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Lesmillefeuillesdefirmin.overblog.com

Un blog littéraire. Au programme: plein de lectures, un peu d'art et d'histoire!

Publié par FLO sur
Publié dans : #un peu d'histoire, #far west

  "Longtemps j'ai peiné pour du pain,
Pour l'honneur et pour la richesse,
Mais vous m'avez trop longtemps humilié,
Jolis fils de putains.
     Black Bart le poète"



          Si l'Ouest américain attire nombre d'hommes et de femmes honnêtes et travailleurs en quête d'argent, de bonheur et d'une vie meilleure, il attire également un autre genre d'individus: des hommes et des femmes sans scrupules et paresseux qui veulent s'enrichir rapidement sans travailler. On les appelle bandits, voleurs de grand chemin ou tout simplement brigands. Leurs méfaits font la une des journaux à travers tout le pays et certains finissent par devenir célèbres, non pas parce qu'ils participent à la création de l'Ouest, mais parce qu'ils le pillent!
Les hold-up symbolisent l'Ouest des débuts, une terre sauvage et sans loi où hommes et femmes se mettent à voler par goût de l'argent, du pouvoir mais aussi de l'aventure! Certains bandits, comme les frères James pillent à la fois diligences, trains et banques. Mais la plupart des gangs se spécialisent.
         Les premiers bandits se consacrent aux attaques de diligences. Ils opèrent généralement seuls, parfois à deux, et s'en prennent à la puissante Wells Fargo Express. L'Ouest américain a fait naître tout un mythe autour des grandes routes car il y avait de vastes espaces et prendre la fuite était facile. Les premières attaques de diligences en Californie visaient des véhicules qui transportaient des lingots d'or jusqu'aux centres d'embarquement de Stockton ou de Sacramento. Au début, les compagnies de diligences transportaient les objets de valeur dans des sacs en tissu, mais devant l'augmentation du nombre d'attaques, la Wells Fargo décide de les placer dans des coffres en bois peints de couleur verte et bien cadenassés. Les bandits faisaient irruption sur la route; ils étaient souvent à pied. L'un maîtrisait les chevaux de tête et l'autre ordonnait au conducteur de lui remettre le coffre. Le fameux «Lance-nous le coffre!» faisait la une des journaux à travers tout l'Ouest et glaçait le sang des conducteurs de diligence.

        Les bandits recherchent seulement l'argent et les passagers ne sentaient pas toujours concernés. Parfois même ils acclamaient le voleur car il prenait l'argent de la Wells Fargo, l'une des plus grandes entreprises d'Amérique.
«Le voleur surgit des rochers à quelques mètres de la diligence. Pendant qu'il ouvrait le coffre, il s'est même excusé auprès du conducteur de nous retarder, ajoutant que ce genre de choses arrivait même dans les meilleurs milieux» (Mc Pherson, passager, Comstock).
          Mais les passagers de la diligence n'étaient pas toujours épargnés. Parfois il y avait des passagers mais pas de coffre; alors les bandits leur demandaient de descendre et leur prenaient leurs montres, leurs bagues et leur argent.
«Le bandit surgit de derrière un arbre; il s'empara de lui, lui attacha les mains puis se mit à lui faire les poches. M.Hobbes dut céder ses 20 dollars en pièces d'argent ainsi qu'une bourse contenant l'équivalent de 4000 dollars en poudre do'r.» (Rédacteur Daily Union, 1851)


