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Lesmillefeuillesdefirmin.overblog.com

Un blog littéraire. Au programme: plein de lectures, un peu d'art et d'histoire!

Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #terreurs et revenants, #romans

Naissance du roman gothique

 

Les romans d'Ann Radcliffe rencontraient de son temps un si vif succès que Jane Austen en a fait un pastiche dans "Northanger Abbey". C’est que Mrs Radcliffe a créé – au même titre que ses collègues Mary Shelley et Horace Walpole – un genre littéraire nouveau, le roman gothique.

A ce titre, « Les mystères d’Udolphe » (1794) sont une œuvre exemplaire. Tout commence en Gascogne, à la fin du XVIème siècle. L’héroïne, Emilie de Saint-Aubert, est une jeune orpheline séparée de son fiancé par Montoni, un oncle machiavélique et italien de surcroît. Pour faire main basse sur l’héritage de sa nièce, l’intrigant l’emmène dans son château d’Udolphe, situé dans les Apennins. L’auteure nous décrit alors une architecture sombre mais grandiose, bâtie à flanc de montagne et dominant de terrifiants précipices boisés. De quoi ravir les âmes romantiques ! Pourtant Emilie ne profite guère du paysage ; d’abord parce qu’à peine arrivée, elle est consignée dans une chambre sinistre, où elle ne se sent guère en sécurité; et puis elle ne tarde pas à faire de macabres découverte dans les dédales d'Udolphe. A la nuit tombée, les couloirs résonnent de bruits de pas et de soupirs: serait-ce l’ancienne propriétaire mystérieusement disparue, qui hante les lieux ? Mais d’où vient cette mélodie gasconne qu’Emilie entend chaque soir de sa fenêtre ? Et qui sont ces cavaliers aux allures de brigands qui cernent le château ? Malgré sa terreur croissante, la jeune fille projette une évasion avec la complicité d’Annette, sa femme de chambre. Une entreprise risquée, d’autant plus que les habitants se préparent à soutenir un siège. Emilie pourra-t-elle échapper à son geôlier, retrouver le beau Valancourt et résoudre les mystères d’Udolphe ?

Ce récit, riche en péripéties, entraîne le lecteur de châteaux en monastères, en passant par Venise - où Montoni s’adonne à la débauche. "Une visite au Mont-Saint-Michel, écrit Théophile Gautier, est un plaisir du même genre que celui qu’on prend à lire un roman d’Ann Radcliffe. Vous montez, vous descendez, vous changez à chaque instant de niveau, vous suivez des couloirs obscurs (…) sous ces ogives où semblent s’accrocher de leurs ongles les chauves-souris de Goya". Si tous les romans d’Ann Radcliffe sont empreints de surnaturel, ils présentent tous aussi des explications rationnelles qui réduisent la part de mystère, et c’est ce en quoi résident peut-être leurs limites. J’ai regretté aussi le dénouement un peu artificiel, car Emilie parvient toujours à se tirer de situations inextricables grâce à d’heureuses coïncidences. Quoi qu’il en soit, l’imagination de Mrs Radcliffe, son sens de la nature et des ruines, son goût pour un passé pittoresque –ici la Renaissance – ont été unanimement salués par la critique. Cette femme écrivain, à l’existence plutôt ordinaire, exercera une grande influence surla génération romantique. Deux ans après la publication des « Mystères d’Udolphe » paraît « Le moine » de Matthew G. Lewis, un roman infiniment plus terrible qui représente l’apogée du romantisme noir.

Critique libre: LES MYSTERES D'UDOLPHE (Ann Radcliffe)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #terreurs et revenants, #chez les victoriens, #contes et nouvelles

La valse des enfants disparus

En littérature fantastique, le spectre enfantin est sans doute la plus effrayante des apparitions. Peut-être parce que le monde des ténèbres offre un contraste choquant avec l’innocence généralement attribuée à l’enfant; peut-être aussi parce que le fantôme enfant est porteur d’une tragédie, celle d’une vie tranchée trop tôt, parfois dans des circonstances mystérieuses. Il arrive que le petit revenant hante les lieux de son décès pour culpabiliser ses bourreaux, mais c’est le plus souvent une jeune âme perdue, trop effrayée pour dénouer les liens qui la retiennent sur terre.

