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Lesmillefeuillesdefirmin.overblog.com

Un blog littéraire. Au programme: plein de lectures, un peu d'art et d'histoire!

Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans

Mésaventures de deux Chinois à Londres

 

A la mort de son frère, Monsieur Ma entre en possession d'un magasin d'antiquités situé à Londres. Lui qui passait son temps à ruminer ses échecs professionnels entre deux verres d’alcools, le voici embarqué pour l’Europe en compagnie de son fils Ma Wei. Grâce à l'aide du pasteur Evans - car les Ma sont protestants -, nos deux Pékinois s'installent chez Mrs Window, veuve et mère d'une jeune fille aussi jolie que délurée. C’est alors la découverte de la capitale britannique et de la civilisation occidentale, si opposée aux valeurs chinoises. Mais on dit que l'amour n'a pas de frontières et lorsque les sentiments s'en mêlent, Messieurs Ma père et fils ont bien du mal à choisir entre cœur et tradition…

Dans ce roman jubilatoire, Lao She révèle l’incompréhension et le racisme qui séparent Orient et Occident dans les années 1920. Pourtant aucune rancœur ne transparaît au fil des pages ; le romancier a plutôt misé sur l'humour. Ces « diables d’Occidentaux » sont incarnés par des personnages hauts en couleurs, parfois même attachants. Mais c’est surtout le point de vue des Chinois qui retient l’attention: partagés entre le mépris et l’admiration pour les Britanniques, ils tentent tantôt de leur plaire, tantôt de les défier, sans jamais pouvoir s’intégrer à cette société aux antipodes de la Chine. A la croisée de ces deux mondes, on trouve Napoléon, le favori de Mme Window, qui n’est autre qu’un pékinois ! C’est d’ailleurs ce petit chien qui permet un rapprochement entre les logeuses et leurs locataires orientaux.

Lao She a lui-même vécu pendant plusieurs années à Londres. C’est avec un grand talent qu’il dépeint les beautés de la capitale, ses parcs fleuris, son brouillard automnal, sans oublier la frénésie qui s’empare des habitants à la veille de Noël. Mais en ces lendemains de guerre, l’Angleterre éternelle est bouleversée par toute une série de progrès, au rang desquels figure l’émancipation de la femme. Sous la plume de Lao She, même les situations les plus comiques donnent à réfléchir; elles interrogent sur les différences culturelles, mais aussi sur les sentiments humains dans toute leur universalité.

Critique libre: MESSIEURS MA PERE ET FILS (Lao She)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #terreurs et revenants

Possession? Peut-être...

A la mort d’Edouard de Jochberg, vieux gentilhomme allemand et vétéran des guerres napoléoniennes, on découvre ses mémoires qui livrent à la postérité un incroyable secret : celui de la disparition totale des régiments de Nassau et de Hesse pendant le siège de La Bisbal, mené par les indépendantistes espagnols. Mais qu’on ne s’y trompe pas, ce livre n’est pas à proprement parler un roman historique. Comme toujours, Leo Perutz prend pour point de départ une énigme de l’histoire – ici un épisode mal connu de la guerre d’indépendance espagnole – pour la revisiter à sa manière onirique et fantaisiste. Le récit se déroule en 1810, en Catalogne, alors que des troupes allemandes alliées des Français luttent contre les guérillas espagnoles. Mais comment expliquer l’autodestruction soigneusement orchestrée par les régiments germaniques à La Bisbal ? Est-ce un effet de la malédiction du marquis de Bolibar ? On dit pourtant que ce noble espagnol a été fusillé avant d’avoir pu organiser la résistance. Mais peut-être est-ce la folie d’amour qui pousse les officiers allemands à leur perte. Pour les beaux yeux de la Monjita, maîtresse espagnole de leur colonel, Gunther le belliqueux, Donop l’intellectuel, Brockendorf l’ivrogne et le jeune Jochberg vont déclencher un désastre militaire.

Leo Perutz est un maître du fantastique, un fantastique poétique et subtil qui offre au lecteur plusieurs pistes d’interprétation. Le génie de l’auteur consiste à nous laisser dans l’incertitude quant aux évènements mystérieux qu’il relate. Est-ce là une histoire de hantise, de possession et de maléfice ? Ou est-ce le narrateur qui divague, en proie à un délire schizophrène ? Le fantastique de Perutz se situe à mi-chemin entre le surnaturel et l’irrationnel de l’esprit humain. Comme dans « le Cavalier suédois » ou encore « Turlupin », il explore dans « Le marquis de Bolibar » (1920) le thème du double. Mais en dire plus serait gâcher le plaisir de la lecture. Il ne vous reste plus qu’à ouvrir ce roman et à laisser agir la magie de Perutz, au fil des pages qui se tournent toutes seules!

