme la Finlande ou la Roumanie.

Chapitre 3_ Une guerre mondiale. La guerre ne se limite pas à l’Europe : dès 1937 le Japon mène une guerre expansionniste en Chine, puis dans le Pacifique. Cela mène à l’entrée en guerre des USA suite à  l’incident de Pearl Harbor. Les combats se déroulent désormais sur 4 continents et en impliquent 5 ! Dès 1942, les Alliés luttent pour une capitulation sans condition de l’Axe, envisagent une charte des Nations Unies et prévoient de confronter leurs ennemis à une justice internationale.

Chapitre 4_ Des crimes de masse. Dans ce chapitre sont expliquées les notions de crime de guerre et de crime contre l’humanité. Même si Japonais et Soviétiques n’ont pas été en restes, les méfaits des nazis sont les plus connus  (répression policière, camps de concentration pour les ennemis politique et de race, solution finale appropriée aux juifs). Les meurtres de masse nazis– auxquels a participé la Wehrmacht- ont particulièrement touché la Pologne, les Balkans et les « terres de Sang » de l’URSS, en raison d’une idéologie anti-judaïque, antibolchévique et anti-slave. En comparaison, la France est relativement épargnée, tout comme les pays considérés comme germaniques. Ces crimes ont permis au Reich de stimuler son économie de guerre (pillage, travail forcé).

Chapitre 5_ Collaborer, résister, survivre. Quels sont les différents degrés de la collaboration et quelles motivations ont poussé les Européens à collaborer ? Les collaborationnistes purs et durs – comme les légionnaires, ou les intellectuels nazis- sont une minorité alors que la masse populaire s’accommode de la présence de l’occupant par intérêt ou simplement pour subsister. Mais la collaboration d’Etat est celle qui a le plus d’impact. H. Rousso évoque également les différentes formes de résistance (protection des juifs, réseau de sabotage, maquis, FFL), non seulement en France, mais aussi en URSS, Norvège, Allemagne, Hollande et Chine !

Chapitre 6_ Une guerre totale. Dans ce conflit, la distinction entre civils et militaires s’effacent et chaque membre de la société, chaque secteur d’activité est concerné par la guerre. Le chapitre aborde la conscription, le rôle des femmes, les usines de guerre, le martyr des enfants et la force de la propagande.

Chapitre 7_La reconquête (1942-1945). 1942 est l’année tournant : tandis que la contre-offensive américaine est lancée dans le Pacifique à partir de Midway, l’Axe est en difficulté dans l’Atlantique, en Afrique et en Russie - où l’Armée rouge s’impose par la suite à Stalingrad. Grâce aux débarquements de 1943-1944, la France est libérée (l'auteur insiste bien sur les moyens déployés pendant l'opération "Overlord"). L’Allemagne est alors prise en tenailles, tandis que ses villes sont massivement bombardées. Même s’il renforce son exploitation des pays occupés, le Reich atteint les limites de la guerre totale. L’Armée rouge met Berlin à sac. Puis les Américains ont recours aux bombes atomiques contre le Japon. Autant de crimes de guerre minimisés après 1945 par les Alliés. Pour l’heure, ces derniers préparent l’après-guerre grâce à une série de conférences (Téhéran, Yalta, Potsdam).

Chapitre 8_ Après la catastrophe. La libération de l’Europe, c’est la liesse, mais aussi des scènes de cauchemar lors de la découverte des camps. Le bilan humain atteint un niveau sans précédent (50 millions), avec un taux anormal de victimes civiles (près des 2/3). L’auteur évoque les chiffres pour chaque pays, en les expliquant. Les déplacements de population sont aussi une tragédie. Quant aux conséquences diplomatiques (guerre froide, ONU, déclaration universelle des droits de l’homme, construction européenne, tensions sino-japonaises…) , elles ont encore des répercussions de nos jours.

Ainsi en 130 pages, le lecteur apprend l’essentiel sur cette période noire de l’histoire mondiale. Les explications sont claires mais néanmoins rigoureuses. Comme la plupart des titres de la collection « Expliqué aux enfants », cet ouvrage s’avère une réussite, car il fait appel à un grand spécialiste de la période, Henry Rousso, connu pour ses publications sur Vichy et sur la France occupée. Un livre indispensable à lire et à faire lire aux jeunes dès la 3ème.