         La plupart des bandits de grand chemin restent dans l'ombre. Il existe néanmoins un bandit masqué qui devient célèbre dans tout le pays. Le plus grand pilleur de diligence de l'Ouest est facile à identifier: son surnom était Black Bart et son vrai nom Charles E. Bowles (1829-mort en 1917?). Il est venu en Californie pendant la ruée vers l'or (1848-1856). Plus tard, il s'est marié dans le Midwest et a eu des enfants. Il a servi avec grand courage durant la guerre de Sécession (1861-1865). Pourtant après la guerre, il a abandonné sa famille et est retourné en Californie. Black Bart a entamé sa carrière de hors-la-loi en 1875 dans la zone minière de la Sierra Nevada, près de la petite ville de Copperopolis. Là, il a surgi sur la route avec un fusil à deux coups pointé en direction du conducteur et lui a dit: «S'il vous plaît, lancez-moi le coffre!» Black Bart, chose inhabituelle, ne se déplaçait pas à cheval, mais à pied et c'est peut-être la raison de sa réussite. Il était presque impossible de suivre sa trace. Il commettait parfois 2 ou 3 vols très rapprochés dans le temps mais à des centaines de kilomètres de distance. Certains conducteurs de diligence ne se laissaient pas impressionner par le bandit masqué. Ainsi Sam Smith qui déclare à Black Bart: «Sur cette route, les coffres de la West Fargo sont presque vides. N'espère même pas en tirer de quoi payer la corde qui te pendra!»
Black Bart était un vrai gentleman. Il ne molestait pas les passagers et ne volait pas les femmes. Il était tiré à quatre épingles et portait un chapeau melon ainsi que des vêtements chers. On n'aurait jamais pu se douter qu'il était un pilleur de diligences. Il était différent de la plupart des grands bandits, préférant la café à l'alcool et laissant des poèmes sur le lieu de chacun de ses vols.
Le bandit poète mène avec succès sa guerre contre la Wells Fargo. En huit ans, il attaque 28 diligences dans le Nord de la Californie et dans le Sud de l'Oregon. Pourtant la chance tourne lors de sa 29ème attaque. Son dernier vol a eu lieu près de Copperopolis en Californie. Un jeune garçon qui faisait partie des passagers était descendu de la diligence pour aller chasser. A son retour, il a vu que le convoi était attaqué; il a ouvert le feu sur le voleur, provoquant sa fuite. C'était Black Bart. Il avait laissé des indices derrière lui, le plus important étant un mouchoir en lin portant un numéro de blanchisserie (FX07). Ce mouchoir fournit à James Hume, le détective de la Wells Fargo, les indices nécessaires pour capturer ce bandit tristement célèbre.
«Black Bart est fuyant comme une anguille; mais nous multiplions les efforts pour appréhender le bandit de grand chemin le plus redoutable que le monde ait connu.» (James Hume)
         Grâce au numéro sur le mouchoir, des détectives spécialisés engagés par James Hume remontent la piste jusqu'à une blanchisserie de San Francisco. Black Bart est arrêté en 1883 qu'il flânait dans une rue. «On aurait dit un gentleman ayant fait fortune et profitant de la vie. Il avait l'air de tout sauf d'un voleur.» (Harry Morse, détective spécialisé de la Wells Fargo)
 

            Le bandit gentleman est finalement traduit devant la justice et tandis qu'il purge une peine de 6 ans, à la prison de Saint Quentin (Californie), il écrit à sa femme et à ses enfants qu'il avait abandonnés: «O, ma chère famille, vous êtes bien peu conscients de la terrible épreuve par laquelle je suis passé, et bien peu d'hommes réputés bons sont dignes de l'énorme quantité de poudre qu'il faut pour les disperser dans l'éternité. Votre malheureux et indigne mari et père: Charles. E. Bowles.» En 1888, peu après sa libération de prison, Black Bart disparaît sans laisser de traces.

Les hors-la-loi de l'Ouest: BLACK BART, gentleman et pilleur de diligeances
Publié par FLO sur
Publié dans : #videos, #evenements

Quand le Diable se promenait en Irlande…

L’Irlande, véritable berceau du fantastique, a donné naissance à quelques  chefs-d’œuvre du genre comme « Dracula » (Bram Stoker) ou « Le portrait de Dorian Gray » (Oscar Wilde). Mais pour ce qui est des fantômes et autres diableries irlandaises, Joseph Sheridan Le Fanu n’est pas en reste. Non content d’avoir créé « Carmilla » (1871), une vampire pas comme les autres, Le Fanu multiplie les incursions dans le fantastique. C’est même l’un des meilleurs conteurs de son temps, comme le prouvent les nouvelles rassemblées ici par Jacques Finné.