Critique libre: LE MARQUIS DE BOLIBAR (Leo Perutz)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #terreurs et revenants

Ténébreux labyrinthe

 

Dans une vieille demeure irlandaise, John Melmoth découvre le portrait d'un ancêtre à la physionomie diabolique. Hanté par ce visage, le jeune homme détruit la toile; mais la malédiction ne s'arrête pas là. C'est un naufragé espagnol qui contera au jeune Melmoth l'histoire de cet aïeul maudit, errant sur terre depuis près de 150 ans ! S’en suivent plusieurs récits imbriqués qui tous relatent les apparitions de cet envoyé du diable en différents lieux et à différentes époques. En somme, un livre labyrinthe où le lecteur risque de perdre son chemin, comme les personnages égarés de Maturin. La perdition est ici spirituelle, car Melmoth l’errant traque les désespérés, en quête d’un mortel qui accepterait son pacte infernal.

Ce roman écrit en 1820 est un classique du gothique anglais. La structure en est intéressante, mais le foisonnement narratif manque parfois d’unité. Alors que certaines histoires sont passionnantes – comme celle de la famille allemande détruite par une influence satanique-, d’autres m’ont semblé moins convaincantes – telles l’histoire de l’Indienne isolée dans son île paradisiaque. « Melmoth » a été publié 24 ans après un chef d’œuvre du genre, « Le Moine » de Matthew Lewis. Pourtant le roman de Maturin est moins audacieux et sans doute moins original. Pire, certaines scènes semblent directement empruntées au « Moine » (pour ne pas dire copiées). Pour les deux romans, le thème central est celui de la tentation; mais alors que Lewis approfondit la dimension psychologique, Maturin s'en tient essentiellement à la religion. Cela reste tout de même un très bon roman pour les amateurs du genre. Le récit d’Alonzo, gentilhomme espagnol enfermé de force dans un monastère, évadé, puis victime de l’Inquisition, est particulièrement marquant. Effroi garanti ! Les ténèbres s’installent au fil des pages et il plane autour de Melmoth un mystère à l’odeur de soufre.

Critique libre: MELMOTH (Charles R. Maturin)
Publié par Firmin et Flo sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans

Les farces de l'Histoire

 

Et si l'Histoire n'avait pas de sens? Et si elle n'était pas l'œuvre de Grands hommes, mais le résultat d'actions absurdes menées par des personnages insignifiants? C'est ce que Perutz donne à entendre dans ce roman pseudo-historique plein d'humour et d'aventures.

Le héros de ces pages, Tancrède Turlupin, est barbier-perruquier dans une modeste boutique parisienne ; mais c'est surtout "un rêveur, plein de bizarreries". Enfant trouvé, il s'interroge sur ses origines jusqu'au jour où, au cours d’un enterrement, il aperçoit la duchesse de Lavan, une dame de la haute noblesse. Dès lors, Turlupin pense avoir élucidé le secret de sa naissance : il est le fils caché de la duchesse et l’héritier du titre ducal. Mais comment s’introduire dans la demeure des Lavan, lui, pauvre jeune homme aux habits rapiécés ? C’est alors que notre héros est pris dans la tourmente de l’Histoire. En 1642, sous le règne de Louis XIII, un conflit oppose le cardinal de Richelieu à la noblesse française, prête à tout pour maintenir ses privilèges. Dans les rues de Paris, une rumeur annonce « le grand jeu de volant », un événement qui doit survenir à la Saint Martin et qui bouleversera profondément le visage de la France. En secret, le parti de Richelieu manipule le peuple pour faire massacrer tous les aristocrates rebelles dans la nuit du 11 novembre 1642. Et voilà Turlupin embarqué bien malgré lui dans le complot. Pourvu des habits et de l’identité d’un gentilhomme, il est envoyé dans la maison du Duc de Lavan en tant qu’espion, alors que lui n’aspire qu’à rencontrer sa noble mère. S’en suivent de multiples péripéties et des quiproquos savoureux. Le burlesque est présent à chaque page et, au fil du récit, on apprend à aimer ce héros aussi naïf qu’attachant. Le dénouement n’en sera que plus tragique… Il n’empêche qu’un simple barbier aura retardé de 150 ans la révolution française ! Enfin, c’est Perutz qui le dit.

 Encore un magnifique petit roman où l’imagination et l’humour de Leo Perutz parviennent à nous mystifier. Bien que la « révolution avortée de 1642 » n’ait jamais existé, l’ingéniosité diabolique de l’auteur est telle qu’elle nous fait douter. Perutz n’est-il pas allé jusqu’à créer de toute pièce de fausses sources historiques ?! Car la confusion entre le rêve et la réalité est un thème récurrent dans l’univers « perutzien ». Une fois entré dans ce monde onirique, impossible de s’en extraire sans connaître le fin mot de l’histoire. C’est là toute la magie narrative de Leo Perutz.

Critique libre: TURLUPIN (Leo Perutz)

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“Passionnée de littérature classique et de littérature du monde, je partage avec vous mes dernières lectures.”

Rédigé par Bianca Flo

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