Les nouvelles rassemblées ici par Xavier Legrand-Ferronnière ont été écrites entre 1860 et 1930 ; elles nous viennent de Grande-Bretagne, cette patrie de la « ghost story », mais aussi des Etats-Unis. Dix histoires et autant de cris de l’âme…

Dans « Un petit fantôme » (Hugh Walpole), un homme ravagé par la disparition de son meilleur ami fait une rencontre d’outre-tombe plutôt réconfortante. Il en va de même dans « Le Fauteuil à bascule » (Oliver Onions) où un bébé peut-être imaginaire devient la raison de vivre d’une vieille dame. Quant aux fantômes d’A.M. Burrage, ils tiennent lieu de « Camarades de jeu » à une fillette solitaire.

Mais les spectres d’enfants témoignent aussi d’histoires douloureuses qu’ils ne parviennent pas à surmonter dans l’au-delà. Ainsi « Le Fantôme perdu » (Mary Eleanor Wilkins-Freeman) relate un cas de maltraitance particulièrement cruel. Dans « L'Intercesseur » (May Sinclair), un locataire se voit entraîné dans le passé sordide de ses logeurs et permet à une fillette décédée de se réconcilier avec ses parents.

C’est encore pour retrouver sa mère que le spectre de « La porte ouverte » (Margaret Oliphant) hante le domaine de Brentwood; sa persécution mènera le fils des nouveaux locataires au seuil de la folie. Dans « Le Grenier » (Algernon Blackwood), il s’agit au contraire d’une jeune âme en paix qui vient rassurer sa mère et … son chat.

La tonalité est très différente dans « L’enfant de la pluie » (Elia Wilkinson Peattie), récit étonnamment moderne: alors que sa fiancée vient de le quitter, un contrôleur voit le spectre d’une fillette apparaître et disparaître dans le tramway, comme une prémonition sinistre. Dans « Le Fantôme de Kentucky » (Elizabeth Stuart Ward), le revenant se fait franchement menaçant: séparé à jamais de la vieille mère qui l’attend au pays, le jeune mousse hante le navire de son assassin pour prendre sa revanche.

Dernière nouvelle du recueil, « Les pirates » d’Edward F. Benson est peut-être aussi la plus subtile, car les apparitions qui s’y manifestent sont fruits de la nostalgie du héros. Vous y apprendrez que même un homme d'affaires pragmatique peut devenir sentimental lorsqu'il est visité par les spectres de son enfance.

Ces récits, encore inédits en français, sont tous d’une qualité remarquable et d'une grande force émotionnelle. Ils illustrent avec brio le fantastique anglo-saxon, alliant tradition et modernité. Malgré la variété des atmosphères, le recueil possède une véritable cohérence. Le fantôme y tient une place ambigüe, à mi-chemin entre le surnaturel et la psychologie tourmentée personnages. C'est que la plupart de ces petits spectres figurent les regrets, la frustration ou la culpabilité des adultes. Au thème de l’enfant est étroitement associé celui de la maternité, ou plus généralement celui de la famille. Ainsi, au-delà des conventions du genre, ces « ghost stories » poignantes offrent une réflexion sur la fragilité de l’enfance et sur l’amour qui triomphe de la mort.

Critique libre: LA PORTE OUVERTE, histoires de fantômes d'enfants (Collectif)
Publié par Firmin et Flo sur
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Anatomie de la bataille médiévale

 

27 juillet 1214 dans la plaine de Bouvines, en Flandre. C’est un dimanche, jour mal choisi pour se battre. Pourtant Philippe Auguste, roi très sacré, se prépare à affronter les ennemis de l’Eglise et de la France. C’est qu’après avoir ravagé les terres du comte de Flandre, les Français se trouvent pris au piège entre un pont et des marécages. Face à eux, un empereur excommunié, des nobles félons, des mercenaires et autres réprouvés qui encourent le courroux divin. Mais comment guerroyait-on au XIIIème siècle ? Et en quoi la victoire de Bouvines a-t-elle été décisive pour le royaume ?