Ce recueil contient 10 récits représentatifs du talent de l’auteur :

-                      Le destin de Sir Robert Ardagh (1838)

-                      Schalken le peintre (1839)

-                      Histoire d’une famille de Tyrone (1839)

-                      Trois fantômes de Chapelizod (1851)

-                      Ultor de Lacy (1861)

-                      Les hantises de Tiled House (1861-1862)

-                      Le capitaine cynique (1864)

-                      Le testament du squire Toby (1868)

-                      Le fantôme de Mme Crowl (1870)

-                      Une nuit d’auberge (date de publication inconnue)

Certains récits sont issus du folklore irlandais (« Utor de Lacy », « Le destin de Sir Robert Ardagh »), alors que d’autres relèvent plutôt du fantastique psychologique (« Le testament du squire Toby », « Les hantises de Tiled House »,  « Le fantôme de Mme Crowl »…) ; mais dans la plupart des nouvelles, ces deux aspects sont étroitement liés.

Le personnage principal est ici le Diable. Qu’il se cache dans une statue animée (« Schalken le peintre ») ou dans l’âme d’une vieille femme tourmentée (« Mme Crowl »), qu’il prenne la forme d’une main (« Tiled house »), d’un bouledogue anglais (« Le squire Toby ») ou d’un visiteur sans visage (« Robert Ardagh »), Satan se joue sans cesse des peurs humaines.

Pour créer cet effet, l’auteur fait appel à une certaine oralité: "Je me rappelle à présent une autre histoire du même genre qui ne passa pas inaperçue voici quelque trente-cinq ans parmi les joyeuses commères de la ville. Avec votre permission (...) je vais vous la raconter", écrit-il.

Il faut dire que Le Fanu excelle dans l’art de faire frissonner son public. Grâce à son imagination débridée, il s’amuse à créer des visions d’horreur dignes d’un film gore ! Appréciez par exemple le mort-vivant, pourrissant sur pied dans « Une nuit d’auberge », ou encore le traditionnel squelette que l’on sort du placard dans « Mme Crowl ». Mais le summum de l’horreur est atteint dans « Les hantises de Tiled House » où le fantôme "tend le cou comme pour l'extraire de son col, tourne son visage vers le plafond, et - Dieu se place entre nous et le mal! Sa gorge était toute ouverte, rouge, comme une deuxième bouche gigantesque  qui paraissait sourire d'un effroyable sourire édenté."

Et si vous en voulez encore, Jacques Finné a compilé pour nous "Le mystérieux locataire et autres histoires d'esprits forts", aux éditions José Corti.

Critique libre: SCHALKEN LE PEINTRE (J. S. Le Fanu)

Quelques frissons pour amateurs de fantômes

L’époque victorienne (1837-1901) est l’âge d’or du fantôme anglais. Les auteurs les plus talentueux de l’époque se sont essayés au genre fantastique, qui peut être vu comme l’exutoire d’une société trop rigide et conservatrice.

Avec ce livre entre les mains, vous avez de quoi passer un moment agréable de lecture, même si, à mon avis, les onze nouvelles retenues ici sont globalement moins originales et moins réussies que celles du recueil de Jacques Finné, « Les fantômes des victoriennes »  (voir ma critique sur cette anthologie).

Les amateurs du genre apprécieront toutefois de retrouver quelques grands noms du fantastique anglais - Dickens, Doyle, Le Fanu ou Wilkie Collins- et de découvrir les « ghost stories » d’auteurs moins célèbres.

Voici en quelques paragraphes ce qui vous attend dans cette anthologie, dont les récits sont traduits et rassemblés par par Jean-Pierre Krémer. Contrairement à l’éditeur, je ne les ai pas classés par ordre chronologique, mais selon mes préférences personnelles : de la meilleure nouvelle à la moins réussie, il s’agit donc d’un classement purement subjectif.

Neuf heures ! » (Wilkie Collins, 1852)

Cette histoire met en jeu les prémonitions et la malédiction qui frappe toute une famille. Le cadre en est la Révolution française à l’époque de la Terreur.  C’est à mon sens l’une des nouvelles les plus réussies et les plus effrayantes du recueil.

Le fantôme et le rebouteux » (Joseph Sheridan Le Fanu, 1880)

Une nouvelle intéressante parce qu’elle traite d’une vieille superstition irlandaise : le dernier défunt enterré doit pourvoir aux autres morts du cimetière de quoi étancher leur soif. A partir de cette idée, Le Fanu met en scène un rebouteux (comprenez : un guérisseur des campagnes) qui bien malgré lui se voit contraint de soigner un spectre.