Critique libre: LA SECONDE GUERRE MONDIALE EXPLIQUEE A MA FILLE (Henry Rousso)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #un peu d'histoire

L’essentiel pour mieux comprendre le génocide juif

 

Difficile de faire comprendre à un enfant les horreurs de la Shoah. C’est pourtant l’objectif que s’est fixé Annette Wieviorka, fille et petite-fille de Juifs polonais déportés pendant la guerre. A travers un dialogue avec sa propre fille, l’historienne aborde les différents aspects de l’holocauste, de la Nuit de Cristal à la Solution finale, en passant par les ghettos et les conditions de détention dans les camps de concentration. L’auteure y explique la formation de l’antisémitisme en Allemagne, mais aussi en Europe, d'où la collaboration internationale qui a permis de recenser, identifier et "rafler" des millions de juifs sur tout le continent. Sont également évoqués des aspects moins connus, comme la résistance à la politique d’extermination nazie par les civils et par les déportés eux-mêmes. Ce n’est donc pas un livre traitant uniquement d’Auschwitz, bien que le fonctionnement de ce centre d’extermination soit au cœur de la réflexion.

Grâce à cette petite collection ingénieuse, les meilleurs spécialistes mettent leurs connaissances –historiques, économiques ou scientifiques- à la portée de tous, et notamment des adolescents. Pour moi, le pari est réussi. L’ouvrage d’Annette Wieviorka est une mise au point limpide sur la Shoah, une synthèse qui présente l’essentiel et donne envie d’approfondir ses connaissances sur le sujet. La forme choisie - celle d'une discussion en apparence informelle - ne nuit en rien au caractère sérieux de l'ouvrage. De plus, c’est un livre très abordable pour les jeunes de plus de 12 ans.

Critique libre: AUSCHWITZ EXPLIQUE A MA FILLE (Annette Wieviorka)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #un peu d'histoire

Pour en finir avec les clichés moyenâgeux

 

Le Moyen Age a longtemps été vu comme un âge barbare; en témoigne le terme "moyenâgeux", synonyme d'obscur, voire d'obscurantiste. Dans ce livre de vulgarisation historique, Jean Verdon se propose de rendre justice à ces 1000 ans qui ont fait notre histoire en évoquant les difficultés de la vie médiévale, mais aussi les bienfaits de cette période. Chaque chapitre est consacré à un thème envisagé de manière dialectique (limites, puis apports du Moyen Age dans ce domaine).

Voici le sommaire :

1. Le cadre

2. Manger

3. Se soigner

4. L’Eglise

5. Les faibles

6. Des puissants trop souvent caricaturés

7. Les femmes

8. La violence

9. Une intolérance « à chronologie variable »

10. Se distraire

 

Si les seigneurs féodaux semblaient parfois cruels et cupides, il n'en est pas moins vrai qu'ils ont structuré les campagnes en Occident. Certes les populations subissaient des famines, mais ces phénomènes ponctuels n'empêchaient pas les hommes du Moyen Age de connaître souvent l'abondance, surtout à partir du XIème siècle grâce aux progrès agricoles. On s’est plu à dénoncer le fanatisme et la corruption de l’Eglise médiévale, mais il ne faut pas oublier l’œuvre sociale de cette institution: le clergé a été le premier recours des pauvres et des malades à une époque où il n’existait ni allocations ni hôpitaux publics! Quant à l’Inquisition, elle a été, au moins jusqu’au XIVème siècle, plutôt modérée, n’utilisant bûchers et tortures qu’en dernière instance. Le Moyen Age n’était pas cet âge triste qu’on s’imagine souvent: les gens aimaient à se divertir, à se défouler, et les jours chômés (religieux) ne manquaient pas ! Ce sont ces clichés et bien d’autres que Jean Verdon décide de réexaminer pour nous livrer une vision plus nuancée de l’histoire médiévale. Selon lui, il ne faut pas juger cette période avec notre sensibilité d’hommes du XXIème siècle ; gardons-nous aussi d’envisager le Moyen Age comme un bloc, puisque en dix siècles les évolutions ont été nombreuses. Si la violence, les privations et les superstitions étaient le lot de nos ancêtres, ils ont aussi bâti des cathédrales et forgé une culture chrétienne et chevaleresque qui nous a profondément influencés. La civilisation européenne n’a donc pas attendu la Renaissance pour brusquement émerger de l'ombre…

Jacques Verdon a publié plusieurs livres portant sur la culture et les mentalités médiévales, dont « Voyager au Moyen Age », « La Nuit au Moyen Age », « Les loisirs au Moyen Age »... Cet ouvrage est très agréable à lire par la diversité des thèmes abordés. De plus l’auteur rapporte des anecdotes piquantes et laisse par moment la parole aux chroniqueurs de l’époque pour redonner vie à ces hommes du Moyen Age. C’est une bonne approche générale de la période, mais on n’y trouvera pas d’étude approfondie sur un sujet précis. Pour prolonger la réflexion et s’informer davantage, il faudra consulter des ouvrages plus spécialisés.

Critique libre: LE MOYEN AGE, OMBRES ET LUMIERES (Jean Verdon)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #terreurs et revenants, #contes et nouvelles, #chez les victoriens

Des fantômes sous le sapin!