Dans cet extraordinaire ouvrage publié en 1973, Georges Duby, historien des Annales, prouve qu’il sait tirer profit de « l’histoire bataille ». Pour lui un tel évènement est révélateur des structures profondes de la société médiévale: pratiques militaires (art de la guerre et ses innovations), structures politiques (impliquant la propagande et le sacré), mais aussi structures mentales (avec la formation de l’idéologie chevaleresque, basée sur l’honneur et la prouesse).

Duby commence par évoquer ses sources et ses objectifs, puis, tel un metteur en scène, il plante le décor et présente le casting, avec dans les rôles principaux Philippe Auguste, l’Empereur Othon 1er, Renaud comte de Boulogne et Ferrand de Flandre. Les motivations de chaque protagoniste sont exposées au regard du contexte historique. Ça y est, la bataille peut commencer ! Duby donne la parole à un confrère du XIIIème siècle, Guillaume le Breton, chapelain présent à Bouvines aux côtés du roi de France. La voix de ce chroniqueur nous entraîne au plus près des combats dans une atmosphère enfiévrée; elle restitue le bruit et la fureur des guerriers en quête de prouesses. Dans la confusion des mêlées, chacun tente de désarçonner les chevaliers adverses, de capturer hommes et chevaux. La plaine résonne de cris, de prières, les surcots ornés d’armoiries sont déchirés et les épées dégoulinent de sang. Il faut surtout sa garder de la « piétaille », ces fantassins méprisables qui harponnent les chevaliers à l’aide de crochets et visent les interstices des cottes de mailles. Philippe Auguste lui-même est jeté bas de son cheval et manque de périr égorgé. Mais lorsque l’empereur Otton tourne bride, la bataille est bel et bien finie. Elle aura duré tout au plus 3 heures. L’armée du roi de France a capturé des centaines de nobles, mais peu de chevaliers sont morts. C’est que la bataille du XIIIème siècle est très éloignée des clichés ressassés dans les romans et les films.

Les commentaires de Duby sont à ce sujet très éclairants. Ils distinguent les trois grands aspects de l’art militaire médiéval: tournoi, guerre et bataille. Pratique éminemment chevaleresque, le tournoi n’est pas encore, vers 1200, cette joute ordonnée popularisée par le cinéma. C’est une activité d’équipe, très brutale, où tous les coups sont permis pour s’emparer des biens de son adversaire. Le tournoi a pour fonction de canaliser la violence des jeunes et de compenser la monotonie des guerres de ce temps-là. Alors que la guerre médiévale est pour nous synonyme de barbarie, Duby nous explique qu’elle n’était en réalité qu’une chasse au butin, codifiée et prudente, un rituel saisonnier destiné à maintenir les seigneurs féodaux dans leur bon droit et à les enrichir si possible. On assiégeait les places fortes, on pratiquait razzias et enlèvements d’otages ; mais bien rares étaient les batailles. Selon Georges Duby, la bataille médiévale était même l’inverse de la guerre, à savoir une procédure de paix. Décisive, elle exprimait en quelque sorte un Jugement de Dieu, une issue définitive; mais les belligérants ne s’y risquaient que très exceptionnellement. Et même sur le champ de bataille, les chevaliers devaient respecter une certaine éthique : combattre loyalement, utiliser des armes « nobles » – comme la lance et l’épée -, ne pas tuer les chevaux de l’adversaire et épargner la vie des pairs. Le chevalier vaincu est fait prisonnier, mais on n’attente pas à sa vie – presque tous les nobles morts à Bouvines ont été tués par accident. L’auteur insiste aussi sur les évolutions militaires du XIIIème siècle : un recours de plus en plus massif à la monnaie et donc aux mercenaires (avec les dangers que ça comporte pour les populations civiles), un armement chevaleresque plus sophistiqué qui réduit les risques et excite la témérité, un rôle croissant des armées communales pourtant méprisées par les nobles.

La 3ème partie de l’ouvrage concerne la mémoire de l’évènement, la construction de la légende de Bouvines et sa réutilisation au gré des péripéties politiques françaises. A la veille de la 1ère Guerre par exemple, le souvenir de cette victoire est réactivé pour exalter un patriotisme très hostile aux Allemands.