La chance du Laird " (Arthur Quiller-Couch, 1901)

Malgré quelques longueurs, cette nouvelle aborde un thème original. Un jeune laird [comprenez: propriétaire terrien écossais], dernier descendant de la famille McKenzie, vit dans une grande solitude dans son manoir. Ses seuls compagnons sont deux vieux domestiques. On apprend vite que le jeune McKenzie a le don de se faire des ennemis, tant dans sur terres qu’au régiment qu’il rejoint pendant les guerres napoléoniennes. Accusé de vol ou de tricherie, il connaît pourtant une mort honorable au service de son pays. C’est alors que son colonel retourne sur la terre des McKenzie pour élucider ce mystère : il découvre ainsi que l’existence du défunt était étroitement liée à une présence surnaturelle.

Le spectre de la visiteuse » (Anonyme, 1878)

Une infirmière est appelée au chevet d'un jeune homme mourant; mais tandis qu'elle le veille, elle est témoin d'étranges apparitions: une femme voilée se penche soir après soir au-dessus du malade, empirant à chaque fois son état. La nouvelle culmine par une scène d’horreur. La fin est ambigüe car elle laisse un doute quant à l'identité de la femme voilée: est-ce une personnification de la Mort, un spectre assouvissant sa vengeance personnelle ou tout simplement une hallucination de l'infirmière - qui a une fâcheuse tendance à somnoler ?

Le fantôme dans la chambre de la mariée » (Charles Dickens, 1857)

Un criminel est condamné à hanter une maison sous la forme d’un ou même de plusieurs vieillards. L’histoire est très sombre. Elle rappelle un peu les apparitions qui hantent Scrooge dans « Un conte de Noël », du même auteur. Mais cette nouvelle me semble par certains aspects TROP étrange pour être tout à fait réussie.

L’omnibus céleste »  (E.M. Forester, 1908)

La nouvelle est originale car, même si elle reprend le thème traditionnel du cocher en route vers un autre monde, il y a ici des références à la mythologie. J’ai trouvé cependant que l’auteur privilégie un peu trop l’érudition. L’atmosphère se rapproche davantage d’un récit de « fantasy ». Dommage, l’idée d’une route vers le Paradis était séduisante.

Quand j’étais mort » (Vincent O’Sullivan, 1896)

C’est une nouvelle traditionnelle sur le thème du mort qui n’accepte pas son décès. Le style est agréable mais la fin quelque peu prévisible.

Comment c’est arrivé » (Conan Doyle, 1892)

Encore une variante sur le thème du passage dans l’au-delà. Tout comme dans la nouvelle précédente, le récit est à la première personne. Mais fi des vieux cabs et autres omnibus. Conan Doyle fait preuve de modernité en introduisant dans son récit un objet fort rare à l’époque : l’automobile.

La maison qui s’est évanouie » (Bernard Capes, 1899)

Le soir de Noël, dans une auberge, un ivrogne raconte comment son père est parvenu à faire disparaître des revenants et même toute leur maisonnée, en buvant un verre. Cette nouvelle a une ambiance inquiétante (des hommes perdus dans la neige, un manoir sorti de nulle part) et un goût de sang...

Les fantômes et la partie de football » (Patrick Kennedy, 1866)

Il s’agit d’une histoire courte et classique de fantômes qui viennent réparer leurs erreurs passées. Rien de très original si ce n’est le football. Mais on ne voit pas très bien le lien entre ce sport et ce que révèlent les fantômes.

Un théâtre dans la lande » (George Moore, 1903).

Un prêtre décide de construire un théâtre en pleine campagne anglaise. Mais la tempête ravage le bâtiment avant même qu'il soit achevé. Châtiment divin? Peut-être . Car tous les habitants du village n'ont pas la conscience en paix et il arrive de croiser dans la lande le fantôme d'un nourrisson assassiné.

Au final il s’agit d’une lecture sympathique, mais les nouvelles choisies sont, me semble-t-il, d’une qualité inégale.

A la fin du recueil, vous trouverez des éclaircissements sur les divers auteurs présentés ici, ainsi que sur leurs œuvres. Ce n'est pas inutile, car certains de ces écrivains victoriens sont quelque peu tombés dans l'oubli.