Pour petits et grands, la nuit de Noël est un moment magique. Il flotte alors comme un parfum de surnaturel et les frontières entre le visible et l’invisible semblent pour un instant vaciller. Chez nos voisins d’outre-Manche, la « ghost story » que l’on se raconte le soir du réveillon est une tradition bien ancrée ; il existe même des publications spécial Noël qui mettent à l’honneur les fantômes. Ainsi le fameux hebdomadaire de Dickens, « All the Year Round », rassemble chaque année les meilleures nouvelles fantastiques de ses contemporains à l’occasion du réveillon. C’est dans cette tradition anglo-saxonne qu’a puisé Xavier Legrand-Ferronnière pour composer son anthologie. Douze récits nous sont ainsi proposés, douze histoires où les revenants, au grand désarroi des vivants, se mêlent aux festivités de Noël.

Dans la première nouvelle, « Interruption de service » (Marjorie Bowen), on assiste à une apparition insolite dans l’Auberge des Souhaits, par une nuit neigeuse de Noël. C’est aussi une ombre du passé qui se manifeste dans la bibliothèque du révérend Batchel; le saint homme se voit alors chargé d’une mission pour le moins inhabituelle
 (« Os de ses os » d’E. G. Swain).


Les facéties des fantômes sont parfois envisagées avec humour. Ainsi dans « Le fantôme aquatique de Harrowby Hall » (John Kendrick Bangs), le maître des lieux décide de jouer un mauvais tour à un revenant encombrant. De même dans « Les fantômes de Grantley » (Leonard Kip), les spectres sont traités de façon plutôt cavalière. Un baronnet reçoit à chaque Noël la visite de deux gentilshommes du XVIIème siècle qui prétendent être les vrais propriétaires du château. Colérique, notre homme leur jette chaque année un volume à la tête, jusqu’au moment où il découvre leur secret. Dans « La malédiction des Catafalque » (F. Anstey), la suffisance et la lâcheté du narrateur prêtent à rire: sera-t-il prêt malgré tout à affronter la malédiction de la chambre grise pour épouser une riche héritière ?

Mais dans les autres récits, les revenants inspirent plutôt l’effroi. « L’avertissement à Hertford O’Donnell » (Mrs J-H Riddell) met en scène un spectre du folklore irlandais: la « banshee ». Celle-ci apparaît sous les traits d’une femme éplorée à tous ceux qui vont bientôt connaître le deuil, et même le docteur O’Donnell, matérialiste débauché, ne peut échapper à cette sinistre prémonition.

Dans « Sir Philip fait sa cour » (Mary E. Braddon), récit qui se déroule sous Charles II, l’ombre d’un mari assassiné hante son meurtrier, peut-être pour l’avertir de sa destinée fatale. Dans « Qu’était-il ? » (Theo Gift), la vengeance se fait plus explicite : le mari trompé vend son âme au diable pour jouir de l’immortalité et exercer des représailles tous les sept ans sur une jeune femme innocente.

Mais la terreur est encore plus palpable lorsqu’elle s’ancre dans le quotidien. Ainsi, dans « Smee » (A. M. Burrage), l’une des nouvelles les plus effrayantes du recueil, des amis organisent une partie de cache-cache dans une vieille demeure, avant de découvrir qu’un intrus s’est glissé parmi eux… A. N. L. Munby évoque lui aussi un « Jeu de Noël » qui tourne mal : que faire lorsqu’une histoire d’horreur, racontée pour le réveillon au coin du feu, devient progressivement réalité ?

Le recueil comporte deux nouvelles inclassables où l’on ne croise pas de fantômes au sens habituel du terme. Dans « Transition », Algernon Blackwood décrit l’expérience d’un homme ordinaire qui passe dans l’au-delà sans même s’en douter. Quant à « L’ombre » (Edith Nesbit), « ce n’est pas une histoire de fantôme artistiquement peaufinée. Rien n’y est expliqué, et il ne semble pas qu’il y ait de sens à ce qui s’est produit. » C’est l’histoire d’une présence impalpable qui hante la maison d’un couple en apparence heureux…

Cette anthologie contient de vrais petits bijoux de la littérature fantastique. Tous sont d'une qualité exceptionnelle et à ma connaissance inédits en français! On y retrouve les signatures de victoriennes célèbres - comme Mary Elizabeth Braddon ou Charlotte Riddell - et d’auteurs moins connus mais talentueux, ayant publié entre 1860 et 1950. Les notices biographiques et bibliographiques en fin d’ouvrage permettent d’en savoir plus à leur sujet. Voilà donc un cadeau idéal pour un Noël plein de mystère et de frissons !

Critique libre: HISTOIRES DE NOEL (Anthologie)

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Rédigé par Bianca Flo

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