« Le Dimanche de Bouvines » est un livre de référence comme seul Duby savait en écrire: érudit et profond sur le plan historique, mais aussi passionnant qu’un roman d’aventures. Bref un ouvrage qui redonne goût à l’histoire !

Critiquelibre: LE DIMANCHE DE BOUVINES (Georges Duby)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #un peu d'histoire

La chevalerie expliquée par les plus grands médiévistes

Ce recueil d’articles publiés dans la revue « L’Histoire » met à contribution les meilleurs spécialistes de la chevalerie médiévale. Il aborde successivement la naissance de cette élite guerrière, l’équipement des chevaliers, leurs activités militaires, leurs rapports avec l’Eglise, puis la chevalerie rêvée, celle de la Table Ronde.

Apparus vers l’An Mil comme auxiliaires des seigneurs féodaux, les chevaliers se distinguent par des valeurs spécifiques (prouesse, largesse, loyauté), par un style de combat (charger à la lance, épargner la vie des pairs) et par des divertissements particuliers (chasse, tournois). Brutale et âpre au gain au XIIème siècle, la chevalerie devient cent ans plus tard une confrérie « civilisée », sous la double influence de l’Eglise et de la culture courtoise. Mais il s’agit désormais d’un groupe fermé qui se confond avec la noblesse, socialement et idéologiquement. Si à partir de la Renaissance la chevalerie décline sur le plan militaire, elle reste influente au niveau des mentalités : courtoisie et désintéressement sont des valeurs perpétuées par les gentilshommes au moins jusqu’au XIXème siècle.

Cet ouvrage s’organise en 4 grandes parties :

I- LA CHEVALERIE DE PIED EN CAP
° « Qu’est-ce qu’un chevalier ? » (entretien avec G. Duby) : dans cet article introductif, G. Duby évoque rapidement toutes les grandes problématiques concernant la chevalerie.

° « Et G. Duby inventa la révolution chevaleresque » (Patrick Bourdon) : où il est question de l’ascension sociale de la chevalerie entre le XIème et le XIIIème siècle.

° « Aux origines des armoiries » (Michel Pastoureau) : les armoiries sont nées dans les premières décennies du XIIème siècle, pour répondre à l’évolution de l’équipement militaire – un heaume qui dissimule le visage -, dans un contexte de réaffirmation du lignage. En moins de 200 ans, ces emblèmes s’étendent à toute l’Europe, à tous types de supports et gagnent progressivement différentes couches de la société (femmes, Eglise, bourgeoisie, corporations, villes…). A la suite de Chrétien de Troyes, on va même jusqu’à attribuer des armoiries imaginaires aux chevaliers de légende.

° « Du bon usage de la lance » (Jean Flori) : l’auteur explique que dès la fin du XIème, la lance est la caractéristique de la chevalerie et qu’elle impose un nouveau style de combat –le choc frontal -, mais aussi une évolution des armes défensives.

II- LES CHATEAUX, LES TOURNOIS ET LA GUERRE
° « Comment l’Occident s’est hérissé de châteaux » (Philippe Contamine) : l’auteur évoque l’évolution de l’architecture castrale, la diffusion des châteaux, ainsi que leurs fonctions et leur diversité à la fin du Moyen Age. Paradoxalement, alors que le XIème siècle est l’âge d’or des « châteaux » sur le plan militaire, ce n’est qu’aux XIIIème-XVème siècles que ces édifices prennent de l’allure et deviennent des attributs incontournables de l’aristocratie.

° « Autour de l’An Mil : guerres féodales et paix chrétienne » (Dominique Barthélémy). Cet article explique que la guerre féodale, souvent dramatisée par nos contemporains, avait en réalité des limites et un sens. Elle permettait de maintenir chaque suzerain ou vassal dans son bon droit, et de légitimer la domination/protection du seigneur sur ses vilains. Si barbarie il y a, elle s’exerce non pas entre chevaliers, mais à l’encontre des paysans de la seigneurie, au nom de la « vengeance indirecte ». La contrepartie en est l’ordre seigneurial et, de ce fait, une bonne mise en valeur des terres. A ces « guerres du dedans » répond la violence ecclésiastique qui s’exerce – paradoxalement - au nom de la pacification chrétienne (mouvements de « Paix de Dieu » et de « Trêve de Dieu »).