Critique libre: LES FANTOMES DES VICTORIENS (collectif)
Publié par FLO sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans

Des malfaiteurs dans la lande

Nous sommes en Angleterre vers 1800. Après avoir perdu sa mère, Mary Yellan, jeune orpheline, part vivre en Cornouailles chez sa tante Patience et son oncle Joss Merlyn. Celui-ci est propriétaire de l’Auberge de la Jamaïque, un établissement de bien mauvaise réputation, à tel point que les voyageurs refusent désormais d’y faire halte. Le caractère brutal et l’ivrognerie de l’oncle Joss ne suffisent pas à expliquer la peur qu’il inspire dans le pays. Mary découvrira à ses risques et périls que « La Jamaïque » abrite de terribles secrets.

Dans ce roman d’aventures, Daphné Du Maurier plante un décor sombre : la lande désolée, ses vents et ses marécages, des falaises vertigineuses, la mer en furie brisant les navires. Les crimes, les trahisons, mais aussi l’amour sont au rendez-vous. J’ai beaucoup apprécié la première moitié du livre. Le style est soigné et l’histoire plutôt entraînante. Mais le personnage de Mary Yellan ne m’a pas totalement convaincu dans la deuxième partie du roman. Le récit est raconté de son point de vue, parfois agaçant. L’histoire d’amour surtout est trop naïve à mon avis. En tout cas, ce roman plaira sans doute aux jeunes grâce à son happy end et à ses belles pages d’aventures.

Critique libre: L'AUBERGE DE LA JAMAIQUE (Daphné Du Maurier)
Publié par FLO sur
Publié dans : #contes et nouvelles, #toutes les critiques litteraires

So british!

Pour ceux qui ne connaissent pas Saki (1870-1916), c'est un auteur britannique mort pendant la 1ère Guerre Mondiale dans la force de l'âge... ce qui nous a sans doute privés de nombreux chef d'oeuvres.

Il est surtout célèbre pour ses nouvelles, pour la plupart excellentissimes. Roald Dahl lui a d'ailleurs rendu hommage. Si vous aimez Roald Dahl, vous aimerez très probablement Saki.

Saki est très facile à lire et a un humour bien particulier, sans doute un peu noir, mais ..."régalicieux"! Dans nombre de ses nouvelles, il dénonce avec légèreté les conventions hypocrites de la société victorienne, à travers des personnages récurrents comme Clovis ou Reginald. D'autre part, il met souvent en scène des animaux, qui se vengent de la stupidité ou de la mesquinerie des hommes. Par exemple, dans "Tobermory", un chat apprend à parler, révélant les secrets honteux de la bonne société britannique, à la grande confusion des convives. Dans "Sredni Vashtar", un furet devient le dieu vengeur d'un enfant persécuté (peut-être un écho à l'enfance difficile de Saki lui-même?).

Si vous ne pouvez pas vous procurer l’édition intégrale, il existe des recueils de nouvelles édités en format de poche: "La fenêtre ouverte", "L'omelette byzantine"(10/18) ou encore « Le cheval impossible » (Pavillons Poche)

J'espère vous avoir donné envie de (re)découvrir cet auteur injustement méconnu en France.

Critiques libres: LA FENETRE OUVERTE (Saki)
Publié par FLO sur
Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #chez les victoriens, #quiz et jeux

Le roman de l’échec

 

Ce dernier roman de Thomas Hardy (1895) a fait scandale par sa critique des conventions sociales: il met en scène un amour interdit car non sacralisé par les liens du mariage et quasi incestueux. C'est aussi un livre profondément pessimiste, puisque le héros, un jeune ouvrier avide de savoir, échoue tant sur le plan social que dans sa vie sentimentale. La noirceur du roman est accentuée par l'atmosphère gothique qui transporte le lecteur de la campagne du Wessex à Christminster, véritable centre culturel, ville ornée des cathédrales et des collèges du temps jadis. Obscur, Jude l'est par sa modeste condition dont il ne parviendra jamais à s'extirper malgré ses qualités exceptionnelles; il est aussi "obscur" par son destin tragique, un destin qui va le broyer jusqu'à l'entraîner dans la plus profonde déchéance, la plus absolue des solitudes, celle de l'homme qui a tout perdu.

Le film avec Kate Winslet et Christopher Eccleston est une réussite, même s'il s'achève sur la séparation du couple sans décrire la déchéance finale de Jude.

Critique libre: JUDE L'OBSCUR (Thomas Hardy)

Satan revient en Irlande !

Avec ce recueil de nouvelles, les éditions Corti rendent une fois de plus hommage à un maître du fantastique Irlandais : Le Fanu. Comme dans « Schalken le peintre » (critiqué sur ce site), le Diable est ici le personnage principal  et l’on sent son haleine de mort avant même qu’il n’entre en scène.

Les hommes et les femmes de ce livre sont en effet la proie du démon sous ses différentes formes : qu’il empêche de prier, qu’il vienne réclamer son dû ou qu’il torture les âmes en proies aux remords, Lucifer ne manque jamais une occasion de se mêler des affaires de ce monde.

Vous trouverez dans ce recueil six récits à l’odeur de soufre.

  • « Le mystérieux locataire » (1850). Pour arrondir ses fins de mois, une famille décide de louer une chambre à un mystérieux inconnu. Mais qui se cache vraiment derrière cet appareil respiratoire et ces étranges lunettes ? Se pourrait-il que le Diable en personne ait élu domicile dans le modeste foyer ? En tous cas, l’influence maléfique du locataire imprègne rapidement la demeure. En proie à de folles terreurs, l’épouse perd la foi en même temps que sa capacité à prier. Quant aux enfants du couple, ils ne sont même pas à l’abri dans leurs lits ! Cette nouvelle est l’une des plus marquantes du recueil.  Elle contient des scènes d’horreur, comme celle de l’enterrement prématuré. De plus, Le Fanu y cultive l’ambiguïté : l’influence du démon est ici subtile et insinuante ; au lieu d’emporter ses victimes dans les flammes de l’enfer, Belzébuth les tente en leur faisant perdre leur confiance en Dieu et en les précipitant dans le plus affreux des désespoirs. A moins que ce ne soit une série de malheureuses coïncidences …
  • « Le marché de Sir Dominik » (1872). Cette nouvelle reprend le thème faustien du pacte avec le Diable. Celui-ci se présente à Sir Dominik sous l’aspect d’un beau jeune homme.  Pour tenter le noble ruiné, il lui offre  de l’or, ainsi qu’une promesse de prospérité et de bonheur pour les sept ans à venir. Mais au bout de ce terme, Satan viendra chercher son dû.
  • « Une vision de Tom Chuff » (1870). Saviez-vous que les portes de l’enfer se trouvent dans un cimetière irlandais ? C’est en tout cas ce que découvre Tom Chuff, un villageois alcoolique et brutal. Mais cet avertissement d’outre-tombe permettra-t-il à Tom de s’amender ?
  • « Etranges manifestations dans la rue Aungier » (1853). Un recueil d’histoires fantastiques ne serait pas tout à fait complet sans une maison hantée. Dans cette nouvelle, deux étudiants en médecine s’installent dans l’ancienne demeure d’un juge pendeur.  Autant dire que l’esprit rationnel des jeunes gens sera mis à rude épreuve !
  • « Mort d’un sacristain » (1871). La petite ville de Golden Friars est en émoi ce soir. Tobby Crooke, le sacristain, repose raide mort dans la remise de l’auberge « George and Dragon ».  C’est alors que surgit du marais un cavalier au sombre destrier…
  • « Le familier » (1851). Le capitaine Barton n’a peur de rien ! Il ne croit ni au Diable ni au bon Dieu. Quadragénaire florissant et riche, le voilà fiancé à la plus jolie fille de Dublin. Mais une nuit, alors qu’il rentre chez  lui à travers les rues sombres de la ville, d’étranges bruits de pas résonnent derrière lui. C’est ainsi que commence une longue série de persécutions qui, non seulement mettront à mal l’incrédulité de Barton, mais finiront même par le détruire. Une fois de plus, Le Fanu nous fait douter : le lecteur ne saura jamais avec certitude si Celui Qui Observe est un psychopathe, une hallucination du héros ou un fantôme venu crier vengeance.

Pour finir, si vous voulez profiter pleinement de ces histoires, suivez les conseils du merveilleux conteur qu’est Le Fanu : lisez « ces pages une fois la nuit tombée, lorsque les conversations au coin du feu ont roulé un certain temps sur les récits de terreur et sur les spectres… ».