° « Des guerriers à cheval » (Philippe Contamine) : le cheval est un bien inestimable au Moyen Age, non seulement en tant que coursier ou destrier à usage militaire, mais aussi pour sa force de travail, augmentée par les innovations technique du Moyen Age central (herse, collier d’épaule…). Dans les campagnes occidentales, les chars à chevaux remplacent les chariots à bœufs, permettant l’essor du commerce. Symbole de prestige, le cheval est prisé dans le cours européennes. C’est donc le Moyen Age qui, par ses mutations profondes, a préparé l’avènement d’une « civilisation du cheval » au XIXème siècle.

° « La grande foire des tournois » (Dominique Barthélémy) : un excellent article, qui reprend les thèses de Duby pour mettre en valeur le côté mercantile et brutal des tournois au XIIème siècle. A l’époque cette activité militaire est fortement dénoncée par l’Eglise comme source de péchés mortels, mais l’évolution du tournoi au XIIIème siècle vers une joute codifiée permet la « réconciliation » des chevaliers avec le pape dans les années 1300.

III- LES ORDRES CHEVALERESQUES
° « Les soldats de Dieu » (Jean Flori). Cet article montre comment le clergé a peu à peu christianisé l’idéologie chevaleresque en attribuant aux chevaliers les fonctions de protection des faibles, initialement monopole du roi et inspirée de la Bible. Au XIIIème siècle, l’adoubement, tout comme le sacre, comporte la bénédiction des armes. De plus l’Eglise recrute une « milice du Christ » pour protéger ses biens et faire respecter la Paix de Dieu. Les croisades, puis la création d’ordres militaires (XIIème) permettent de transformer la violence chevaleresque en guerres saintes. Mais il ne faut pas oublier ce que la chevalerie classique doit à la littérature profane.

° « Les Templiers, des moines pas comme les autres »(Damien Carraz). C’est avec la fondation des Templiers (en 1120 par Hugues de Pays) qu’idéal chrétien et idéal chevaleresque fusionnent, même si ces moines guerriers ont d’abord été contestés. L’auteur aborde ici les règles de vie et la hiérarchie de cet ordre militaire, présenté comme LA « nouvelle chevalerie » par Saint Bernard de Clairvaux. Le succès des Templiers est tel qu’il inspire la création d’autres ordres en Terre Sainte.

° « Les chevaliers Teutoniques » (Philippe Dollinger). Exaltés par les nazis et célèbres pour leurs croisades sanglantes, les Teutoniques n’ont pas bonne presse en France. Cet article tente de faire la lumière sur cet ordre militaire, longtemps victime d’une légende noire. Né à St Jean d’Acre pendant les croisades, il se compose essentiellement de chevaliers allemands et va peu à peu s’orienter vers une action en Europe orientale. La croisade contre le paganisme balte ancre définitivement les Teutoniques en Prusse, où ils édifient d’imposantes forteresses, contrôlent le commerce et installent une cour raffinée autour de leur Grand Maître à Marienburg. Mais après son apogée au XIVème siècle, l’état teutonique décline à cause de conflits incessants contre les indigènes, les Polonais et les Lituaniens. Il renaît des siècles plus tard comme confrérie charitable.

IV- L'IDEAL CHEVALERESQUE
° « La gloire de Du Guesclin » (Philippe Contamine)

° « Les chevauchées du Prince Noir » (Nathalie Fryde)

° « Richard cœur de Lion, le roi chevalier » (Martin Aurell) : où l’on découvre les différentes facettes de ce chevalier légendaire, poète courtois, croisé courageux, mais aussi querelleur, intrigant et démagogue. On dit que Richard a arraché à mains nues le cœur d’un lion et qu’il était aimé des bandits de Sherwood, contrairement à son mauvais frère Jean. Loin des images d’Epinal, l’auteur nous rappelle que ce roi d’Angleterre n’avait presque rien d’anglais. Il esquisse aussi à grands traits son parcours, de la cour des Plantagenêt, divisée par les luttes fratricides, jusqu'aux portes de Jérusalem – où Richard échoue-, puis de sa détention à sa mort accidentelle en 1199, par bravade. Un beau portrait haut en couleurs !