Critique libre: LE MYSTERIEUX LOCATAIRE ET AUTRES HISTOIRES D'ESPRITS FORTS (J. S. Le Fanu)
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Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #terreurs et revenants, #chez les victoriens

Un titre qui en dit long

 

    « Je m’appelle Ethel Ware. Ma petite personne n’offre pas le moindre intérêt : vous en serez juge. J’aurai quarante-deux ans le 1er mai 1873, et je suis toujours célibataire. Je n’ai pas l’air, me dit-on, de la vieille fille que je suis. On ne me donne pas trente-cinq ans et, assise devant le miroir, je vois bien que mes traits n’ont rien de maussade ni de revêche. Qu’est-ce que cela peut faire ? Evidemment, je ne me marierai jamais et, en toute honnêteté, je me moque bien de plaire à quelqu’un. (…) Avec l’envol des années et la lente approche de l’heure où la poussière retournera à la poussière, l’amour de la solitude s’insinue en moi ; je n’ai aucun regret pour les jours perdus, ni aucune envie de retourner dans un monde clinquant et factice. C’est de l’enfance que me vient cet amour de la campagne solitaire, et l’expérience prématurée de tout ce qui est décevant et déplorable dans la vie n’a fait que le renforcer. »

    Dans ce roman sombre et empreint de mystère, Le Fanu a choisi la voix d’une héroïne plus complexe et plus lucide que celle de « l’oncle Silas », roman écrit huit ans plus tôt.

    Ethel Ware raconte ainsi ses souvenirs, souvent amers, mais aussi palpitants. Car si la vie n’a pas épargnée cette jeune femme, elle a aussi placé sur sa route des personnages hauts en couleurs et des expériences riches en enseignements. Privée très tôt de sa sœur, de ses parents et de sa confidente Laura Grey, Ethel se retrouve isolée et sans fortune. Autour d’elle gravitent d’inquiétants ecclésiastiques (des « papistes » évidemment !) et un aventurier sans scrupules, Richard Marston. La figure passionnée d’Harry Rokestone est également inoubliable. Ce roman vaut surtout par le foisonnement des personnages et la puissance de certains d’entre eux. On y retrouve aussi les trahisons, les complots, les retournements de situation et la noirceur propres aux œuvres de Le Fanu ; mais il y a ici davantage de profondeur psychologique. On ne peut plus vraiment parler de roman gothique, comme pour « l’oncle Silas », car l’héroïne de ce livre a plus d’épaisseur et un caractère bien trempé ; elle porte sur le monde un regard plus lucide et assume ses passions jusqu’au bout, quitte à s’interroger sur la distinction entre le bien et le mal. Y a-t-il réellement « happy end », comme dans la plupart des romans victoriens ? Oui et non. La voix désabusée d’Ethel termine ses confessions par un point d’interrogation. Et c'est dans la solitude d'une nature grandiose, entre mer et montagne, que la jeune femme trouve une consolation.

     Pessimiste, Le Fanu? Peut-être. Précisons que ce roman est le dernier qu'il a écrit, moins d'un an avant sa mort en 1873. A cette période, l'écrivain est obsédé par un cauchemar étrange dont il parle à son docteur: il se voit déambuler dans une maison effrayante prête à tomber sur lui. Lorsqu'on le retrouve mort dans son lit, son visage offre une expression d'effroi sans égal, au point que son médecin aurait dit: "La maison a donc fini par s'écrouler!"

     Si vous aimez les romans à mystère, riches en rebondissements, à la Wilkie Collins, je vous recommande fortement cette lecture, d'autant que le style de Le Fanu est toujours agréable et entraînant. Un auteur à redécouvrir, et pas seulement pour ses nouvelles fantastiques!

Critique libre: DESIR DE MORT (J. S. Le Fanu)
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Publié dans : #toutes les critiques litteraires, #romans, #chez les victoriens, #famille bronte, #quiz et jeux
Critique libre: JANE EYRE (Charlotte Brontë)

Voici un roman extrêmement célèbre, maintes fois commenté, résumé et adapté au cinéma. Pourtant, en inconditionnels des Brontë, on ne résiste pas au plaisir de poster une critique sur ce sujet. Vous trouverez aussi plus bas un lien vers le QUIZ JANE EYRE, afin de tester votre sagacité de lecteur!

Au début de l'histoire, Jane est une petite orpheline élevée par sa tante, Mrs Reed. Enfant rebelle et solitaire, elle subit de nombreuses brimades, surtout de la part des ses cousins. Pour se débarrasser de la fillette, Mrs Reed décide de l'envoyer dans un pensionnat. Et pas n'importe quel pensionnat! Lowood est connu pour son austérité et pour la sévérité de ses maîtres. Jane y reçoit un enseignement solide, mais y elle affermit surtout sa volonté, ainsi que ses principes moraux. On sait que pour décrire cette institution, Charlotte s'est beaucoup inspirée de Cowan Bridge, une sordide école fréquentée par les soeurs Brontë.

Lorsqu'elle quitte le pensionnat vers l'âge de 18 ans, Jane n'a aucune expérience de la vie; mais sa force de caractère et sa droiture vont l'aider à surmonter toute sorte d'épreuves. Forte de son instruction et son talent pour le dessin, Miss Eyre trouve un emploi de gouvernante à Thornfield-Hall, un sombre château gardé par Mrs Fairfax. Elle est chargée d'éduquer Adèle, une petite française pupille du maître des lieux. La tâche serait aisée s'il n'y avait pas cette présence maléfique qui rôde sans cesse dans la propriété. Des hurlements, un incendie volontaire et des apparitions nocturnes: voilà de quoi agrémenter le séjour d'une jeune gouvernante!

Peu après son arrivée, Jane fait la connaissance d'Edward Rochester, le propriétaire du château. Ce gentleman ténébreux adopte d'abord envers Jane une attitude railleuse et déstabilisante. Mais peu à peu il s'adoucit. Tout l'intérêt du roman réside dans cette relation entre Jane et Rochester: elle est humble, sans beauté ni fortune mais possède beaucoup d'esprit et de principes; il est quadragénaire, plutôt laid, riche et se livre à la débauche pour oublier un passé douloureux. Pourquoi ces deux êtres qu'en apparence tout oppose en viennent-ils à s'aimer? Et surtout comment finissent-ils par se déclarer cet amour improbable? Les conventions, mais aussi leurs personnalités respectives rendent la tâche ardue! Une fois ces obstacles surmontés, rien n'est acquis, car un terrible secret assombrit l'existence de Rochester et rend tout mariage impossible.

Jane va alors fuir l'homme qu'elle aime et commencer une nouvelle vie auprès de la famille Rivers. Sous une fausse identité, "Miss Eliot" se consacre désormais à l'enseignement et à la religion. Elle est épaulée par St. John Rivers, un jeune pasteur plein d'ambition. Mais lorsque celui-ci propose à Jane de l'épouser pour partir en mission aux Indes, la jeune fille comprend qu'elle ne peut oublier son premier amour. Peu après, elle croit entendre comme dans un rêve les appels désespérés de Rochester. Entre temps, la jeune fille a appris qu'elle hérite la fortune de son oncle et devient socialement l'égale de Rochester. Jane décide donc de retourner à Thornfield-Hall, pour retrouver celui qu'elle aime. Que va-t-il y trouver après un an d'absence?

Je n'en révélerai pas davantage quant à l'histoire elle-même pour ne pas gâcher le suspense. "Jane Eyre" est en tout cas un excellent roman, d'une grande finesse psychologique. Il est intéressant de comparer Edward Rochester aux autres personnages masculins des Brontë: son côté sombre le rapproche quelque peu de Heathcliff, le héros de "Hurlevent", mais la noirceur de ce dernier reste sans égale dans la littérature! La force de "Jane Eyre" réside surtout dans son personnage féminin et dans la qualité de l'écriture; j'ai aussi apprécié le climat fantastique qui imprègne le récit. Pour construire son intrigue, l'auteure utilise quelques ressorts du roman populaire anglais: l'histoire est en effet pimentée par des retournements de situation et par des scènes effrayantes dignes d'un roman gothique. Mais le roman de Charlotte Brontë possède bien plus de profondeur. A la fois roman d'apprentissage, réflexion sociale et morale, histoire d'amour et récit terrifiant, "Jane Eyre" est une oeuvre difficile à classer, si ce n'est parmi les chefs d'oeuvre!

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Rédigé par Bianca Flo

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