° « Arthur, Lancelot, Perceval et les autres » (Laurence Harf-Lancner)

° « L’amour courtois a-t-il existé ? » (entretien avec Danielle Régnier-Bohler). Si la plupart des chevaliers optaient pour des mariages d’intérêt et se considéraient infiniment supérieurs aux femmes, ils n’hésitaient pourtant pas à rendre hommage à l'épouse de leur suzerain. Il ne s’agissait pas d’adultère, mais d’une cour codifiée qui faisait honneur à leur seigneur et transposait les relations vassaliques au niveau du chevalier servant et la dame. Vision sublimée des rapports hommes/femmes, la littérature de la Table ronde a aussi influencé les mentalités.

° « Tout est perdu sauf l’honneur » (Arlette Jouanna) : où il est question de la survivance des idéaux chevaleresques à partir de la Renaissance, époque où ce groupe social et militaire est en déclin.

Vous l’aurez compris, c’est là un excellent ouvrage de synthèse, tant pour les passionnés d’histoire que pour ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances sur quelques mythes fondateurs de notre culture. Le complément indispensable de ce recueil serait une histoire militaire illustrée (comme celle dirigée par R. G. Grant). Et pour s'immerger totalement dans le monde des chevaliers, il y a les excellents livres de G. Duby, notamment sa biographie sur Guillaume le Maréchal et son étude sur "Le Dimanche de Bouvines", l'une des plus grandes batailles de l'histoire de France.

 

Critique libre: CHEVALIERS ET CHATEAUX FORTS (Collectif)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #un peu d'histoire, #biographies

La vie épique d'un tournoyeur hors-pair

Apprenant la mort du Maréchal, Philippe Auguste aurait affirmé que la chevalerie perdait là son membre le plus éminent. L’éloge est d’autant plus beau qu’il fut prononcé par un roi et un éternel adversaire du défunt.

Voici donc l'histoire de Guillaume le Maréchal (1145-1219), obscur chevalier anglo-normand qui s'élève dans la hiérarchie féodale jusqu'au trône d'Angleterre - il sera en effet régent sur ses vieux jours. Duby commence son ouvrage par l’agonie du Maréchal, avant de présenter ses sources historiques et de faire un « flash-back » sur cette existence haute en couleurs. On découvre ainsi que les braves du Moyen Age faisaient de leur mort une cérémonie très ritualisée, publique et édifiante. Les pratiques successorales et les rapports au sein de la famille sont également au cœur de la réflexion. Mais la vie qui va nous être contée est surtout une histoire de violence et de pouvoir, avec pour cadre l’Angleterre et la France au temps des Plantagenêt.

Son ascension sociale, le Maréchal la doit à ses faits d'armes: ne dit-on pas qu'il aurait capturé au moins 500 chevaliers en tournoi? N’a-t-il pas protégé Aliénor d’Aquitaine contre ses vassaux révoltés ? Et ne l'a-t-on pas vu, à 70 ans passés, sauter en selle pour repousser les Français à la bataille de Lincoln? Mais pour se faire une place dans la société turbulente du XIIème siècle, la prouesse individuelle ne suffit pas. Encore faut-il s’insérer avec habileté dans le jeu des alliances vassaliques. Se gagner des fidèles à force de dons, rechercher la protection des puissants, se rendre indispensable dans la « maisonnée » du roi et obtenir une héritière en récompense … telles sont les stratégies du Maréchal pour assurer sa fortune. Si les trois piliers de la chevalerie sont « vaillance, largesse, loyauté », un soupçon de diplomatie ne peut qu’améliorer la réputation du brave!

Avec cette magistrale biographie, basée sur le récit de Jean le Trouvère (XIIIème siècle), Georges Duby nous prouve qu’il est non seulement un grand médiéviste mais aussi un écrivain inspiré, capable de restituer avec brio un âge de sang et de poussière. Les scènes de tournoi sont épiques. Immersion garantie ! On y apprend que vers 1170 le tournoi n’est pas la joute codifiée dont raffolent les cinéastes, mais une mêlée brutale où tous les coups sont permis et où l’on rançonne ses adversaires. Ce combat par équipes, destiné à canaliser la violence des chevaliers, est un business sportif avant la lettre. Il bénéficie d’une popularité immense, de stratégies de promotion (la publicité du « crieur ») et comporte des enjeux financiers, puisque les champions se mettent au service du plus offrant. Loin du désintéressement des chevaliers de légende, le tournoyeur du XIIème siècle est un athlète à l’esprit mercantile. Et si les divertissements médiévaux n’étaient pas si éloignés des nôtres ?

Ce livre est un incontournable pour tous ceux qui s’intéressent à la féodalité et à la culture médiévale. C’est un travail à la fois érudit et captivant permettant de découvrir un chevalier dans toute sa complexité, d’appréhender l’homme derrière le mythe chevaleresque
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Critique libre: GUILLAUME LE MARECHAL OU LE MEILLEUR CHEVALIER DU MONDE (G. Duby)
Publié par Firmin et Flo sur
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Mise au point lumineuse sur les années noires en France

 

Nous avons tous eu droit aux souvenirs de guerre de nos grands-parents. Mais si le grand-père en question est aussi historien, l’explication prend une dimension pédagogique, sans perdre sa valeur de témoignage, son caractère vivant.

C’est le défi relevé dans ce livre par Jean-Pierre Azéma, spécialiste de la Seconde guerre, de Vichy et de la Résistance. Pour faire comprendre à tous les réalités de l’occupation allemande, il répond avec clarté aux interrogations de son petit-fils âgé de 15 ans. Comment l’occupant imposait-il son pouvoir ? Que pensait la majorité des Français ? Vichy a-t-il contribué à l’extermination des Juifs? Que mangeaient nos aïeux en ces temps de pénurie ? Comment trouver le courage de résister ? Ce jeu de questions/ réponses, en apparence spontané, a été retravaillé pour donner une structure cohérente à l’ouvrage. L’auteur aborde successivement les contraintes territoriales, politiques et économiques liées à l’occupation, la vie culturelle dans la France allemande, puis les choix des Français entre collaboration et résistance, avant de s’interroger sur la mémoire de l’occupation depuis les années 1950.

Je recommande très vivement cet ouvrage : dans un style limpide et concis (environ 120 pages), il fait le tour du sujet et donne l’envie d’approfondir ses recherches sur la période. C’est une excellente initiation pour lecteurs de tous âges.

Critique libre: L'OCCUPATION EXPLIQUEE A MON PETIT-FILS (J.-P. Azéma)
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Fantômes du Rhin

Alors qu'il chasse sur les bords du Rhin, le comte Elim s'égare et se voit contraint de passer la nuit dans un vieux château hanté. Mais quel est ce spectre qui visite régulièrement la chambre rouge et pourquoi le châtelain préfère-t-il vivre dans une humble chaumière? C'est ce que vous découvrirez en lisant le manuscrit du comte Elim, un récit imprégné de légendes germaniques.

Dumas nous offre ici un roman gothique admirable où fantastique et tragédies humaines sont étroitement liés. Dans la plus pure tradition du romantisme noir, le terrible comte Maximilien et son angélique épouse s’affrontent. Quant à leur fils Everard, il est le héros mélancolique par lequel la fatalité s’accomplit. L’écriture est visionnaire, l’atmosphère digne des œuvres les plus sombres d’Ann Radcliffe. Qu’on imagine un château délabré, dont les tourelles surgissent entre les frondaisons par une nuit d’orage… Une telle scène n’est sans doute pas novatrice, mais elle n’a de cesse d’éveiller la curiosité du lecteur qui revit avec délice les frissons éprouvés dans son enfance à la lecture d'un conte de fées.

Critique libre: LE CHATEAU D'EPPSTEIN (Alexandre Dumas)

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Rédigé par Bianca Flo

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